Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'Happycratie'

Happycratie

Edgar Cabanas, Eva Illouz

Critique du culte contemporain du bonheur

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

"Happycratie" de Edgar Cabanas et Eva Illouz est un essai critique qui examine comment l'industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies. Les auteurs explorent les origines et les implications de la psychologie positive, une "science" qui prétend conférer une légitimité scientifique à l'idée que le bonheur peut être construit, enseigné et appris.

Ils mettent en lumière la manière dont cette industrie, qui brasse des milliards d'euros, promet de transformer les individus en créatures capables de bloquer les sentiments négatifs et de contrôler totalement leurs désirs improductifs et leurs pensées défaitistes.

Cabanas et Illouz critiquent la simplification et le manque de rigueur scientifique de la psychologie positive, et suggèrent qu'elle renforce l'individualisme, le narcissisme et l'excès de confiance en soi. Ils argumentent que cette idéologie du bonheur, qui se traduit par la consommation de "marchandises psychologiques" telles que des livres, thérapies, applications, coaching, etc., exerce une nouvelle forme de pouvoir et influence les décisions politiques et les stratégies d'entreprise.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Alors que la psychologie positive s’est emparée de la notion de « bonheur » depuis le début du XXIe siècle, Eva Illouz et Edgar Cabanas proposent, avec l’essai Happycratie, de mettre au jour les arcanes de ce qui leur semble être devenu une véritable idéologie, fondée sur l’impératif d’être heureux, et de la remettre en question.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Le bonheur, une réalité scien­ti­fique ?

Force est de le constater, le bonheur aujourd’hui est partout et s’est invité dans toutes les strates de nos existences. En témoigne le succès des ouvrages consacrés au self-help (ou « aide à soi-même »), du coaching et du management, des films mettant en scène des histoires de réussite personnelle, ou même d’applications telles que Happify, proposant d’élaborer des « scores de bonheur ». D’objectif utopique et nébuleux, ce dernier semble être devenu un bien quantifiable et mesurable, obéissant à des critères qu’il reviendrait à tout un chacun de connaître et d’appliquer pour être heureux.

En effet, depuis les années 1990, universitaires, psychologues, économistes, pédagogues, etc., s’attachent à conceptualiser le bonheur « à grand renfort de questionnaires, d’échelles de valeur et de méthodes censées mesurer objectivement […] le bien-être subjectif » (p. 50). À l’origine de cette nouvelle « science », la pensée positive formulée par Martin Seligman en 2000 dans son Manifeste introductif à une psychologie positive. À travers une série de méthodes enjoignant l’individu à adopter un regard plus positif et optimiste sur lui-même et sur son environnement, Seligman rendait ainsi le bonheur accessible à tous et semblait « offrir les clefs psychologiques donnant accès au bien-être, au sens de l’existence et au développement personnel » (p. 31).

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Le retour à l’individu, une notion néolibérale

Le succès de la psychologie positive comme critère sur lequel fonder des décisions politiques et économiques n’est pourtant pas sans danger. En effet, toute la théorie développée par Martin Seligman repose sur l’idée que chacun aurait accès au bonheur, pour peu qu’il le veuille, en dépit de ses conditions de vie : « La richesse et la pauvreté, le succès ou l’échec […] seraient en vérité une affaire de choix » (p. 11). Ce qui importerait donc serait la perception subjective des circonstances extérieures, non les circonstances elles-mêmes ; ou, comme l’explique Sonja Lyubomirsky, la capacité à introduire de la positivité dans son existence, aussi difficile soit-elle, en cultivant une attitude optimiste, en en savourant les plaisirs simples, etc.

Une « recette » du bonheur perverse qui s’inscrit, pour Eva Illouz et Edgar Cabanas, dans la logique individualiste prônée par nos sociétés néolibérales : en rendant le citoyen seul responsable de son bonheur, la psychologie positive encouragerait au narcissisme et à l’inaction collective, particulièrement en temps de crise. « À quoi bon plaider en faveur de meilleurs métiers, de meilleures écoles, de quartiers sûrs ou d’une couverture santé universelle ? » (p. 85). En convaincant les individus que leur destin est simple affaire d’effort personnel, la science du bonheur limite ainsi la possibilité de changements sociopolitiques.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Le bonheur comme marchandise

Les liens entre la notion de bonheur et notre système économique actuel sont d’autant plus manifestes que la psychologie positive a donné lieu à un marché à part entière, extrêmement rentable.

Pour la première fois, le champ de la psychologie ne s’adressait plus seulement aux personnes en souffrance ou atteintes de pathologies mentales, mais aussi aux individus « sains » et en bonne santé, qui cherchaient à maximiser leurs potentialités, à vivre mieux, à être plus heureux. Un champ important de consommateurs, qui a permis la création et le développement fulgurant d’un nouveau secteur d’activités dont de nombreux « professionnels de la chose ‘‘psy’’ tirèrent grand bénéfice : psychologues libéraux, […] coachs divers et variés, conférenciers dispensant la bonne parole motivationnelle, experts en management et autres consultants » (p. 37).

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

La norme du positif et ses effets dé­vas­ta­teurs sur l’individu

Ce tableau particulièrement inquiétant que brossent Eva Illouz et Edgar Cabanas s’appuie sur le constat que l’industrie du bonheur, en faisant de la positivité une norme à atteindre et à toujours parfaire, conduit finalement à l’inverse de ce qu’elle prêche et fait naître de nouvelles formes de frustrations, d’angoisses et d’obsessions, notamment chez les jeunes générations : « Il s’agit de s’évaluer en permanence, d’interpréter constamment ses actes, ses pensées et ses sentiments par rapport à un objectif qui s’éloigne toujours » (p. 188).

Par ailleurs, l’exploration narcissique de soi peut pousser à une forme de dissociation d’avec la réalité et aggraver des sentiments de solitude et d’isolement. Enfin, les individus, étant rendus entièrement responsables de leur propension à être heureux, peuvent être amenés à interpréter échecs, difficultés ou sentiments de mal-être comme une source de honte.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

Conclusion

Face au succès de la littérature consacrée au développement et au bien-être personnels, face au nombre toujours grandissant de « manuels » fondés sur une approche positive de soi-même et de l’existence, Eva Illouz et Edgar Cabanas apparaissent, avec Happycratie, résolument à contre-courant.

En invoquant des auteurs issus de la psychologie positive, ils déconstruisent l’édification du bonheur en science pour révéler les liens qui unissent ces nouvelles injonctions à être heureux et notre modèle capitaliste néolibéral. Au-delà des ravages causés sur l’individu, désormais sujet à l’hyperculpabilisation, à l’isolement et à la frustration, ce sont les sociétés entières qui pâtissent de cette idéologie dans laquelle la transformation de soi a remplacé la volonté de changement social.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

Zone critique

Le caractère novateur et inédit de cet essai à charge repose non seulement sur ses prises de position à contre-pied de l’idéologie dominante prônée par la psychologie positive, mais aussi sur sa volonté d’aborder des notions aujourd’hui réservées à la psychologie, telles que le bien-être, le développement personnel, etc., sous l’angle de la sociologie.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Happycratie. Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Paris, Premier Parallèle, 2018.

Ouvrages d'Eva Illouz

– Les Sentiments du capitalisme, Paris, Seuil, 2006. – Les Marchandises émotionnelles, Paris, Premier Parallèle, 2019.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !