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Couverture de 'Introduction a letude de la medecine experimentale'

In­tro­duc­tion à l’étude de la médecine ex­pé­ri­men­tale

Claude Bernard

Une bible aussi bien pour les philosophes que pour les médecins

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Description

Suffit-il d’observer avec exactitude les phénomènes, et en particulier les symptômes de maladies, pour pouvoir agir dessus ? Et si on veut aller plus loin, comment peut-on expérimenter sur les êtres vivants sans perturber leur fonctionnement naturel ni les tuer ?

À travers ces questions auxquelles Claude Bernard répond dans son ouvrage, c’est le statut de la méthode expérimentale en science et son application à la médecine qui sont en jeu. Les réponses apportées ont fait de l’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale une bible aussi bien pour les philosophes que pour les médecins.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

La science vise la plus grande précision et objectivité possible. Or, l’expérience, lorsqu’elle s’appuie sur nos sens, ne peut prétendre à l’objectivité (les informations fournies par les sens sont subjectives et propres à chacun). Et même lorsqu’elle s’appuie sur des instruments de mesure, sa précision est toujours relative à la qualité de l’instrument, si bien qu’elle reste soumise aux changements incessants du monde qui nous entoure.

Mais le problème, classique en philosophie des sciences, c’est la nécessité de recourir à l’expérience dans le processus de la connaissance. Et ce problème général touchant à la méthode expérimentale est plus épineux encore lorsqu’il s’agit de la médecine. Dans ce domaine, l’enjeu est crucial puisqu’il ne s’agit pas seulement de connaître, mais de soigner et de préserver la vie.

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02

Fonder la médecine moderne

La médecine est la science qui vise à « conserver la santé et guérir les maladies » (p.25). Or au XIXe siècle, c’est essentiellement cette conservation de la santé qui prime. On pratique la médecine dite hippocratique, le célèbre médecin et philosophe grec étant considéré comme le modèle en matière d’observation des faits. Les symptômes de maladies sont consignés et classés de manière stricte. Mais si cela permet aux médecins de reconnaître les symptômes et éventuellement de contrebalancer leur effet à l’aide de médicaments, cela ne fournit pas de raisonnements pouvant remonter à leur cause.

Pour Claude Bernard le constat est sans appel : la médecine ne guérit pas les maladies. Il faut donc en fonder une qui ne se contente pas de classer les maladies, de ralentir leur développement et de prévoir leur issue, mais qui les maîtrise et modifie leur évolution en intervenant directement à leur racine.

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03

Qu’est-ce qui légitimise cette révolution scien­ti­fique ?

On est cependant en droit de se demander au nom de quoi devraient s’imposer de telles transformations. L’auteur prend soin de les justifier dès la première partie de son ouvrage par un principe : le déterminisme. Le terme n’est à son époque pas courant dans la langue française et s’impose à partir de cet ouvrage. Il désigne en premier lieu la doctrine selon laquelle chaque cause entraîne nécessairement un effet, selon des lois que l’on peut énoncer en langage mathématique. Par exemple, si je lâche un objet au-dessus du sol, il tombera nécessairement ; il ne peut pas en être autrement.

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04

Pourquoi se méfie-t-on de l’expérience en science ?

Si Claude Bernard veut placer l’expérience au cœur de la médecine, il se heurte toutefois à d’importants problèmes posés par son rôle dans l’acquisition des connaissances. Tout d’abord, l’expérience au sens de perception est menacée de subjectivité : par nos cinq sens, nous ne pouvons prétendre accéder aux choses telles qu’elles sont, nous n’en avons qu’une vision subjective, qui diffère d’une personne à l’autre.

D’autre part, l’expérience au sens d’expérimentation scientifique, qui s’appuie sur des instruments de mesure et des protocoles afin d’écarter toute subjectivité, n’est jamais objective et neutre puisqu’elle reflète les croyances de celui qui la mène. Même en science, les hommes sont soumis à ce qu’on nomme des paradigmes, qui sont l’ensemble de concepts formant la représentation de la réalité en un certain lieu et époque. Et ces paradigmes influencent la nature des hypothèses que l’on teste et la manière dont on le fait.

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05

Comment ex­pé­ri­men­ter en science ?

Claude Bernard retourne le problème posé par l’absence de neutralité lorsqu’on pratique une expérience. Il est vrai que contrairement à ce qui se passe lorsqu’on se contente d’observer, de mesurer et de retranscrire les faits, on perd en neutralité (ce qui est l’un des sens de l’objectivité) lorsqu’on construit une expérimentation. Car l’expérimentateur n’est pas un simple observateur : il n’attend pas que les faits se présentent sous ses yeux, il les provoque en créant des situations de test. De ce qui ressemble à une faiblesse, Claude Bernard fait toutefois une force et même une nécessité de méthode, en montrant que le scientifique doit absolument avoir une hypothèse pour diriger la construction de son expérience. Car si on expérimentait sans idée préconçue, « on ne pourrait qu’entasser des observations stériles » (p. 148).

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06

Comment adapter cette méthode ex­pé­ri­men­tale à la médecine ?

Cette méthode est plus difficile à mettre en place en médecine, car les êtres vivants constituent un objet d’étude bien spécifique. Ils se distinguent des corps bruts de deux manières. D’abord, ils jouissent d’une spontanéité (ils ne sont pas entièrement soumis aux influences du milieu extérieur, mais font certaines choses d’eux-mêmes, ce que ne fait par exemple pas un caillou).

D’autre part, ils sont des totalités solidaires (c’est-à-dire que tout fonctionnement, par exemple celui du pied, est lié et subordonné hiérarchiquement aux autres, par exemple au système musculaire, nerveux, ou encore à la circulation sanguine). Or expérimenter sur une partie de l’organisme (par exemple un organe isolé) le coupe de sa totalité et risque de mettre en péril son fonctionnement. Et, à l’inverse, en recréant artificiellement une totalité semblable à celle des corps, on y perd la spontanéité propre au vivant. Enfin, les corps vivants présentent une grande variabilité, de sorte qu’aucun animal n’est totalement comparable à un autre, même au sein d’une même espèce. Pour ces raisons, un grand nombre de médecins de l’époque estiment que les corps vivants se soustraient à l’action de l’expérimentateur et qu’on ne pourra donc jamais connaître les causes des phénomènes vitaux, mais seulement en observer les effets, les symptômes.

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07

Conclusion

L’auteur parvient avec son ouvrage à réaliser l’ambition qu’il se donnait : offrir de nouveaux fondements à la médecine moderne. C’est une réalisation d’autant plus marquante qu’elle a pu toucher à la fois à un public large (dont la lecture est facilitée par l’abondance d’exemples concrets) et les scientifiques de son temps.

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08

Zone critique

S’il est vrai que la médecine moderne s’est en grande partie fondée sur cette pensée de la méthode expérimentale et de son adaptation aux corps vivants, on pourrait toutefois remarquer qu’elle a également fini par s’en éloigner. Tout d’abord pour des motifs éthiques, touchants à la cause animale, qui ont miné les travaux de Claude Bernard dès leur commencement. Sa propre épouse, Marie-Françoise (« Fanny ») Martin, devint une grande militante de ce qui devint la SPA et s’éleva vivement contre les expérimentations animales encouragées par son mari au nom de l’avancée de la science médicale.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Introduction à l’étude de la médecine expérimentale [1865], Paris, Éditions Le Livre de Poche, coll. « Les Classiques de la Philosophie », 2008.

Du même auteur – Principes de la médecine expérimentale [1867], Paris, Éditions PUF, coll. « Quadrige Grands textes », 2008.

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