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Couverture de 'Flic'

Flic

Valentin Gendrot

Un journaliste a infiltré la police

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Description

Il est, à ce jour, le seul journaliste à s’être lancé un tel défi : infiltrer la police. Pendant un an et demi, formation incluse, Valentin Gendrot a enfilé l’uniforme bleu, pour intégrer le commissariat du 19e arrondissement de Paris. C’est cette immersion hors du commun qu’il raconte dans ce journal de bord. Une plongée dans la misère humaine et dans une violence ordinaire, banalisée, au milieu de collègues souvent paumés, parfois mus par un sentiment d’intouchabilité.

Ce livre dévoile les coulisses d'une profession fréquemment accusée de violences et de racisme, et au taux de suicide anormalement élevé. À lire d’urgence, tant par les détracteurs des brutalités policières que par les premiers intéressés. Afin de mieux comprendre l’engrenage de la violence ordinaire.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Chaque année, des bavures ou des abus de pouvoir de la part des forces de l’ordre sont dénoncés : passage à tabac de jeunes des banlieues, « gilets jaunes » défigurés par des LBD (lanceurs de balles de défense), dans le cadre de manifestations… Mais l’omerta règne et la police française se serre systématiquement les coudes.

C’est pour ébranler ce mur du silence que Valentin Gendrot a décidé, en 2017, de devenir « flic », en infiltrant la police. Objectif : mieux comprendre la psyché de cette profession qui divise plus que jamais l’opinion depuis la courte embellie des attentats de novembre 2015.

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02

La police des laissés pour compte

En 2017, Valentin Gendrot s’inscrit au concours d’adjoint de sécurité (ADS). Ce poste, tout en bas de l’échelle dans la police, désigne un policier contractuel avec permis de port d’arme et droit d’appréhender. Le concours est de niveau 3e : un test de lecture, d’écriture et de calcul ; un test d’effort physique rudimentaire et un entretien devant trois policiers et un psychologue.

Sa formation à l’école de police de Saint-Malo dure seulement trois mois, contre douze en moyenne pour devenir gardien de la paix. Une formation « low-cost », composée de séances de sport et de cours de déontologie expédiés en une dizaine d’heures (soit 1 % du temps de formation, calcule l’auteur) et se limitant souvent à la distribution de polycopiés. La formation pour l’accueil des personnes victimes de violences conjugales, ajout datant de 2014, est bouclée en trois heures. Les ADS testent seulement quatre mises en situation professionnelles durant leur formation. Par comparaison, en Norvège, les policiers reçoivent trois ans de formation, dont deux semaines complètes dédiées aux thématiques ethno-raciales.

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03

Violence ordinaire, insultes racistes, passages à tabac…

À sa sortie d’école, Valentin Gendron ne décroche pas l’affectation souhaitée. Il patiente plus d’un an pour obtenir enfin, en mars 2019, son premier choix, le commissariat du 19e arrondissement de Paris. Une antenne réputée « sensible », au cœur d’un quartier populaire peuplé de migrants et de toxicomanes. Mais aussi lieu de plusieurs suspicions de violences policières non élucidées.

Dès son premier jour, le journaliste infiltré a la sensation d’intégrer « une bande qui aurait les pleins pouvoirs » (p.142) et laissée à la dérive. Tutoiement quasi systématique des personnes interpellées et des gardés à vue, insultes et coups aux « bâtards » – en grande majorité de jeunes hommes noirs, d’origine arabe ou migrants – passages à tabac dans les fourgons policiers, brimades gratuites, irrégularités manifestes (comme l’appropriation des fruits et des légumes des vendeurs à la sauvette), bavures… Le tout hors procédure, dans une logique de violence gratuite.

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04

Couverture & sentiment d’impunité

Valentin Gendrot assiste notamment à un tabassage gratuit, par l’un de ses collègues, contre un adolescent lors d’un contrôle de routine pour tapage. Personne dans la brigade ne proteste. Le gamin porte plainte, une enquête interne est lancée. Le journaliste se retrouve confronté à un cas de conscience : dire la vérité, au risque de faire capoter son infiltration, ou se taire ? Il opte finalement pour la seconde solution, se calquant sur l’attitude adoptée par toute la patrouille, même ceux estimant, en leur for intérieur, qu’il s’agit bel et bien d’une bavure. « La règle tacite a l’air simple à comprendre : quoi qu’il arrive, on se serre les coudes », déplore-t-il (p.98).

