
Homo Deus
Deuxième volet de l’analyse historico-anthropologique, après sapiens
Description
"Homo Deus : Une brève histoire de l'avenir" de Yuval Noah Harari est un ouvrage de réflexion prospective qui s'interroge sur le futur de l'humanité à l'ère des avancées technologiques et scientifiques. Harari, historien et auteur du best-seller "Sapiens", envisage un monde où les humains cherchent à atteindre de nouveaux sommets en termes de bonheur, d'immortalité et de divinité (d'où le terme "Homo Deus", l'homme dieu). L'auteur explore les conséquences potentielles des développements en intelligence artificielle, en biotechnologie et en génomique, qui pourraient transformer radicalement nos vies et notre conception de l'humanité.
"Homo Deus" pose des questions fondamentales sur l'avenir du travail, la structure des sociétés, l'éthique et la gouvernance dans un monde où les humains pourraient ne plus être les agents dominants.
Sommaire
01Introduction
Alors que le monde entier résonne des annonces quasi-quotidiennes de progrès technologiques, Yuval Noah Harari y lit la confirmation de la fin de l’ère religieuse humaine : les croyances qui ont structuré l’ensemble de l’histoire mondiale n’ont désormais plus lieu d’être. Détrônée par les cathédrales de preuves que la science a bâties, leur lecture cosmique ne peut plus guère rivaliser avec celle d’un système bien ordonné, régi par des règles que l’on peut calculer et du même coup, maîtriser. Par conséquent, face au vide créé par le retrait des modèles explicatifs religieux, l’être humain est confronté à l’angoissante question du sens de son existence sur une planète dont il s’est proclamé maître.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02Un animal social : la supériorité expliquée de l’être humain
À l’image de bien des travaux d’anthropologie, Yuval Noah Harari s’attaque à la très controversée analyse de la différence homme/animal : il établit alors, à grand renfort de démonstrations scientifiques, la non-existence de l’âme, concept invoqué par bien des défenseurs de la grandeur humaine pour en justifier les écarts. Dénué de toute forme de vie supérieure, l’homme ressemblerait alors en tous points au reste du règne animal : un animal parmi d’autres, en somme. Cependant, et là encore les preuves abondent, l’humain est parvenu à s’imposer à la tête de la hiérarchie des êtres vivants ; c’est cette supériorité sans appel qui constitue une énigme pour l’auteur.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03Croire, c’est expliquer
La religion constitue ainsi le ciment de la singularité de l’être humain ; véritable « récit qui englobe tout, conférant ainsi une légitimité surhumaine aux lois, normes et valeurs humaines », elle fournit des schémas explicatifs cohérents dont le succès se lit au travers de la pérennisation des grands monothéismes de l’Histoire – qui regroupent d’ailleurs à eux seuls, notons-le, les croyances religieuses dont traite l’auteur.
Pour en comprendre la force intrinsèque, Yuval Noah Harari dissèque la rhétorique religieuse ; celle-ci résulterait de la conjugaison ingénieuse de deux formes de discours, qui, l’une avec l’autre, assureraient la cohérence de l’ensemble : en premier lieu, le jugement factuel considéré comme scientifique, énonce une vérité identifiable par les croyants. Par exemple, la reproduction humaine nécessite la mise en présence de deux individus de sexe opposé. A pareille constatation, s’ajoute le jugement éthique (dit non-scientifique) qui, lui, traduit cette observation en principes moraux. Ainsi, seule la constitution d’un couple hétérosexuel est permise par Dieu, puisqu’elle seule permet la reproduction. Cette alliance tisse alors la toile morale du Bien et du Mal dans laquelle les individus d’une même société s’inscrivent, d’autant que, selon l’auteur, la religion vise d’abord et avant tout à veiller à l’ordre public.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04Le dernier cycle modèle religieux : l’avènement de l’homme-maître
Or, l’histoire humaine a été le témoin d’un changement de paradigme radical, dans lequel la religion s’est vue mise à mal par la science : celle-ci, en invalidant les jugements éthiques non scientifiques, a peu à peu détruit le récit explicatif d’un cosmos divin pour le remplacer par une analyse démontrée des mécanismes physiques. Par conséquent, la religion, exclue par les progrès de la science, a perdu sa force créatrice, grâce à laquelle elle avait bâti des civilisations entières, pour se replier sur une force réactive, effrayée par la nouveauté profane.
