
Histoire mondiale de la guerre économique
Un affrontement pour capter les ressources. (Du Moyen Age à nos jours)
Description
L'auteur trace l'évolution de la concurrence pour les ressources, depuis les luttes pour les territoires de chasse et de cueillette, en passant par les efforts des Phéniciens, Égyptiens, Romains, et Chinois pour sécuriser leurs routes commerciales. Au Moyen Âge, la Hanse allemande illustre la guerre économique par des blocus et des conflits armés. L'ère des grandes découvertes voit les États européens se battre pour le contrôle des épices. Au XXe siècle, la destruction du potentiel commercial de l'adversaire devient un objectif de guerre, tandis que dans le monde actuel, les multinationales mènent une hyperconcurrence, utilisant des stratégies comparables à celles des services de renseignements.
Laïdi révèle comment la violence économique a toujours accompagné l'histoire humaine, remettant en question le mythe du "doux commerce" et soulignant le partage de la violence entre politique et économie
Sommaire
01Introduction
La guerre économique n’a pas commencé en 2013 avec les révélations d’Edward Snowden sur l’espionnage économique mené par Washington. Dès l’apparition des routes maritimes vers les Indes et les Amériques, les cartes, les journaux de bord, les confidences de marins, bref, le moindre renseignement sur les épices ou les mouillages intéressait les marchands de toute l’Europe.
L’information est ainsi entrée dans le champ de la guerre économique. Car s’il fallait recueillir des renseignements pour les exploiter, il fallait aussi dissimuler ses propres découvertes aux yeux d’une concurrence de plus en plus acharnée, au regard des fortunes en jeu. La compagnie des Indes hollandaise (VOC) faisait donc signer à des marins ce qu’on appellerait aujourd’hui une clause de confidentialité.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02L’information, arme économique
Acquérir et protéger l’information « procurent un avantage commercial évidents sur la concurrence », souligne Ali Laïdi. C’est pourquoi il est tentant de la voler. L’exemple du thé chinois est éloquent. Au XIXe siècle, une noria de bateaux transporte du thé entre la Chine et l’Europe, pour satisfaire un marché de plusieurs millions de livres. Les Anglais sont victimes de la contrebande, et Pékin refuse de donner les secrets de sa plante : lieu de production, et technique de culture. En 1848, l’East India Company mandate donc Robert Fortune pour se procurer les meilleurs plants de thé et les acclimater en Inde. Le botaniste a déjà parcouru le pays. Il y revient, les cheveux rasés, grimé en Asiatique. Après de longues expéditions, il réussit finalement à semer des graines et débaucher des jardiniers. Les 12 838 plants qui arrivent en Inde en 1851 vont prospérer. En 1913, la colonie assure 95 % de la consommation britannique.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03Défendre les richesses nationales
Fondée par des marchands, l’East India Company (EIC) est créée en 1600 sur la base de plusieurs privilèges, dont le monopole du commerce au-delà du cap de Bonne-Espérance. Elle se déploie à Aden, Canton, Sumatra, mais surtout en Inde, sur les lieux de production des épices, du café, de l’indigo, etc. Malgré des heurts avec les Hollandais et les Portugais, l’EIC développe son florissant commerce, qui va lui assurer deux siècles de prospérité, poussée par les 155 % de bénéfice des dix premières années. Elle dispose d’armes politiques et militaires pour supprimer ses concurrents étrangers. Le Roi lui accorde le droit de battre monnaie (1677), de rendre justice (1683), de déclencher des guerres si son monopole commercial est menacé. Ce qu’elle n’hésite pas à faire, disposant d’une flotte, qui deviendra plus tard l’Indian Navy.
À terre, où les soldats de la compagnie combattent ceux du Grand Moghol, l’EIC achète des territoires, faisant des Indiens des sujets de la compagnie. Loin de Londres, contrôlant le commerce et le territoire indien, l’EIC se taille ainsi un empire qui finit par faire réagir le pouvoir politique. Une première loi, le Regulation Act de 1773, précise que les acquisitions de l’IEC ont été faites au nom de la Couronne. D’autres mesures lui retireront ses privilèges, dont le monopole sur le thé. Ses soldats indigènes vont par ailleurs se mutiner, obligeant Londres à intervenir, générant un processus qui s’achèvera avec l’indépendance de l’Inde (1947).

