
Immigrés et prolétaires
Longwy 1880-1980
Description
Cet ouvrage retrace un siècle d’histoire industrielle et sociale du bassin sidérurgique lorrain de Longwy, où les maîtres de forge sont longtemps restés tout-puissants. Dès la fin du 19e siècle, Longwy a vu affluer de nombreux travailleurs immigrés, notamment en provenance de Belgique, de Pologne et d'Italie. Noiriel montre comment ces populations, initialement perçues comme une "menace" par la population locale, ont finalement réussi à s'intégrer et à s'unir au sein de la classe ouvrière.
L'auteur décrit en détail les conditions de vie et de travail de ces immigrés, ainsi que leurs luttes pour de meilleures conditions de vie et de salaire. Il analyse la manière dont l'expérience commune de l'antifascisme et des mobilisations sociales a permis de transcender les clivages ethniques et de forger une identité collective. Gérard Noiriel y éclaire de façon magistrale la question des rapports entre classe sociale et immigration.
Sommaire
01Introduction
Dans le bassin sidérurgique lorrain de Longwy, qui existe depuis au moins le XVIIIe siècle, mais qui connaît un essor spectaculaire à partir des années 1830-1840 et, surtout, des années 1880, l’inclusion des étrangers dans la communauté, d’abord locale puis nationale, se fait par l’intermédiaire de l’identification à la classe ouvrière.
Ces étrangers sont dans un premier temps belges et luxembourgeois (la frontière avec ces deux pays se trouve à un jet de pierre de Longwy) ainsi qu’« Allemands » : c’est ainsi en effet que l’on désigne les Lorrains habitant la Moselle, annexée à l’Allemagne après la guerre de 1870-1871.
Dans un deuxième temps, à partir des années 1880 justement, ces immigrés sont très majoritairement italiens, puis polonais, et enfin, à partir de l’entre-deux-guerres et, plus encore, de la reconstruction consécutive à la Seconde Guerre mondiale, nord-africains, Algériens et Marocains essentiellement.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02Aux origines du bassin de Longwy
La vocation métallurgique du bassin de Longwy est extrêmement ancienne, puisqu’elle remonte au Moyen Âge. Dès cette époque, en effet, la présence de minerai de fer affleurant localement dans les champs et la proximité de vastes forêts, fournissant le combustible indispensable, ont permis l’installation de nombreuses forges. Ces dernières se modernisent progressivement, jusqu’à atteindre un premier « âge classique » à la fin du XVIIIe siècle.
Les forges sont alors très nombreuses dans la région de Longwy : il n’est pas de paroisse du Pays-Haut, comme on nomme également le bassin de Longwy, qui ne compte sa forge ou ses forges. Les maîtres de forge sont le plus souvent les seigneurs locaux, laïcs ou ecclésiastiques, comme l’abbaye d’Orval dans le Luxembourg tout proche, qui au XVIIIe siècle faisait partie des Pays-Bas autrichiens.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03Les immigrés de Longwy
Dans les années 1830-1840, l’immigration est à la fois belge et luxembourgeoise pour la main-d’œuvre étrangère et, pour les migrations interrégionales françaises, elle provient de deux types de départements bien distincts : ceux où l’activité manufacturière est établie de longue date, comme la Seine, le Nord ou le Pas-de-Calais, et ceux d’ancienne tradition métallurgique, comme les Ardennes, la Haute-Marne ou, plus éloigné, le Cher.
Ce n’est qu’à partir des années 1880 qu’apparaîtra une immigration italienne, qui alimente d’abord essentiellement les mines de fer du bassin de Longwy, les deuxièmes du monde après celles de la région des Grands Lacs aux États-Unis (élément-clé de la métallurgie locale et de son succès). Elle donnera longtemps, quasiment jusqu’à aujourd’hui, son visage distinctif à la population ouvrière du bassin de Longwy. Elle est suivie d’une immigration polonaise, moins importante, en provenance majoritairement de quelques villages très localisés des Marches et d’Ombrie. À cette immigration s’ajoute à la même époque celle, importante, des « Allemands », c’est-à-dire des Lorrains de Moselle, dont le département a été annexé à l’Allemagne à la suite de la guerre de 1870-1871.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04Les grèves de 1905
Les grèves de 1905 constituent une rupture dans l’histoire industrielle locale, à plusieurs titres. Rupture d’abord de la relative solidarité entre patrons et ouvriers. Au « premier paternalisme », fondé sur la présence quotidienne du maître de forge parmi ses ouvriers dans son usine et non pas, comme le « second paternalisme », sur une volonté de disciplinarisation et de contrôle social total, succède un vrai rapport de lutte des classes, pleinement conscient du fait que les intérêts des maîtres de forge et ceux de leurs ouvriers sont profondément antagonistes.
