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Couverture de 'Histoire des vikings'

Histoire des vikings

Pierre Bauduin

Exploration de l'ère viking

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Description

Histoire au sens originel d’enquête, et non de récit, telle est la façon dont il faut entendre le titre de l’ouvrage. Mobilisant toutes les sources – hagiographies, chroniques, traités de paix, fouilles archéologiques – Bauduin ne se contente pas de raconter l’histoire des vikings.

Il explique aussi comment ces barbares païens purent se muer, aux yeux des historiens, en bâtisseurs de nations puis en « migrants » organisés en « réseaux ».

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Alors que, à la fin du VIIIe siècle, Charlemagne semble enfin avoir apporté la paix à l’Occident franc et romain, voici que surgit, d’au-delà des mers, une nouvelle vague de peuples barbares. Ils sont païens, adorateurs d’Odin, dieu suprême détenteur de l’orage et garant de l’ordre cosmique. Ils vénèrent Thor, sorte de héros dont les combats et les errances ne sont pas sans rappeler ceux d’Hercule.

Habités par une vision du monde qui ressemble davantage à celle d’Ulysse qu’à celle du Christ, soucieux avant tout de gloire et de combats, ces Scandinaves entreprennent, sans que personne en ces temps ne comprenne bien pourquoi, si ce n’est pour le châtiment des péchés, d’attaquer les villes côtières et les monastères. I

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02

Invasion et résistance

De plus en plus nombreux tout au long du IXe siècle, les vikings attaquent bientôt par bandes d’une centaine de combattants. Ils emmènent femmes et enfants. Ils passent l’hiver sur place, avant de repartir pour d’autres cieux ou pour le pays, emmenant avec eux un butin qui leur servira à s’établir. Ils reviennent chaque année et bientôt élisent demeure. Dès la fin du IXe siècle, ils ont investi des régions entières, voire des pays.

En Angleterre, le Danelaw, soit le nord-est du pays, est colonisé depuis la fondation du royaume danois d’York en 876. En 911, les Carolingiens cèdent la Normandie lors du traité de de Saint Clair sur Epte, en échange de la protection de la France contre d’autres invasions. Quant à la Russie, elle leur doit son nom et sa fondation en tant qu’Etat, Rous étant à l’origine le nom de la tribu varègue (viking) appelée, selon la Chronique des Temps passés, en 862, par les Slaves de l’Est pour les gouverner.

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03

Les vikings et le « récit national »

Au XIXe siècle, la chose paraît claire aux historiens : les vikings sont le catalyseur qui a précipité la formation des nations modernes. Dans le cas français, ils auraient provoqué l’émergence de la féodalité et de la monarchie capétienne. Pierre Bauduin nuance : de fait, la résistance carolingienne fut loin d’être aussi inefficace qu’on l’a dit. Souvent, l’expulsion des envahisseurs fut effective. Les souverains disposaient de l’ost (service militaire de la noblesse), de l’impôt, d’un système de levée en masse locale, ils pouvaient procéder à des réquisitions.

Mais ils ne contrôlaient plus la situation : « l’exaspération provoquée par les exactions des Normands suscita chez les habitants d’entre Seine et Loire la formation d’associations jurées dans le but de combattre les assaillants (859) : elles furent considérées comme une menace à l’ordre social et réprimées par les grands » (pp. 319-320). On assisterait plutôt à une sorte d’effondrement social dont les Normands furent moins la cause que le catalyseur. Surtout, il s’ensuivit une énorme perte de prestige et, partant, de légitimité : dans l’univers mental du moyen-âge carolingien, le pouvoir politique n’est justifié que pour autant qu’il protège par les armes le peuple chrétien et l’Église. Accepter le tribut, c’est déchoir.

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04

Causes

Selon Pierre Bauduin, l’expansion viking est essentiellement due à la mise en contact de deux mondes en expansion, le franc et le nordique.

Après qu’il eût absorbé et christianisé la Saxe, l’Empire franc entra naturellement en contact avec les Danois. Encore païens, ceux-ci étaient néanmoins attirés par l’imposant voisin du sud, qu’il imita autant qu’il s’en démarqua. Les rois danois, puis norvégiens et suédois voulaient naturellement asseoir leur autorité. Il leur fallait des clercs, que l’Église romaine était toute disposée à leur fournir, et un impôt, donc une monnaie métallique, nécessité encore accrue par l’insertion de la Scandinavie dans les circuits européens de l’échange marchand.