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04Mélange des genres
Au Moyen Âge, où le commerce était déconsidéré mais nécessaire, il n’y avait pas vraiment de frontière entre le commerçant, le guerrier, et le responsable politique. Cela ne met pas la guerre économique hors du champ des échanges. Au contraire. Les républiques maritimes italiennes sont même connues pour leurs rivalités commerciales. Du Xe au XIVe siècle, Venise, Gênes, ou Pise, par exemple, renversent des gouvernements, détruisent des ports, coulent des bateaux, arrachent des privilèges, dans le but d’imposer leur suprématie en Méditerranée, ou simplement sur des marchés locaux.
Beaucoup d’interventions peu chrétiennes se sont déroulées dans le giron de l’Église, la plus grande institution de l’époque. En brandissant l’arme de l’excommunication, le pape Pie II tente d’imposer un monopole sur le commerce de l’alun, très utilisé au XVe siècle dans l’important secteur de la teinture. Rien de comparable, toutefois, avec les Templiers, dont le business florissant mêle religion, guerre et finance, sous couvert de protéger les Croisés.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05Une guerre économique totale
Le comportement allemand trouve son origine dans le blocus dont le pays avait été l’objet durant la Première Guerre mondiale. Lors de la conférence de Chantilly (décembre 1915), les alliés avaient ouvert un nouveau front dans le conflit militaire : celui de l’économie. Pour empêcher l’Allemagne de soutenir l’effort de guerre. Diligenté par les Français, le blocus fut étendu aux pays alliés, via le BCI – bureau central interallié, qui deviendra Bureau of exchange (BOX) après-guerre, signe que l’arme économique est aussi utile en temps de paix.
Ici, on pense aux « réparations », mais l’auteur met l’accent sur les prêts américains des années 1940, et le plan Marshall (1947, 13 milliards de dollars pour l’Europe), considéré comme un « acte politique suprêmement intelligent », par un adjoint de Jean Monnet. Objectifs : mettre l’Europe sous tutelle, et abolir ses barrières commerciales.
L’aide humanitaire relève du même schéma. Car elle consitue le «bras armé » d’une bataille qui porte sur des milliards de dollars. « Chevaux de Troie des multinationales », les organisations (à quelques exception près, comme MSF) ouvrent des marchés considérables : nourriture, santé, équipements à reconstruire, etc. Américains, Britanniques et Scandinaves ne cachent pas qu’elles sont des « vecteurs d’influence ».

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
06Briser l’économie de l’adversaire
Si on remonte un peu plus loin dans le temps, on remarque que le blocus existait à l’époque de la Ligue hanséatique, ce réseau de marchands opérant dans les villes autour de la Baltique et de la mer du Nord. De Novgorod à Cologne, ils s’étaient regroupés pour défendre et étendre leurs privilèges, en faisant preuve d’ une forte solidarité.
Puissance dominant l’Europe du Nord, du XIIe au XVIIe siècle, la Hanse est en position de monopole. Ses privilèges lui permettent de s’imposer sans affronter la libre concurrence. Rendant sa propre justice, elle impose aux souverains affaiblis des traités commerciaux qui protègent ses marchés, donc ses membres. Si la diplomatie ne suffit pas, elle passe à l’offensive. Bruges, qui avait décidé un impôt sur le sel fait ainsi l’objet d’un blocus durant deux ans (1368-1360). Privée de céréales, la ville doit céder ... et consentir à de nouveaux privilèges, en plus de payer des indemnités conséquentes. Autres blocus en 1388 contre l’Angleterre, la Flandre et la Russie, en 1451-1457 contre la Flandre…

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
07Conclusion
Les conflits liés à l’or noir, invasion du Koweït comprise, montrent aussi quelle peuvent être l’ampleur et les répercussions de la guerre économique, selon une optique libérale. « La compétition inscrite dans l’ADN de l’économie de marché engendre des dérapages, eux mêmes générateurs d’injustices et de violences » (p.13).

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
08Zone critique
Par son écriture, cet ouvrage met l’histoire économique à la portée de tous, sans pour autant tomber dans les réductions trop hâtives, ou renoncer aux données chiffrées. Ali Laïdi présente ce livre comme une introduction, conscient que ses 500 pages ne peuvent pas restituer toute cette « vieille histoire » qui accompagnerait l’homme depuis ses débuts. Mais les épisodes relatés donnent un bon aperçu du « commerce à couteaux tirés », avec des pages éclairantes sur la découverte des Indes.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Ali Laïdi, Histoire mondiale de la guerre économique, Paris, Perrin, 2016.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !












