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Global Catastrophic Risks

Global Ca­tas­tro­phic Risks

Les risques capables d'effacer l'humanité

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Description

En 2008, un philosophe d'Oxford réunit une vingtaine de chercheurs — astronomes, virologues, spécialistes du nucléaire, informaticiens — pour poser une question qu'on évite d'habitude : qu'est-ce qui pourrait, concrètement, mettre fin à l'espèce humaine ? Le livre qui en sort, Global Catastrophic Risks, dirigé par Nick Bostrom et Milan Ćirković, ne relève pas de la science-fiction ni du survivalisme. C'est un inventaire méthodique, chiffré quand c'est possible, des scénarios capables non pas de tuer beaucoup de monde, mais d'effacer l'humanité entière ou de la précipiter dans un effondrement irréversible.

La distinction paraît mince, elle est décisive. Une pandémie qui emporte un humain sur trois est une tragédie sans nom, et pourtant le monde s'en relève. Un événement qui ne laisse personne, ou qui verrouille définitivement le potentiel de l'espèce, appartient à une autre catégorie. Bostrom l'appelle le risque existentiel. Et l'ouvrage montre, calmement, que ces risques ne sont ni tous naturels, ni tous lointains : les plus sérieux, on est en train de les fabriquer soi-même.

Le livre a une ambition étrange : rendre pensable ce que l'esprit refuse de regarder en face. Car raisonner sur sa propre disparition collective, sans paniquer ni détourner le regard, demande des outils que l'intuition ne fournit pas. C'est ce chantier — recenser, estimer, hiérarchiser — que Bostrom et ses collègues entreprennent, avec l'idée qu'un risque qu'on refuse de nommer reste un risque qu'on ne peut pas réduire.

La question que l’on se pose : Qu'est-ce qui pourrait réellement effacer l'humanité, et pourquoi peine-t-on autant à prendre ces menaces au sérieux ?Ce que l’on va voir : Comment un philosophe et ses collègues ont dressé la carte des fins possibles, mesuré ce qui nous aveugle, et défendu une drôle d'arithmétique du désastre.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une bi­blio­thèque des fins possibles

Le premier geste du livre est un tri. Toutes les catastrophes ne se valent pas, et Bostrom commence par séparer les menaces selon leur origine. Il y a d'abord les risques naturels, ceux qui n'ont rien attendu de l'humanité pour exister : impacts d'astéroïdes ou de comètes, super-éruptions volcaniques, explosions stellaires proches, retournements climatiques brutaux. La Terre en a traversé plusieurs. L'extinction du Crétacé, il y a environ soixante-six millions d'années, a suivi la chute d'un corps de dix kilomètres près de l'actuel Yucatán.

La bonne nouvelle, si l'on peut dire, est que ces risques-là sont relativement mesurables. On sait dater les cratères, cartographier les géocroiseurs, estimer la fréquence des super-volcans. Les astronomes qui contribuent au livre avancent qu'un impact capable de menacer la civilisation survient à l'échelle de plusieurs centaines de milliers d'années. Le fait qu'on ait survécu si longtemps donne une borne : ce qui ne nous a pas éliminés en deux cent mille ans d'existence a une probabilité annuelle très basse.

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02

Chapitre 2 — Pourquoi notre cerveau ne sait pas compter les zéros

Avant même de chiffrer les risques, le livre s'attarde sur un obstacle plus intime : l'esprit humain est mal outillé pour raisonner sur des événements à la fois immenses et improbables. Bostrom consacre des pages entières à ces défaillances, parce qu'elles faussent toute évaluation. On ne se trompe pas seulement sur les faits — on se trompe sur la façon même de les peser.

Le premier piège porte un nom : le biais de sélection d'observation. On existe pour se poser la question, donc on habite forcément un passé où aucune catastrophe totale n'a eu lieu. Cette survie n'est pas une preuve de sécurité, c'est une condition de notre présence. Un joueur qui a gagné dix fois à la roulette russe n'a pas découvert que le barillet est vide. Bostrom insiste : notre absence d'extinction passée ne dit presque rien de notre probabilité d'extinction future.

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03

Chapitre 3 — Les risques qu'on fabrique nous-mêmes

Une fois l'outillage mental redressé, le livre revient aux menaces les plus sérieuses, et elles sont presque toutes de notre main. La guerre nucléaire ouvre le bal, non pour ses explosions, mais pour ce qui suivrait : les modèles d'hiver nucléaire décrivent des suies injectées dans la haute atmosphère, un ciel obscurci pendant des années, des récoltes effondrées à l'échelle d'un continent. Une guerre entre grandes puissances tuerait par le feu, puis par la faim, bien au-delà des cibles.

Vient ensuite ce que plusieurs auteurs du livre considèrent comme la menace montante du siècle : la biologie de synthèse. Fabriquer ou modifier un agent pathogène devient techniquement plus accessible d'année en année. Une pandémie naturelle est bornée par l'évolution, qui rarement optimise à la fois la contagiosité et la létalité. Un agent conçu délibérément n'a pas cette retenue. Le risque n'est plus seulement l'accident de laboratoire, mais la possibilité qu'un petit groupe, un jour, dispose d'un pouvoir jadis réservé aux États.

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04

Chapitre 4 — Ce que vaut une humanité qui n'existe pas encore

Au fond, ce qui donne au projet de Bostrom sa cohérence n'est pas la liste des menaces, mais la manière dont il définit ce qui est en jeu. Une catastrophe qui tue des milliards d'humains est horrible, mais réversible à l'échelle des temps longs ; l'espèce se reconstruit, la civilisation repart. Une catastrophe existentielle, elle, ferme définitivement la porte. Ce qu'elle détruit n'est pas seulement le présent, c'est tout l'avenir qui aurait pu suivre.

Cette perspective déplace complètement l'arithmétique. Si l'on prend au sérieux l'idée que l'humanité pourrait durer des centaines de milliers d'années, coloniser d'autres mondes, faire naître des générations dont le nombre dépasse l'imagination, alors une extinction n'efface pas seulement huit milliards de vies. Elle efface tous ceux qui n'auront jamais l'occasion de vivre. Sous cet angle, réduire même infimement la probabilité d'extinction pèse davantage que presque n'importe quel bénéfice immédiat.

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05

Conclusion

Global Catastrophic Risks ne se lit pas comme un cri d'alarme, et c'est peut-être sa force. Bostrom et ses collègues procèdent en comptables du désastre : ils trient les menaces, corrigent les biais qui les minimisent, hasardent des ordres de grandeur, refusent la panique comme le déni. Ce qui reste, une fois le livre refermé, ce n'est pas une peur précise, mais un déplacement du regard. Les risques qui comptent vraiment ne sont pas ceux qui font la une ; ce sont les rares, les lents, les nôtres, ceux que notre esprit est justement construit pour ignorer.

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