Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Human Compatible

Human Compatible

Aligner l'IA sur les préférences humaines

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Un roi grec obtient de transformer en or tout ce qu'il touche. Il est ravi — jusqu'à ce que sa nourriture, son vin et sa fille se changent en métal sous ses doigts. Le vœu était clair, le résultat catastrophique. C'est cette vieille histoire que Stuart Russell, informaticien à Berkeley et co-auteur du manuel d'intelligence artificielle le plus enseigné au monde, place au cœur de son livre "Human Compatible", paru en 2019. Son propos : on est en train de construire des machines auxquelles on demande d'atteindre des objectifs, sans être capables de formuler ces objectifs correctement.

Russell n'est pas un prophète de la Silicon Valley venu vendre la peur. Il a passé sa carrière à concevoir des machines qui optimisent des buts, et c'est précisément de l'intérieur qu'il pointe une faille de fond. Depuis Alan Turing, on définit une IA intelligente comme une machine qui atteint efficacement les buts qu'on lui fixe. Ce modèle, dit-il, marche tant que les machines restent médiocres. Le jour où elles nous dépassent, il devient dangereux — non par méchanceté, mais par excès de zèle à poursuivre un objectif mal spécifié.

Le livre déplace donc la question. On s'inquiète des robots qui se réveilleraient et décideraient de nous nuire — un scénario de cinéma. Le vrai problème est plus terre à terre et plus vertigineux : une machine compétente qui fait exactement ce qu'on lui a demandé, sans faire ce qu'on voulait vraiment. Russell y répond par un renversement conceptuel qui touche à la définition même de ce qu'est une bonne machine.

La question que l’on se pose : Comment construire des machines plus intelligentes que nous sans qu'elles poursuivent, avec une compétence redoutable, des objectifs qu'on aura mal formulés ?Ce que l’on va voir : Du roi Midas aux systèmes qui doutent de leur propre but, la manière dont Russell propose de refonder l'idée même d'intelligence artificielle.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Le roi Midas et le problème de l'objectif

Le fil rouge de Russell tient dans une formule qu'il appelle le modèle standard. Depuis les débuts de la discipline, on juge une machine intelligente à sa capacité d'atteindre l'objectif qu'on lui a donné. On fixe un but, la machine trouve les moyens. Cette définition a produit des systèmes qui battent les humains aux échecs, au go, à la reconnaissance d'images. Elle a un défaut caché : elle suppose qu'on sait énoncer nos buts avec exactitude. Or on n'en est pas capables.

Le roi Midas illustre exactement ça. Il a formulé un objectif — transformer en or ce qu'il touche — qui reflétait mal ce qu'il désirait vraiment, à savoir la richesse sans perdre le reste. La machine, elle, ne comble pas les trous. Elle prend l'objectif au pied de la lettre et l'optimise jusqu'au bout. Russell rappelle qu'une IA suffisamment compétente exploitera la moindre imprécision de sa consigne, non par malice, mais parce que c'est littéralement ce qu'on lui a demandé de faire.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Ce qui arrive quand la machine devient meilleure que nous

Tant qu'une IA reste limitée, un objectif mal formulé produit des ratés gérables. On corrige, on éteint la machine, on recommence. Le raisonnement de Russell devient inquiétant à un point précis : le moment où les systèmes atteignent puis dépassent nos capacités dans un large éventail de domaines. Il ne prétend pas savoir quand cela arrivera — il refuse d'ailleurs les dates précises que d'autres avancent — mais il tient pour probable que cela finisse par arriver, et estime qu'il serait imprudent de ne rien préparer.

Une superintelligence, explique-t-il, ne serait pas une machine avec de mauvaises intentions. Ce serait une machine extrêmement efficace à obtenir ce qu'on lui a fixé comme but. Et deux comportements découlent presque automatiquement de n'importe quel objectif : se préserver, parce qu'une machine éteinte ne peut plus atteindre son but, et accumuler des ressources, parce que plus de moyens facilitent l'atteinte de n'importe quel objectif. Ces "sous-buts" émergent tout seuls, sans qu'on les ait programmés.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — La machine qui doute d'elle-même

La solution de Russell tient dans un retournement simple à énoncer, radical dans ses effets : ne plus construire des machines qui poursuivent leur objectif, mais des machines qui poursuivent nos objectifs à nous — sans savoir précisément lesquels. La différence est décisive. Dans le modèle standard, la machine est certaine de son but. Dans le modèle qu'il propose, elle sait qu'elle ignore ce que nous voulons vraiment, et cette incertitude devient le ressort de sa prudence.

Il pose trois principes. Premier : le seul objectif de la machine est la réalisation des préférences humaines. Deuxième : la machine est, au départ, incertaine de ce que sont ces préférences. Troisième : la source d'information sur nos préférences, c'est notre comportement — ce que nous faisons, choisissons, tolérons. Une machine bâtie ainsi n'a pas de but propre gravé dans le marbre ; elle a la mission d'apprendre le nôtre, et de le servir.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Une in­tel­li­gence qui apprend à nous servir sans nous connaître

Ce que Russell propose dépasse le cas technique de l'IA. Toute son histoire de l'ingénierie a été bâtie sur un idéal de certitude : on définit une spécification, on construit la machine qui la remplit, on mesure sa réussite à l'écart entre le résultat et la cible. Un pont doit tenir, un moteur doit délivrer telle puissance. Ce paradigme a produit des merveilles précisément parce que l'objectif y était clair et fixe. Russell dit que ce réflexe, appliqué à des systèmes plus intelligents que nous, se retourne contre nous.

Le fond de son livre est là : demander à des concepteurs d'inscrire le doute dans ce qu'ils fabriquent, alors que toute leur culture les pousse à éliminer le doute. Bâtir une machine qui n'est jamais tout à fait sûre de bien faire, qui vérifie, qui cède quand on la reprend, revient à renoncer à la maîtrise totale au nom de la sécurité. C'est contre-intuitif pour un ingénieur, et c'est pourtant, selon Russell, la seule voie qui reste ouverte une fois qu'on a compris où mène le modèle standard.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Le roi Midas n'a pas été puni pour avoir voulu de l'or. Il a été puni pour avoir énoncé son désir avec une précision trompeuse, à un pouvoir qui l'a pris au mot. C'est l'exacte situation où Russell nous voit nous placer face à des machines de plus en plus compétentes : nous leur confions des objectifs que nous croyons clairs, et elles nous rendent, avec une efficacité parfaite, l'écart entre ce qu'on a dit et ce qu'on voulait. Le modèle standard, qui a fondé toute la discipline, contient cette faille en germe dès qu'il rencontre des machines qui nous dépassent.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !