
Je m’amuse à vieillir
Le cerveau, maître du temps
Description
Un corps qui s’use, une élocution incertaine et des gestes moins habiles ? Voilà peut-être les prémisses de la vieillesse qui viennent frapper à notre porte. Le vieillissement est une expérience de vie qui nous concerne tous.
Yves Agid nous en explique les mécanismes profonds. Le principal responsable ? Notre cerveau, dont le fonctionnement devient moins alerte avec l’âge.
Sommaire
01Introduction
Vieillir constitue une étape de vie redoutée, à laquelle on est tous exposés à un moment ou un autre. Malgré les progrès de la science, la vieillesse reste associée à la maladie et la mort. Le déclin physique et mental qu’elle engendre est propre à chacun. Il existe néanmoins un dénominateur commun : le cerveau, qui est soumis au même processus de vieillissement que les autres organes du corps. À ceci près qu’il supervise nos comportements et notre intellect, ce qui fait qu’il a un impact déterminant sur la façon dont un individu vieillit. Quels sont les mécanismes cérébraux participant au processus naturel du vieillissement ?

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02Le vieillissement, un défi socio-économique
Grâce aux progrès médicaux, l’espérance de vie s’est nettement accrue. Actuellement, l’âge moyen de décès se situe autour de 79 ans pour les hommes et de 85 ans pour les femmes. On est bien loin de l’espérance de vie des hommes du paléolithique qui vivaient environ 25 ans, mais aussi des prouesses de certaines espèces animales : l’hydre peut atteindre 1400 ans !
Si les progrès sont indéniables en matière de longévité humaine, le revers de la médaille est que l’on assiste à l’émergence d’une société vieillissante. L’équation sociale et économique qui résulte de ce décalage apparaît quasiment insoluble. Le budget dédié aux seniors est colossal : 63,2 milliards d’euros consacrés à la perte d’autonomie, sans compter les dépenses de santé classiques. Quant au financement des retraites, il devra bientôt reposer sur les épaules d’un nombre de plus en plus restreint d’actifs.

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03Quel est le profil de la personne âgée ?
Les seniors entretiennent un rapport au temps radicalement différent du reste de la population. Alors que les jeunes vivent dans le présent, la personne âgée adopte une attitude conservatrice et nostalgique, où le passé et les souvenirs tiennent une place prépondérante. C’est une façon pour elle de revivre sa jeunesse.
Par ailleurs, elle se projette moins dans l’avenir puisqu’il lui offre des perspectives plus réduites qu’auparavant. Enfin, la personne âgée est en décalage par rapport au temps présent qui ne lui correspond pas. Elle est souvent dépassée et critique à l’égard d’une société qui évolue rapidement et dans laquelle elle ne parvient plus à trouver ses marques.
Si notre corps est le premier révélateur de la prise d’âge, l’évolution de notre place dans la société en est également le reflet. La personne âgée devient spectatrice du fonctionnement social au lieu d’en être actrice. L’identité qu’elle s’était forgée durant toute sa vie s’effrite.

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04Le rôle du cerveau dans le vieillissement
Bien qu’il s’avère robuste avec ses 85 milliards de neurones, le cerveau est soumis au vieillissement comme tous les organes du corps. Les facultés cognitives diminuent de 25 % entre 40 et 75 ans, tandis que le volume cérébral se réduit de 2 % par décennie à partir de 40 ans. Les différentes parties qui composent le cerveau déclinent à leur rythme et indépendamment des autres.
Elles bénéficient d’espérances de vie distinctes : les neurones pourraient vivre 145 ans, alors que les fonctions de la mémoire n’excéderaient pas 125 ans. La vitalité du cerveau est étroitement liée à l’activité du cœur, qui lui apporte l’oxygène et les nutriments indispensables. À lui seul, il utilise 20 % de l’énergie nécessaire à tout l’organisme. Si le cœur s’arrête et ne l’alimente plus, les dommages cérébraux sont irréversibles au bout de dix minutes seulement.

