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Couverture de 'Grands et petits secrets du monde de lart'

Grands et petits secrets du monde de l’art

Danièle Granet, Catherine Lamour

Les mystères cachés derrière les chefs-d'œuvre

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Description

Vaste enquête se déployant au quatre coins du monde, Grands et petits secrets du monde de l’art questionne le marché de l’art contemporain à l’heure de la mondialisation et s’intéresse aux nouveaux enjeux financiers qu’il suscite.

En investiguant auprès des différents protagonistes d’un commerce en plein essor, les deux auteures problématisent la nouvelle fonction de l’art dans la société, le rôle de l’artiste et la structure économique qui se crée dans son sillage. Par ce biais, elles tentent de répondre à la question suivante : est-ce désormais le marché qui labellise l’art ?

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Depuis les années 1980, le business généré par le marché de l’art a brusquement basculé.

Troisième marché le plus lucratif après les stupéfiants et la vente d’armes, il attire la convoitise des nouveaux milliardaires, des banquiers, des agents immobiliers de luxe et de tous ceux qui détiennent entre leurs mains les ficelles du pouvoir. Ils sont une centaine à faire la pluie et le beau temps dans les salles de vente ou les galeries de renom et entourent les transactions financières de zones d’ombre difficiles à percer.

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02

L’évolution du marché de l’art

À l’heure de la mondialisation, c’est une nouvelle tendance du marché de l’art qui se dessine : en affichant sans complexe que l’argent de l’art est plus important que l’art, les investisseurs de ce nouveau business ont réinventé le processus qui liait l’artiste à son œuvre. Celui-ci appartient dès lors à un maillage économique contraignant (certains s’en plaignent, d’autres ont compris les nouvelles règles du jeu), l’obligeant à une forme de rendement industriel de plus en plus éloigné de l’acte de création.

Ce nouveau terrain de jeu transforme l’art en un produit financier excessivement lucratif pour les acheteurs et réinvente le circuit (jusque-là fermé) qui rassemblait les galeristes et les collectionneurs autour des artistes. Ce que les auteures observent dans leur enquête, c’est qu’aujourd’hui ce marché est envisagé comme la Bourse avec ses surenchères et ses spéculations, transformant irréversiblement l’art en financial art. La question qu’elles se posent est la suivante : comment fonctionne la machine à fabriquer de l’art ?

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03

Être arty : une mode et un mode de vie

L’adjectif arty apparaît dans les années 2008 et répond à cette vogue très influente de « l’art pour tous ».

Adopté par la génération des 20-40 ans, il permet de « vivre avec son époque et aussi racheter une partie de sa liberté, perdue dans des bureaux où l’on se sent aussi transformé en automate » (p. 267).

Cet art comme mode de vie répond à une injonction de plus en plus présente dans la société contemporaine, à savoir l’attention quotidienne que l’on porte à son environnement visible pour être in. Le poids du look, du style, l’appel des magazines à « consommer de l’art » atteint un niveau jamais égalé qui influencerait jusqu’aux valeurs du couple contemporain. Les « supermarchés » de l’art fleurissent partout en Europe, à l’image de l’enseigne Yellow Korner qui s’est fixée pour but de « démocratiser la photographie ».

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04

Le luxe à la conquête de l’art

Après la crise financière de 2008, le marché de l’art se déleste pour un temps des inflations spéculatives sans limite et de la surenchère dans la production d’œuvres sans talent. Certains pensent même que le système pourra ainsi se purger par lui-même.

Pourtant, le ver est dans le fruit. La place de l’artiste est définitivement modifiée à cause du rapport qu’il entretient avec certaines grandes marques qui ont compris que leurs regards valaient de l’or. Les artistes deviennent des enseignes, allant jusqu’à contrefaire et produire en séries industrielles ce qui faisait leur singularité.

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05

L’al­ter­mo­der­ni­té

Dans les interviews qu’elles mènent tout au long de l’ouvrage, les deux auteures donnent la parole à Nicolas Bourriaud (co-fondateur du Palais de Tokyo et Inspecteur général de la création artistique). Ce dernier propose un contrepoint intéressant à la grande hystérie qui semble secouer le monde de l’art contemporain en présentant le concept d’altermodernité. Ce qu’il propose est une réappropriation de notre modernité, qu’il définit comme un échec du point de vue artistique.

En déplaçant notre regard vers le multiculturalisme (une multiplicité de cultures qui dialoguent entre elles, sans se sacrifier à la faveur d’une seule) pour reconsidérer les enjeux de l’art aujourd’hui, il met en valeur la nouvelle mobilité de l’artiste, sa capacité à « faire éponge » pour trouver les germes d’un renouveau créatif mais aussi d’une autre forme de radicalité. L’artiste devient alors sémionaute : un navigateur parmi des signes qu’il tenterait de réorganiser pour créer du sens entre des formes très éloignées les unes des autres.

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06

Conclusion

De Damien Hirst auto-promouvant son travail auprès de ses acheteurs aux 300 foires d’art contemporain à travers le monde, du collectionneur d’art devenu taste maker (lanceur de tendances) aux ports francs où s’entassent des œuvres d’art attendant d’être revendues en fonction des spéculations financières, de la progression du marché chinois à la régression de l’exception française dans les salles de vente, nous assistons entre ces pages à l’emballement d’un monde qui ne cesse de croître malgré les crises et de se réinventer à une vitesse fulgurante, flirtant parfois avec le désastre mais donnant toujours le change quand il s’agit de surenchère (la banane vendue par Maurizio Cattelan à 120 000 dollars à la foire d’Art Basel en 2009 suffit à nous laisser rêveurs).

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07

Zone critique

Partant à la rencontre des protagonistes les plus influents du marché de l’art, les deux auteures nous offrent une enquête excessivement fouillée et passionnante. Nous proposant des clefs de lecture pour aller à la rencontre d’un monde opaque et secrètement gardé, elles n’hésitent pas à poser un regard critique et lucide sur un monde où les déviances de l’argent poussent aux hérésies les plus folles et où le statut de l’artiste ne cesse d’être sérieusement ébranlé.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Grands et petits secrets du monde de l’art [2010], Paris, Fayard, coll.« Pluriel », 2018.

Des mêmes auteures – Médiabusiness. Le nouvel eldorado, Paris, Fayard, 2006.

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