S’impose ainsi la nouvelle religion moderne, l’humanisme, qui professe la toute-puissance de l’homme. Dans un monde privé de surnaturel, incombe à l’être humain la mission de définir lui-même les orientations cosmiques, de trouver au fond de lui-même, la justification de ses choix. Car la sensibilité humaine est désormais l’unique source d’autorité et de légitimité de la connaissance. En délaissant les principes scolastiques médiévaux qui alliaient Écritures saintes et logique, la révolution scientifique a peu à peu exclu Dieu du paysage, en préférant combiner données empiriques et méthode mathématique, jusqu’à parvenir à l’affirmation suivante : de l’homme, et de lui seul, naît le savoir rationnel. Fort de cette analyse, l’historien voit dans l’humanisme le moyen de légitimation de la domination humaine sur le monde : devenu la plus importante des religions humaines, celui-ci consiste dans le culte de l’humain en général, de sa supériorité et de son ingéniosité.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05Nouvelle tyrannie : technologie, sur-humanité ou inhumanité
Cet humanisme triomphant vit, selon l’historien, ses derniers instants ; à l’heure des intelligences artificielles et de la biotechnologie, à quel pouvoir peut encore prétendre l’humain aux sensations si aléatoires ?
L’humanisme repose, on l’a vu, sur la célébration du libre-arbitre de chaque individu : ce dernier seul est à même de connaître ses désirs les plus profonds et donc de justifier ses actions. Or, les avancées scientifiques récentes pointent du doigt le relativisme de ces expériences subjectives. Parmi les nombreux exemples que cite Yuval Noah Harari, celui du souvenir de l’accouchement reste l’un des plus significatifs : malgré la douleur que chaque femme interrogée ne peut oublier, toutes concluent pourtant à une expérience positive. Cette étrange constatation résulte en réalité de mécanismes physiologiques bien particuliers ; l’issue de ce pénible processus, à savoir la joie de la naissance, supplante la douleur ressentie. Aux yeux de la jeune mère, finalement, seule compte l’arrivée de l’enfant. Désormais comment faire confiance à l’organe-maître de la connaissance humaine ? Comment accepter de célébrer la toute puissance humaine si son fonctionnement présente des failles ?

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
06Conclusion
Ainsi, Yuval Noah Harari retrace-t-il l’évolution des religions humaines, depuis les monothéismes antiques jusqu’au triomphe du dataïsme, venu supplanter l’humanisme. Au terme d’une analyse qui fait parfois froid dans le dos, l’historien rappelle sa volonté initiale : raconter pour libérer. Selon lui, avec le XXIe siècle s’ouvre un nouvel âge à l’organisation tout-à-fait singulière, et avec lui, une interrogation spécifique que l’homme doit relever : l’homme n’est-il qu’un organisme ? La science permet-elle de faire le tour de la nature humaine ?

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
07Zone critique
Très bien documenté et renseigné, cet ouvrage traduit le souci pluridisciplinaire de son auteur ; pour traiter d’une question aussi large, il semble nécessaire de faire montre d’une réelle souplesse intellectuelle, et les efforts de l’historien pour la réaliser sont des plus louables. Toutefois, c’est cette même volonté qui dessert l’argumentation : en effet, en accumulant les exemples de toute nature, Yuval Noah Harari perd trop souvent le fil de son discours. Quand bien même ces derniers sont souvent racontés dans un style plaisant et divertissant, cela ne suffit pas toujours à convaincre. Le lecteur a parfois l’impression d’assister à une lutte tous azimuts contre les dérives du temps ; humanisme augmenté, violence faite aux animaux, inégalités sociales.
Bien plus, bien trop d’approximations ou d’inexactitudes historiques jalonnent son propos, au risque de semer le doute et la méfiance chez le lecteur : parmi celles-ci, le portrait que l’auteur fait de l’Égypte pharaonique frôle la caricature. Cette civilisation millénaire est réduite au cliché d’un pharaon vautré dans une richesse excessive, avec, à ses pieds, un peuple d’esclaves. En s’attachant à expliquer les structures humaines de pouvoir, Yuval Noah Harari en oublie de les historiciser… oubli fâcheux quand on exerce sa profession.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
08Pour aller plus loin
– Homo Deus, une brève histoire du futur, Paris, Albin Michel, 2017.
Du même auteur – Sapiens : Une brève histoire de l'humanité, 2011, trad. fr. 2015, Albin Michel.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !












