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Couverture de 'Fondements de la metaphysique des murs'

Fondements de la mé­ta­phy­sique des mœurs

Emmanuel Kant

Texte majeur de la philosophie morale

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Description

"Fondements de la métaphysique des mœurs" de Emmanuel Kant est un texte philosophique majeur qui jette les bases de l'éthique kantienne.

Dans cet ouvrage, Kant cherche à établir les principes fondamentaux de la morale, indépendamment des conséquences des actions ou des inclinations personnelles. Il introduit le concept d'"impératif catégorique", selon lequel une action est moralement bonne si elle peut être universalisée comme une loi pour tous les êtres rationnels.

Kant défend l'idée que la moralité repose sur la raison et l'autonomie de la volonté, et non sur des motivations empiriques ou des désirs. Il insiste sur l'importance du devoir et de l'intention dans l'évaluation de la moralité des actions.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Comment savoir ce qui est véritablement moral ? Faire des expériences ne suffit pas puisqu’il nous faut déjà des principes pour les juger. Agir par imitation nécessiterait également un critère nous permettant de savoir quelles personnes, valeurs ou situations peuvent être érigées en modèle.

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02

Comment fonder la morale ?

D’un point de vue formel, le fil rouge de l’ouvrage est l’idée selon laquelle la morale doit se fonder a priori. Est a priori ce qui précède l’expérience. On peut donc dire qu’Emmanuel Kant n’est pas empiriste : il ne pense pas qu’il faut partir de l’expérience pour connaître, contrairement à son prédécesseur John Locke, par exemple.

D’autant qu’en morale, l’expérience est relative, changeante, et que pour la juger il faut déjà posséder des principes. Pour autant, il n’est pas non plus rationaliste : il ne pense pas qu’il faut partir de la raison, contrairement à une tradition allant de Platon à Descartes et qui se poursuivra après lui avec Hegel. Il observe surtout que la raison ne peut s’empêcher d’inventer des systèmes entiers pour autoriser l’homme à poursuivre ses désirs.

D’une manière inédite, il renvoie dos à dos ces deux positions philosophiques, en adoptant ce qu’il nomme la démarche transcendantale, c’est-à-dire la quête des conditions de possibilité de toute expérience (ici, de toute expérience morale). Fonder une chose en montrant qu’elle est d’abord possible est une véritable signature pour l’auteur : la démarche était déjà à l’œuvre dans la Critique de la raison pure (pour fonder les sciences mathématiques et physiques) et réapparaîtra dans son œuvre.

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03

Le principe premier de toute morale : la bonne volonté

Kant débute son ouvrage en montrant que le principe premier de toute morale, celui qui donne sa valeur morale à une personne, à une parole ou encore à une action, est la bonne volonté. Cette thèse sépare nettement Kant des philosophes antiques, qui composaient la morale d’un ensemble de vertus. Et elle est étonnante car on serait tenté de citer une longue liste de talents et qualités avant de penser à la bonne volonté. Mais comme l’explique Kant, n’importe quelle qualité généralement louée peut se changer en défaut ou servir des fins immorales.

On pense par exemple qu’être courageux est estimable en soi, mais, en réalité, un criminel peut l’être : le courage peut servir à sauver un enfant de la noyade tout comme à tuer. Or, ce qui dirige notre action et nous permet de bien employer nos talents et traits de caractères, est toujours la bonne volonté. Elle est donc bien le principe premier de la morale et la seule chose véritablement bonne en soi.

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04

Mais quelles sont les ca­rac­té­ris­tiques de l’action morale ?

Fonder la morale en théorie ne suffit pas pour savoir, dans la pratique, lorsqu’on agit bien. C’est pour cela que Kant expose les formes concrètes que revêt la bonne volonté. Tout d’abord, elle ne vise pas seulement des actions conformes au devoir mais nous pousse à agir par devoir. La différence est subtile : une action conforme au devoir obéit simplement aux lois mais peut très bien être dirigée par une mauvaise raison.