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05

Réseaux

Il est un point qui retient particulièrement l’attention de l’historiographie de ces dernières années, tant elle résonne avec le souci contemporain de la déterritorialisation et du déracinement : c’est l’architecture particulière de l’univers viking. Comme les Grecs anciens et comme les multinationales contemporaines, ils fonctionnaient sur le modèle du réseau.

À cet égard, Bauduin note très judicieusement au début de son livre la fascination qu’exercent les vikings aujourd’hui, dans les milieux modernistes, comme en témoigne, par exemple, le nom de la connexion sans fil Bluetooth, directement issue du nom du roi Harald à la Dent bleue (857-987), premier souverain chrétien du Danemark.

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06

Chris­tia­ni­sa­tion

C’est bien la christianisation qui marque, plus que tout événement militaire, la fin de l’ère viking. Il y a changement complet de vision du monde puisque l’on passe directement, sans platonisme ni stoïcisme, d’une religion assez semblable à celle de la Grèce archaïque, sans clergé, sans dogme fixe, avec des dieux qui luttent pour le maintien de l’ordre du monde et où les hommes sont avant tout incités à la lutte et à la gloire, au christianisme, religion à dogme et clergé, où le salut ne réside plus dans les combats et la victoire, mais dans la foi et la charité.

Avec cette figure de transition, le roi saint, dont le suédois Olaf Tryggvason fournit un parfait exemple : grâce à lui, la conversion apparaît comme un élément endogène à la culture nordique, non comme l’œuvre de missionnaires.

Ainsi, l’acculturation des vikings se fit en deux temps : d’abord le contact, violent, ensuite la conversion, l’insertion dans l’Europe par le modèle de la monarchie chrétienne. Une exception : la Russie. En effet, dans ce cas, l’acculturation des vikings se fit en premier lieu au paganisme local. Durant une première phase, les vikings s’installent dans l’extrême nord du pays, qu’ils atteignent par le golfe de Finlande. Ils s’établissent là, sans trop se mêler aux autochtones, qui d’ailleurs ne sont ni nombreux ni slaves, mais baltes ou finlandais. Mais, quand les nordiques descendent pour gagner les itinéraires commerciaux de la Volga et du Dniepr pour revendre l’ambre, les peaux et les esclaves qu’ils ont razziés, les Slaves, eux, remontent.

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07

Conclusion

En somme, à l’exception près des terres de l’ouest – Islande, Groenland et Vinland, où les vikings mirent en œuvre une colonisation de peuplement –, l’histoire des vikings, telle que racontée par Pierre Bauduin, est une histoire de la construction étatique.

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08

Zone critique

Restituant l’état de la recherche pour un lectorat averti, Pierre Bauduin ne vise pas à faire date, mais à faire le point. Et il le fait très bien. Aussi, les critiques que nous avons à formuler ne concernent-elles pas son travail, irréprochable aux vues des limites de l’exercice, mais plutôt certaines orientations de la recherche contemporaine.

En effet, celle-ci paraît excessivement tributaire des enjeux idéologiques du temps. Là où l’on parlait jadis d’envahisseurs et de barbares, on parle désormais, et anachroniquement, de migrants. La violence des exactions perpétrées par les Normands à l’encontre des laïcs et surtout des clercs, la traite esclavagiste qu’ils pratiquaient aux dépens de ces mêmes populations, les cultes sanglants qu’ils pratiquaient, leur mépris de la religion chrétienne, leur sauvagerie consommée , voilà tout autant de thématiques non pas peut-être totalement abandonnées par la recherche, mais du moins singulièrement estompées dans le tableau général brossé par les historiens contemporains. On remet en cause, ainsi, les chiffres donnés par les contemporains, car on les juge invraisemblables.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Histoire des vikings. De invasions à la diaspora, Paris, Tallandier, 2019.

Du même auteur – Les Vikings, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2004. – Le Monde franc et les Vikings, viiie-xe siècles, Paris, Albin Michel, 2009.

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