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Couverture de 'Fractures francaises'

Fractures françaises

Christophe Guilluy

Les clivages qui divisent la France

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Description

"Fractures françaises" de Christophe Guilluy est un essai qui explore les divisions socio-économiques et territoriales profondes au sein de la société française.

Des banlieues aux zones rurales, des métropoles aux villes petites et moyennes, quel est l’état présent des couches populaires françaises, après plus de vingt ans de globalisation/mondialisation économique ?

Christophe Guilluy nous l’apprend dans cette leçon inédite de géographie sociale.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Ce livre est né d’un double constat : contrairement à ce que prétend l’opinion dominante, les émeutes raciales existent en France (ainsi à Paris où, en juin 2010, dans le quartier de Belleville, des heurts violents ont opposé Chinois d’une part, Maghrébins et Africains d’autre part), et la désindustrialisation a une origine bien connue. Un rapport de février 2010 de la Direction générale du Trésor estimait en effet qu’entre 2000 et 2007 63 % des destructions d’emplois industriels en France étaient le fait de la concurrence internationale. C’est-à-dire, en clair, de la mondialisation.

Or ces deux constats, les élites françaises ne veulent pas les entendre. Pas plus que l’immigration (ou le multiculturalisme), la mondialisation économique ne fait débat : ce sont des choix actés sans débat démocratique, imposés par les élites au reste du pays, et d’abord à ses couches populaires. Ces deux thèmes font l’objet, comme on dit, d’un « consensus politique ». La plupart des commentateurs s’en félicitent. Christophe Guilluy, à l’inverse, s’en inquiète.

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02

Des géographies sociales diverses

Parce que la transformation des villes, les évolutions économiques et les dynamiques démographiques modèlent et structurent en profondeur le paysage social, l’auteur juge essentiel de rappeler d’où vient la France dans ce domaine, et dans quelle direction elle se dirige. Pour Christophe Guilluy, la géographie sociale française actuelle est née de deux héritages et d’une évolution récente.

Le premier héritage est celui de la révolution industrielle du XIXe siècle. Il oppose, schématiquement, les quartiers ouvriers aux quartiers bourgeois. Les uns et les autres se trouvent au cœur des villes. Mais cet héritage est en voie de disparition accélérée : sous les coups de boutoir de la « gentrification », les anciens quartiers ouvriers sont investis par la nouvelle bourgeoisie et, dans une moindre mesure, par les populations immigrées récentes d’origine extra-européenne.

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03

Les banlieues : mythes et réalités

Après plusieurs décennies de médiatisation à outrance, les banlieues incarnent l’ultime horizon social, indépassable, de l’ensemble de la classe politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Un horizon social médiatique sur lequel les chiffres qui traduisent un peu de la réalité de ces zones urbaines n’ont aucune prise : ils ne parviennent pas à dissiper ou à réfuter les effets délétères de ces discours.

Le principal mythe des banlieues est celui de la pauvreté. S’il n’est pas contestable que le taux de pauvreté des banlieues (30 % en moyenne) est plus élevé que la moyenne nationale, il est toutefois essentiel de rappeler que 85 % des ménages pauvres ne vivent pas dans ce que l’on nomme, par euphémisme, les « quartiers sensibles ».

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04

Les vraies fractures

La société française actuelle s’organise autour de trois grandes fractures. La déconnexion au marché de l’emploi constitue LA question centrale dans toutes les métropoles, où s’opposent de plus en plus nettement des groupes sociaux qualifiés ou très qualifiés et des groupes sociaux peu ou pas qualifiés. Ces derniers incluent toutes les couches populaires, qu’elles soient d’origine française ou européenne ou d’immigration extra-européenne. Si les populations immigrées récentes, en règle générale originaires d’Afrique du Nord ou d’Afrique subsaharienne, plus rarement de Chine ou de Turquie, partagent cette faible qualification, en revanche leur présence spatiale au cœur des métropoles leur donne la possibilité de participer à l’économie de ces dernières, même si c’est au bas de l’échelle, notamment via les emplois de service peu qualifiés. Ce n’est pas le cas des couches populaires éloignées de ces grands centres urbains, que la métropolisation de la France a expulsées des centres-villes. Pour ces dernières, c’est tout simplement la survie économique qui est en jeu.

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05

La France pé­ri­phé­rique

Les couches populaires du pays se concentrent presque exclusivement, du moins pour celles qui sont d’origine française ou européenne, dans ce que Christophe Guilluy nomme la « France périphérique ». C’est l’une des thématiques principales de l’auteur, à laquelle il a consacré un ouvrage en 2014.

Car si les métropoles, ou grandes agglomérations, concentrent environ 65 % du PIB français, elles ne rassemblent tout au plus que 40 % de sa population.

Le reste, tout le reste, c’est-à-dire 60 % ou plus des Français, se trouve concentré dans la « France périphérique » : zones rurales, villes petites et moyennes, zones périurbaines (c’est-à-dire couronnes extérieures des grandes villes). Cette population de la France périphérique est d’origine populaire dans sa très grande majorité. Mais, c’est notable, d’origine française ou européenne (italienne, espagnole, portugaise, belge, polonaise, yougoslave). Les couches populaires d’origine immigrée extra-européenne (essentiellement Afrique du Nord et Afrique subsaharienne) vivent en effet dans les métropoles : dans leurs centres ou dans leurs banlieues proches.

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06

Le séparatisme social et culturel

La nouvelle géographie sociale structure chaque jour un peu plus les discours politiques et, qui plus est, contribue à remodeler de manière radicale les comportements électoraux.

Ainsi, depuis le référendum de Maastricht de 1992 jusqu’aux scrutins les plus récents (l’ouvrage a été rédigé en 2010), le vote des grandes agglomérations (Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nice, Lille, Strasbourg, Montpellier, Grenoble, Nantes, Rennes, Rouen) tend de plus en plus à se dissocier de celui de la « France périphérique ».

C’est aux élections présidentielles de 2002 que la fracture est apparue au grand jour, le centre des grandes villes votant pour les partis de gouvernement, tandis que la France périphérique s’adonnait au vote protestataire en envoyant Jean-Marie Le Pen au second tour. Mais l’évolution a atteint son point culminant aux élections présidentielles de 2007, où l’on s’est plu à opposer les « cités qui votent Royal » et les « pavillons qui votent Sarkozy ». Au-delà de cette expression journalistique, ce qui est à retenir de cette élection est que, pour la première fois dans l’histoire du pays, l’origine des électeurs a influencé de manière décisive le résultat du scrutin.

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07

Conclusion

Les questions les plus socialement clivantes à l’heure actuelle sont au nombre de trois : la mondialisation, la métropolisation et le multiculturalisme, c’est-à-dire l’immigration. La seule évocation de ces questions contribue mécaniquement à la résurgence d’une France populaire que tout oppose, de manière épidermique, à la France des élites.

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08

Zone critique

Le principal reproche adressé à l’auteur tient à sa capacité à réutiliser indéfiniment les mêmes thèmes dans chacun de ses ouvrages. En effet, même si cela ne remet en rien en cause la pertinence, la justesse et l’intérêt des thèses de Christophe Guilluy, ses quelques thèmes de prédilection (mondialisation/globalisation économique, métropolisation/gentrification, multiculturalisme/immigration, disparition des classes populaires de la scène et de la conscience publiques, opposition et divergences croissantes entre le peuple et les élites) sont inlassablement explorés, utilisés, réutilisés et remaniés dans chacun des trois ouvrages mentionnés.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Fractures françaises, Paris, Flammarion, coll. « Champs essais », 2013.

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