Rupture, en conséquence, dans le degré de conscientisation. C’est à l’occasion des grèves de 1905 qu’apparaît véritablement le syndicalisme dans le bassin de Longwy, dont les meneurs seront durement sanctionnés par le patronat du Pays-Haut. À la suite de l’échec des grèves dans la région, les principales figures du mouvement ouvrier longovicien seront non seulement licenciées, mais également ostracisées de sorte qu’il leur sera absolument impossible de trouver du travail localement. Il leur faudra quitter impérativement le bassin de Longwy, et même la Lorraine dans son ensemble. Gérard Noiriel soutient donc que la conscience ouvrière articulée date dans le bassin de Longwy de l’année 1905 et de ses grèves.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05Le bassin de Longwy entre 1930 et 1950
Pour le bassin de Longwy, les trois premières décennies du XXe siècle représentent une période de forte expansion. Il n’en va pas de même des deux suivantes. La crise de 1929, qui ne produit ses effets en France qu’à partir des années 1930, la Seconde Guerre mondiale et l’Occupation, puis la reconstruction au sortir du conflit, constituent des périodes de récession ou de stagnation, avant l’envol de la modernisation due aux Trente Glorieuses dès le milieu des années 1950.
La période de l’Occupation sera marquée par la collaboration contrainte de toutes les entreprises locales avec l’Allemagne. Une figure longovicienne particulièrement marquante de l’époque est celle de Jean Bichelonne, secrétaire d’État à la production industrielle du maréchal Pétain pendant le régime de l’État français et surtout gendre d’Auguste Dondelinger, le dirigeant inamovible de Senelle-Maubeuge, l’un des principaux groupes industriels du bassin de Longwy.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
06Les espoirs de la « deuxième génération »
Cette « deuxième génération » sera le fer de lance de l’intégration à la fois sociale et nationale dans le bassin de Longwy. Intégration sociale, dans la mesure où ce sont eux, Français d’origine italienne en tête, qui prennent la tête du mouvement ouvrier, de la lutte syndicale et notamment des grandes grèves de l’immédiat après-guerre, en 1947-1948, d’une rare violence et qui fera craindre l’éclatement de troubles sociaux extrêmement graves dans le bassin de Longwy. Les grèves de 1936-1938, à l’époque du Front populaire, par comparaison, avaient été beaucoup moins radicales.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
07Le bassin de Longwy, un bastion communiste
La politique d’endiguement face au danger communiste, qui a marqué en France la IVe comme la Ve République, dans le cadre de l’alliance privilégiée avec les États-Unis, et qui a culminé avec certaines initiatives particulièrement spectaculaires, comme le Plan Marshall entre 1947 et 1951, s’est heurtée dans le bassin de Longwy à la force du sentiment communiste local. Ainsi, en 1978, à la veille du combat historique de 1979 symbolisé par la radio syndicale LCA (Lorraine Cœur d’Acier), mené pour préserver l’outil industriel du bassin rayé de la carte par les mesures du plan de modernisation de la sidérurgie française, le PCF se trouve en position de force. Il domine la vie politique de l’arrondissement de Longwy sans contestation aucune. Huit conseillers généraux sur dix et deux députés sur deux sont issus de ses rangs. Les maires encartés au PCF administrent 64% de la population du bassin de Longwy. Vingt-huit communes locales sont dirigées par des communistes, dont la totalité des six communes qui comptent plus de 9 000 habitants.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
08La fin du bassin de Longwy
Dès 1963, la fin de l’exploitation des mines de fer du bassin de Longwy est décidée et commence à être mise en œuvre. Or les usines sidérurgiques locales s’alimentent au minerai de fer lorrain. Le choix stratégique de la « sidérurgie sur l’eau » (Dunkerque, Fos-sur-Mer) qui commence à être fait dans les années 1960, avant de se réaliser dans les années 1970, fondé sur l’importation d’un minerai de fer à haute teneur en provenance de Mauritanie principalement, signifie, à terme, la fin des usines sidérurgiques du bassin de Longwy.
L’évolution propre à la sidérurgie française de l’après-guerre n’est, elle non plus, pas favorable au bassin de Longwy. La modernisation des usines sidérurgiques locales se fait surtout par « rapiéçages » successifs. Ainsi, il n’existe pas d’installation industrielle entièrement nouvelle créée ex nihilo dans le bassin de Longwy dans les années 1950, 1960 ou 1970, comme il a pu s’en créer dans d’autres régions sidérurgiques françaises à la même époque.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
09Conclusion
En 1981, l’arrivée de la gauche au pouvoir correspond à la condamnation définitive du bassin sidérurgique de Longwy. Contrairement aux engagements électoraux pris par les partis signataires du Programme commun, PS et PC, les mesures prises par le gouvernement de Raymond Barre sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing ne seront pas abrogées, et le tissu industriel local sera purement et simplement liquidé, passé une fois pour toutes par pertes et profits.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
10Zone critique
Le principal reproche que l’on peut adresser à ce titre tient à son caractère quelque peu elliptique quant à l’histoire des entreprises du bassin de Longwy à la fin de la période étudiée, même si bien entendu cet aspect des choses ne constitue pas le cœur de la question. Ainsi, on aurait apprécié une chronologie, au moins succincte, des fermetures d’installations industrielles localement à partir des années 1960, époque à laquelle commence le déclin industriel du bassin de Longwy, déclin qui devait s’achever par une liquidation totale au début des années 1980. De telles indications auraient permis d’avoir une vision à la fois plus claire et plus synthétique des enjeux industriels, mais également humains, en termes de main-d’œuvre locale employée ou à l’inverse au chômage, dans les dernières décennies d’activité du bassin sidérurgique de Longwy.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
11Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Immigrés et prolétaires. Longwy (1880-1980), Marseille, Agone, 2019.
Du même auteur – Une histoire populaire de la France, Marseille, Agone, 2018.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !












