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Couverture de 'Heineken en afrique'

Heineken en Afrique

Olivier Van Beemen

Une multinationale décomplexée

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Description

Heineken jouit depuis plusieurs décennies d’une réputation irréprochable en Afrique. Sa légende dorée est même un fleuron national aux Pays-Bas. La bière que l’on brasse au Nigéria, en Afrique du Sud, en Éthiopie, au Congo, etc., sous les diverses marques de la grande société, crée des emplois, apporte des devises étrangères dans un continent qui en a besoin pour se développer, œuvre contre le sida…

Hélas pour Heineken, le journaliste néerlandais Olivier van Beemen est venu ternir cette aura virginale. Six ans d’enquête et des centaines de témoignages remettent en cause l’histoire et les pratiques de la célèbre entreprise sur le continent africain.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Heineken en Afrique, c’est d’abord l’histoire d’une (apparente) histoire d’amour : celle d’une marque et d’un continent. Rien n’a jamais pu entraver cette espèce de communion de destins, ni la décolonisation, ni la survenue des dictatures, ni les guerres civiles de la fin du XXe siècle. Dans la success-story de la marque, on parle de tous les bienfaits qu’a apportés et continue d’apporter Heineken en Afrique, notamment des emplois par milliers et des devises étrangères qui financent le développement des pays.

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02

Un siècle d’histoire

Heineken en Afrique, c’est une longue histoire qui a commencé à la fin du XIXe siècle avec des exportations de bières depuis les Pays-Bas. Une étape a ensuite été franchie dans les années 1930 lorsque des brasseries ont été construites directement sur le sol africain. Très vite, la bière est devenue une boisson emblématique et plébiscitée. Qu’on ne s’y trompe pas : dans de nombreux pays à majorité musulmane, on boit peu d’alcool. En revanche, les populations qui boivent de la bière en boivent beaucoup. Or, à cause d’un défaut de concurrence qui n’existe pas dans les autres pays du monde, cette bière est chère, parfois plus chère qu’en Europe. Il existe donc un gros marché et, qui plus est, extrêmement rentable.

L’histoire de l’Afrique au XXe siècle n’est cependant pas un long fleuve tranquille, et c’est sans doute cette capacité de la firme à naviguer dans des eaux troubles qui la distingue. Entre décolonisation, régimes autoritaires et guerres civiles, il n’est pas si facile de faire des affaires. De nombreuses sociétés y ont d’ailleurs renoncé. Le succès d’Heineken en Afrique vient en grande partie de sa pugnacité ; quand de nombreux investisseurs étrangers s’en sont détournés, l’entreprise néerlandaise a continué de croire en l’Afrique.

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03

L’entreprise qui fait vivre l’Afrique

Un mythe a survécu au travers des décennies : Heineken est une entreprise exemplaire, qui crée du travail et de la richesse en Afrique. Même le gouvernement néerlandais encense la société. Lilianne Ploumen, ancienne ministre du Commerce extérieur et de la Collaboration au développement, parla de milliers d’emplois lors d’une visite au Rwanda et au Congo.

La reine Maxima évoqua un « exemple fantastique » (p. 97) lorsqu’elle se rendit en Éthiopie. Heineken met aussi en avant son recours aux ressources locales. L’entreprise a par exemple mis en place des programmes d’approvisionnement auprès d’agriculteurs locaux en incitant des milliers de paysans à cultiver du sorgho au nord du Burundi. Légende ou réalité ?

En réalité, avoir des statistiques chiffrées en Afrique n’est rien moins qu’hasardeux. Il est très difficile de connaître les retombées économiques de l’activité de Heineken sur le continent. Olivier van Beemen s’en remet aux faits. Il a rencontré les paysans qui fournissent du sorgho au Burundi : les prix proposés étaient si bas qu’ils ont préféré vendre leur récolte ailleurs. De plus, un responsable négligea le projet et, lors des quatre premières années du programme, moins de 5 % des 5 000 tonnes de sorgho prévues furent effectivement achetées par Heineken.

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04

La corruption à tous les niveaux

On aurait tort d’oublier que Heineken ne fait pas acte de philanthropie en Afrique : c’est une entreprise qui est là pour faire de l’argent. Elle l’avoue parfois du bout des lèvres, comme pour se dédouaner lorsqu’Olivier van Beemen rapporte quelque fait litigieux. La réalité va cependant au-delà de toutes les normes en vigueur et même des normes éthiques et… légales.

On constate que la corruption est présente à tous les niveaux dans la société et qu’elle sert aussi bien à faire du profit qu’à enrichir personnellement ses collaborateurs.

Oui, Heineken veut faire du profit en Afrique. Et, pour surpasser ses concurrents, tous les moyens sont permis ; les législations très peu contraignantes des divers pays africains dans lesquels la société est installée permettent toutes les audaces. Y compris les moins subtiles, comme le matraquage publicitaire : à Kinshasa, au Congo, des quartiers entiers sont peints dans la couleur bleu ciel de la Primus, l’une des marques phares de Heineken en Afrique. L’auteur remarque même le logo sur un bus scolaire et sur un poste de police… La filiale congolaise, la Bralima, oblige aussi des cafés à vendre exclusivement sa marque en échange de la donation d’un frigo et de quelques chaises : un exemple parmi d'autres de « corruption douce »... Il s’ensuit souvent des bagarres entre bistrots, les uns soutenant la Bralima tandis que les autres sont « sponsorisés » par la société rivale, la Bracongo. Les règlements de compte peuvent être sanglants.

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05

Le scandale des promotrices

Heineken, l’entreprise modèle qui fait la prospérité de l’Afrique ? Un mythe, on le voit. La société est plutôt une prédatrice qui engrange des profits en exploitant les législations nationales opaques. En son sein même, de nombreux collaborateurs se nourrissent de la bête en bafouant toutes les réglementations.

Cela s’arrête-t-il là ? En creusant, Olivier van Beemen déterre des situations plus troubles encore. La volonté d’augmenter les ventes semble justifier toutes les transgressions morales et se déployer dans le mépris de la vie humaine. Il faut ici dire un mot sur l’affaire des promotrices, qui a cristallisé la désapprobation portée sur Heineken depuis les révélations de l’auteur. L’opinion publique en a surtout entendu parler à propos de l’Asie du Sud-Est, mais l’auteur montre que le phénomène est largement répandu et sous-estimé en Afrique.

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06

La marque au cœur des génocides

Olivier van Beemen mène son enquête plus loin encore, dans les tragédies des guerres civiles et des génocides qui ont frappé le continent africain dans les années 1990. Nous avons vu que la filiale Bralima avait négocié avec les rebelles du RCD-Goma au Congo pour pouvoir effectuer des licenciements massifs.

Heineken a également été impliquée dans d’autres drames. Au Burundi par exemple. Cet État avait été placé sous embargo international après le coup d’État de Pierre Buyoya en 1996. Des massacres ethniques (Tutsis contre Hutus) avaient en effet été perpétrés sous sa direction. Heineken ignora l’embargo. Elle fut la seule entreprise qui continua à fonctionner durant cette période : ses rentrées fiscales permirent au régime putschiste de rester en place.

Deux ans plus tôt, déjà, Heineken jouait un rôle similaire dans le génocide au Rwanda. L’auteur révèle que la bière abreuva les meurtriers du début jusqu’à la fin des tueries : la brasserie de Bralirwa fonctionna en continu (et généra d’ailleurs un excellent chiffre d’affaires cette année-là).

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07

Conclusion

Heineken et l’Afrique, une merveilleuse histoire d’amour ? C’est la saga qu’a construite l’entreprise en plus d’un siècle de présence sur le continent. Création d’emplois, aide au développement, lutte contre le sida, la success-story paraissait « fantastique », comme l’a dit la reine Maxima.

Pendant longtemps, l’illusion a mystifié le monde, aussi bien l’opinion publique que la presse et les organismes internationaux. L’enquête, les articles et le livre-choc d’Olivier van Beemen ont donc renversé une réputation pourtant solidement établie. Corruptions, recherche du profit à tout prix, atteintes à l’éthique, collusions avec des régimes autoritaires, voire génocidaires : le tableau est en réalité peu reluisant. L’entreprise se défend en expliquant qu’elle lutte pour travailler dans des conditions presque insurmontables (elle se représente comme « une île de perfection dans un océan de misère », p. 273).

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08

Zone critique

La parution de Heineken en Afrique et surtout sa traduction en de multiples langues ont fait l’effet d’un coup de tonnerre. Jusqu’alors, l’entreprise avait toujours réussi à étouffer les petits scandales qui avaient écorné sa réputation, notamment en faisant des promesses jamais respectées (par exemple concernant les promotrices, la promesse de les faire raccompagner chez elle après leur travail). Cette fois, la désapprobation internationale s’est manifestée de manière beaucoup plus forte.

Aux Pays-Bas, une résolution du parlement prise à la quasi-unanimité a appelé la ministre à la Coopération au Développement et au Commerce extérieur à mieux définir les conditions de subvention. Le Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a suspendu son partenariat avec le célèbre brasseur. L’ASN Bank (spécialisée dans les investissements aux entreprises dites durables) s’est débarrassée de toutes ses actions Heineken et a inscrit l’entreprise sur liste noire. Peut-on espérer l’aube d’un jour nouveau en matière de responsabilisation éthique des grandes entreprises dans les pays en voie de développement ?

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Heineken en Afrique, Une multinationale décomplexée, Éditions Rue de l’échiquier, 2019.

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