Cette omerta est le fait de l’ensemble de l’institution, du plus bas au plus haut de la hiérarchie. Pour la première fois en juin 2018, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a donné accès à un décompte officiel des personnes mortes au cours d’une intervention policière : 14 entre juillet 2017 et mai 2018. Mais ce chiffre est considéré comme relatant « un dommage » et non « un recensement des bavures policières ». Par ailleurs, ni les noms des défunts ni les circonstances de leur mort ne sont divulgués. Ainsi, jusqu’à nouvel ordre, le décès d’Adama Traoré, un jeune Français noir mort en juillet 2016 lors de son interpellation par trois gendarmes, est toujours qualifié d’« asphyxie positionnelle ».

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05

Un quotidien pro­fes­sion­nel entre attentisme et misère humaine

Entre deux accès de violence, le temps s’étire au commissariat. Valentin Gendrot et ses collègues travaillent souvent les yeux rivés sur la pendule, en attendant la relève. De fait, le quotidien des policiers se résume souvent à attendre de longues heures qu’il se passe quelque chose.

Cette monotonie décrite par le journaliste se trouve uniquement ponctuée par la traque de menus larcins, de vendeurs à la sauvette ou par des constats de décès à domicile. Il relate notamment la réflexion d’un de ses collègues, qui racontait avoir regardé des éboueurs ramasser des déchets pendant plusieurs heures au cours d’une patrouille. En bref, le métier manque cruellement de sens. On est très loin des univers héroïques et trépidants relayés par le cinéma.

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06

Un taux record de suicide, symp­to­ma­tique du malaise de la profession

Au cours de ses 18 mois d’immersion, Valentin Gendrot va se trouver confronté à pas moins de deux suicides de collègues. Ils sont en effet nombreux à passer à l’acte dans cette profession particulièrement touchée par la dépression. En 2019, 59 suicides ont été comptabilisés au sein de la police française. Soit 60 % de plus que l’année précédente. En juin 2018, un rapport du Sénat pointait un taux de suicide dans la police supérieur de 36 % à celui de la population générale.

Différentes études et rapports ont listé les facteurs dominants pour expliquer ce « sur suicide » des policiers. Le premier étant l’accès aux armes à feu : dans 75,6 % des cas, l’acte ultime est commise avec l’arme de service, que les policiers, qui plus est, sont autorisés depuis 2016 à détenir en permanence en cas d’état d’urgence.

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07

Conclusion

À la fin de ses dernières semaines d’infiltration qui lui paraissent interminables, Valentin Gendrot présente sa démission le 17 août 2019. Des policiers mal recrutés, mal formés, mal considérés, mal encadrés, mal payés : son livre brosse toutefois un bilan plus accablant pour le système que pour la profession en elle-même. S’il est indéniable que des personnalités violentes et racistes y figurent, bon nombre de ces « flics » de base sont avant tout des laissés pour compte de la société. Ce livre braque les projecteurs sur le blues du policier lambda, pris en étau entre le manque de considération de sa hiérarchie et l’hostilité de la population. Des rancœurs que certains ont tendance à reporter sur ceux qu’ils interpellent, à commencer par les minorités visibles…

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08

Zone critique

Valentin Gendrot a été en partie exaucé. La parution du livre a largement « fait le buzz ». D’abord, parce que ce récit rencontre son époque. Ce n’est pas un hasard si sa publication est survenue durant le quinquennat d’Emmanuel Macron, marqué par un double phénomène : une explosion des violences policières contre le mouvement des « gilets jaunes » et la naissance du mouvement « Black Lives Matter », relayé notamment par la famille d’Adama Traoré.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Valentin Gendrot, Flic : Un journaliste a infiltré la police, Paris, Éditions Goutte d’Or, 2020.

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