Kant donne en exemple le commerce : lorsqu’un commerçant vend une marchandise à un prix loyal, ce n’est pas le devoir moral qui le motive, mais son intérêt (sa réputation, par exemple). Il écarte ainsi toutes les actions accomplies par intérêt ou par inclination. C’est sévère et on pourrait s’étonner que la bienveillance, lorsqu’elle est exercée par goût, soit alors discréditée : on aurait plutôt tendance à louer celui qui éprouve un plaisir sincère à faire le bien autour de lui et non pas celui qui s’y résout uniquement pour faire son devoir ! Mais de façon très pédagogique, Kant nous montre que le résultat d’une action ne suffit pas à la rendre morale, sa conformité avec une quelconque règle non plus, et encore moins le plaisir qu’on ressent à la commettre. Ce ne sont donc jamais nos bonnes intentions qui rendent nos actions morales.

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05

Cesse-t-on d’être libre lorsqu’on fait son devoir ?

Kant a implicitement montré qu’une réflexion était nécessaire à chaque étape de l’action morale. Or, réfléchir, qui plus est pour obéir à des lois, contredit la définition la plus évidente de la liberté qui est de pouvoir agir spontanément, sans contraintes ni obstacles. Pour autant, Kant ne pense pas que suivre notre devoir nous fasse perdre notre liberté, au contraire. Il explique ainsi que la véritable liberté est l’autonomie. L’étymologie du terme (en grec, auto signifie soi-même et nomos la loi) montre que l’autonomie désigne la capacité à s’imposer soi-même la loi. Cela la distingue de la simple indépendance, qui consiste à pouvoir agir soi-même, indépendamment de toute loi. Puisqu’elle consiste à obéir à la loi, on comprend que l’autonomie revête un aspect moral pour Kant.

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06

La morale mène-t-elle au bonheur ?

On peut se demander à la lecture de l’ouvrage : tous ces efforts pour faire son devoir (et rien que son devoir) n’engendrent-ils pas une vie de frustrations et de contrariétés ?

Kant semble préparer son lecteur à ce constat dès le début de la Première Section, puisqu’il y remarque que si la nature avait voulu rendre l’homme heureux, elle ne lui aurait pas donné la raison mais l’instinct (p. 83).

En effet, le bonheur est classiquement défini comme un état de satisfaction total et durable, et c’est par instinct qu’on s’éloigne des sources de souffrance et qu’on est attiré par ce qui peut nous procurer du plaisir. D’autre part, le texte canonique portant sur la bonne volonté (pp. 79-80) prévient que l’homme ne doit pas viser le bonheur mais se rendre digne d’être heureux. Nuance importante qui signifie que le prix de la morale est l’abandon de la poursuite du bonheur. Ce qui, dans la morale kantienne, est logique : si on agit pour être heureux, notre action sera au mieux conforme au devoir, mais on n’aura pas agi par devoir.

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07

Conclusion

Les Fondements de la métaphysique des mœurs est un ouvrage singulier dans l’œuvre kantienne, réputée pour son abstraction et sa complexité. Kant part de la morale populaire, montre ce qui la fonde et en érige une nouvelle, faite de règles et de manières de procéder concrètes. Sa force réside dans son souci pédagogique, visible à travers la multiplicité d’exemples sur lesquels le lecteur est invité à réfléchir.

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08

Zone critique

La conception kantienne du devoir pose deux problèmes majeurs. Tout d’abord, pour Kant une action n’est morale que si elle a été effectuée par devoir et uniquement par devoir. Mais est-il concrètement possible d’agir dans le seul et unique but de faire son devoir ? N’a-t-on pas toujours d’autres motifs, parfois que l’on ne s’avoue même pas ? Kant reconnaît toutefois discrètement cette difficulté dans les Fondements, mais c’est surtout dans Anthropologie du point de vue pragmatique (1798) qu’il insistera sur l’impossibilité d’une transparence de soi à soi-même assortie d’un devoir de toujours tenter de nous sonder autant qu’on le peut.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Fondements de la métaphysique des mœurs, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 2015.

Du même auteur – Critique de la raison pratique, trad. L. Ferry et H. Wismann, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais », 1985. – Anthropologie d’un point de vue pragmatique, trad. M. Foucault, Paris, Vrin, 1994. – Sur un prétendu droit de mentir par humanité, trad. L. Guillermit, Paris, Vrin, 2000.

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