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Flash boys

Flash boys

Michael Lewis

La course à la milliseconde en bourse

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Description

Entre 2009 et 2010, une entreprise appelée Spread Networks creuse en secret une tranchée presque rectiligne entre Chicago et le nord du New Jersey. Mille trois cents kilomètres à travers les Allegheny, des collines percées plutôt que contournées, un chantier à plus de trois cents millions de dollars. Au bout du tunnel, un simple câble de fibre optique. Sa raison d'être tient dans un écart de temps que personne ne perçoit : faire passer un aller-retour d'information de dix-sept à treize millisecondes environ. Quatre millisecondes. Le temps d'un battement de cils en compte plusieurs centaines.

Quand les commerciaux de Spread démarchent les grandes salles de marché, ils ne vendent pas de la donnée ni du contenu. Ils vendent de la proximité, au prix fort, sans dire à qui d'autre ils la vendent — et un client qui refuse sait qu'un rival, lui, dira oui. Michael Lewis, dans Flash Boys paru en 2014, part de ce câble pour dérouler une histoire plus large : celle d'un marché boursier américain devenu, sans que grand monde s'en aperçoive, un terrain de course où quelques millionièmes de seconde valaient des fortunes.

Au centre du récit, un homme de la Royal Bank of Canada, Brad Katsuyama, découvre un jour que ses ordres ne s'exécutent plus comme ils le devraient. Ce qu'il finit par comprendre bouscule l'idée qu'on se fait d'une bourse : un lieu neutre où l'offre rencontre la demande. Lewis raconte comment quelques personnes ont tiré ce fil jusqu'au bout — et ce qu'elles ont décidé d'en faire.

La question que l’on se pose : Comment quelques millisecondes d'avance sur les autres ont pu se transformer en machine à extraire de l'argent sur chaque transaction boursière ?Ce que l’on va voir : Un câble hors de prix, un marché qui se dérobe sous les doigts d'un trader, et le pari d'une poignée d'obstinés pour rendre la vitesse inutile.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un câble creusé sous l'Amérique

Le câble de Spread Networks est un bon point de départ parce qu'il rend visible une chose invisible. Chicago abrite les marchés de contrats à terme, le New Jersey abrite les serveurs des grandes bourses d'actions. Entre les deux, l'information voyage à la vitesse de la lumière dans la fibre — mais la lumière met plus de temps si le trajet fait des détours. Les câbles existants suivaient les voies ferrées, les autoroutes, les tracés hérités d'un siècle d'infrastructure. Spread a fait le pari de la ligne droite, coûte que coûte, à travers la roche.

Pourquoi payer si cher pour gagner quelques millisecondes ? Parce que celui qui apprend une microseconde avant les autres qu'un prix bouge à Chicago peut acheter ou vendre à New York avant que le mouvement ne s'y répercute. Il ne prend presque aucun risque : il connaît déjà la réponse. Cette avance minuscule, répétée des millions de fois par jour, se transforme en revenu régulier. Le câble ne servait pas à investir mieux. Il servait à arriver premier.

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02

Chapitre 2 — Les mil­li­se­condes où le marché se dérobe

Le trading haute fréquence n'invente pas l'idée d'aller vite en bourse. Les spéculateurs ont toujours cherché l'information avant les autres. Ce qui change dans les années 2000, c'est l'échelle et l'automatisation : des algorithmes qui passent, modifient et annulent des dizaines de milliers d'ordres par seconde, sans intervention humaine, en logeant leurs serveurs dans les mêmes salles que ceux des bourses pour gagner encore quelques mètres de câble. On appelle ça la colocation, et les bourses la facturent.

La technique que Lewis décrit le plus longuement porte un nom : l'anticipation d'ordre, parfois surnommée front-running électronique. Un gros investisseur veut acheter, disons, cent mille actions. Son ordre atteint d'abord une bourse, où une partie s'exécute. Mais l'information qu'il achète voyage plus vite dans les câbles des firmes rapides que l'ordre lui-même vers les autres bourses. Résultat : avant que le reste de l'ordre n'arrive, les mêmes actions ont été rachetées ailleurs et lui sont revendues un cran plus cher.

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03

Chapitre 3 — Le trader qui ne comprenait plus son écran

Brad Katsuyama dirige un pupitre de trading à la Royal Bank of Canada, à New York. Vers 2008, il remarque un phénomène absurde : quand il clique pour acheter les actions affichées à un certain prix sur son écran, elles disparaissent à l'instant même du clic. Le marché semblait offrir mille actions à trente dollars ; il en obtenait cent, et le reste s'évaporait, comme si l'offre reculait à mesure qu'il avançait la main. Un trader chevronné, avec les meilleurs outils, qui n'arrivait plus à acheter ce que son écran lui montrait.

Katsuyama fait ce que peu de gens font : au lieu d'accuser la technologie ou d'abandonner, il enquête. Il recrute des experts en réseaux, des programmeurs, des connaisseurs de la plomberie du marché. Ensemble, ils reconstituent le trajet exact de ses ordres à travers les treize bourses américaines de l'époque. La réponse tient dans les distances : ses ordres n'atteignaient pas toutes les bourses en même temps. Les firmes rapides captaient le premier signal sur la bourse la plus proche et couraient devant lui vers les autres.

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04

Chapitre 4 — Une bourse qui refuse de payer pour la vitesse

Ce que Lewis met au jour, au fond, ce n'est pas une bande de tricheurs, c'est un marché dont les règles techniques avaient produit ce résultat sans que personne ne l'ait vraiment voulu. La fragmentation des bourses, la tarification de la colocation, les incitations versées pour attirer le flux d'ordres, l'obligation légale d'exécuter au meilleur prix affiché : chaque brique semblait raisonnable prise isolément. Assemblées, elles ont ouvert une faille que les plus rapides ont occupée. On croit souvent qu'un marché est un espace neutre. Il est en réalité une architecture, et toute architecture avantage quelqu'un.

La question que soulève IEX déborde la bourse. Elle porte sur l'équité d'accès. Un marché est censé traiter également celui qui gère l'épargne d'un million de retraités et celui qui a payé pour un câble en ligne droite. Or dès qu'un avantage se vend au prix fort, l'égalité d'accès cesse : le marché devient un lieu où le même prix affiché ne signifie pas la même chose selon qu'on est proche ou loin, rapide ou lent, informé de la plomberie ou non. La vitesse n'est qu'une des formes que prend cette inégalité — la plus mesurable.

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05

Conclusion

Flash Boys raconte comment un trader canadien, buté sur un écran qui refusait de lui obéir, a remonté un fil qui menait à un câble creusé sous l'Amérique. Entre les deux, tout un système s'était bâti sur une denrée que le commun des mortels ignorait posséder : le temps, découpé en tranches trop fines pour être vues. La réponse de Katsuyama n'a pas été de courir plus vite que les rapides, mais de rendre la course inutile en ralentissant tout le monde à égalité.

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