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05Comment établir le diagnostic d’un vieillissement pathologique ?
Détecter les signes précurseurs du vieillissement normal est une tâche d’autant plus difficile qu’au début, les symptômes du vieillissement pathologique peuvent être semblables. L’état psychologique du patient peut aussi induire le médecin en erreur : la fatigue ou la déprime peuvent le vieillir bien au-delà de son âge réel. Les évaluations diagnostiques se font aujourd’hui de façon si précoce, dès l’apparition d’un symptôme potentiel, que cela complique le travail du spécialiste.
S’il existait un gène du vieillissement, il serait possible d’identifier clairement ce qui tient d’un déclin naturel normal ou non. L’observation et l’écoute demeurent à ce jour les outils principaux du professionnel, de même que le recours à des tests évaluant les capacités de mémoire et de rapidité intellectuelle.
Parmi les symptômes les plus courants, les troubles de l’équilibre et de la marche peuvent avoir des incidences graves, telles qu’un handicap ou la mort liée à une chute. Si cette gêne motrice peut être simplement due à un problème orthopédique, elle peut aussi être générée par une altération du système nerveux. C’est le cas de l’astasie-abasie, dont on ne sait s’il s’agit d’une maladie cérébrale ou d’un déclin commun à toutes les personnes âgées.

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06La prise en charge de la vieillesse
Les progrès de la gérontologie sont indéniables. Les maladies courantes de la vieillesse, comme le diabète ou l’hypertension, sont régulées grâce à des traitements efficaces. On est également en mesure de réparer ou remplacer certains organes au moyen de greffes ou de prothèses.
Néanmoins, la médecine a ses limites. Il n’existe aucun remède pour les maladies neurodégénératives. Jusqu’à ce jour, les tentatives pour traiter la maladie de Parkinson ou d’Alzheimer sont restées vaines. Dans le cas de la sclérose latérale amyotrophique qui conduit à une paralysie généralisée, on ne peut que proposer des soins palliatifs aux patients. Quant au cerveau, il est utopique de croire qu’il puisse être remplacé en cas de dégénérescence. C’est un organe beaucoup trop complexe, avec ses 200 milliards de cellules et ses 600 kilomètres de capillaires, pour pouvoir faire l’objet d’une greffe.

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07La vieillesse, une seconde vie
Si cette période amoindrit l’excellence de certaines facultés, il n’en demeure pas moins que la vieillesse n’est pas uniquement synonyme de morosité et de déclin. C’est un stade de la vie où l’individu a acquis suffisamment d’expérience pour appréhender la réalité avec recul et sérénité. Il accède à une sagesse qui fait défaut aux plus jeunes. Comme il n’a plus de comptes à rendre à la société, il peut se libérer des codes sociaux avec plus de facilité et laisser sa personnalité s’exprimer pleinement.
À cela s’ajoute le fait que ses connaissances et ses savoir-faire sont plus conséquents que celles d’une personne plus jeune. Il dispose donc d’un potentiel intellectuel plus riche. Caractéristique de son âge, la lenteur de son activité neuronale peut même lui devenir un atout précieux. Mettant moins de célérité à réagir ou à répondre, le senior révèle souvent des performances intellectuelles supérieures car il s’octroie un temps de réflexion plus long et se montre plus posé.

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08Conclusion
La vieillesse est une étape de la vie que chacun appréhende à sa façon. Il n’existe pas de modèle universel du vieillissement et l’on n’est donc pas tous égaux face au déclin qu’il implique. Le dysfonctionnement cérébral qui en est à l’origine évolue différemment selon les individus. Lorsqu’on est dénué de pathologies graves, on ne se rend pas compte que l’on vieillit.

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09Zone critique
Les progrès scientifiques en matière de longévité humaine ont conduit à l’émergence du transhumanisme. Apparu dans les années 1980 aux États-Unis, ce courant intellectuel et scientifique regroupe des partisans souhaitant améliorer l’être humain ou créer une nouvelle espèce humaine, comme le chercheur américain, Ray Kurzweil. L’objectif du tranhumanisme est d’optimiser le potentiel de l’homme et d’accéder à une jeunesse éternelle par l’éradication des maladies et de la mort, ainsi que le prône le philosophe anglais, Max More. Pour y parvenir, il convient d’avoir une approche pluridisciplinaire, basée sur les neurosciences, la robotique, le génie génétique et les nouvelles technologies.

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Yves Agid, Je m’amuse à vieillir. Le cerveau, maître du temps, Paris, Odile Jacob, 2020.
Du même auteur – L'Homme subconscient — le cerveau et ses erreurs, éditions Robert Laffont, 2013, (ISBN 2-221-11533-3)20. – Avec Pierre Magistretti, L'Homme glial. Une révolution dans les sciences du cerveau, éditions Odile Jacob, 2018

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