
Fin du leadership américain ?
Réflexions sur l'évolution du leadership des États-Unis
Description
Dans l’immédiat après-guerre froide, les États-Unis sont apparus comme le moteur de la mondialisation. Mais à la suite de l’élection de Donald Trump en 2016, la superpuissance américaine est devenue, dans de nombreux domaines, le premier contestataire de cette mondialisation.
Fin du leadership américain ?, recueil d’articles préparés par 26 spécialistes des sciences sociales, analyse cette mutation par le biais d’une réflexion sur les sources de l’hégémonie américaine et sur les défis qui se posent à l’Amérique dans le monde globalisé.
Sommaire
01Introduction
La question de la pérennité du leadership des États-Unis sur la scène internationale est devenue source d’interrogations, dès 1990, lors du déclenchement de la première guerre du Golfe. D’une situation d’hégémonie totale en 1945, en raison de leur puissance incontestable sur le plan militaire, les États-Unis se sont progressivement trouvés confrontés à des transformations de l’environnement international susceptibles de mettre en péril leur domination sur le reste du monde.
Défiée par l’Union soviétique sur le plan militaire, l’Amérique, en dépit de l’importance de ses ressources, a vu nombre de puissances rivales commencer à la concurrencer au plan économique, pendant la guerre froide. Cette évolution s’est confirmée dans la phase de « dépolarisation » des relations internationales, qui s’est déroulée après l’effondrement de l’Union soviétique. À partir des années 1990, dans le contexte d’interdépendance accrue que suppose la mondialisation, les États-Unis, de plus en plus entravés dans l’exercice de leur puissance, ont tenté de s’adapter aux mutations profondes du jeu international.

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02L’ascension de l’Amérique jusqu’au faîte de la puissance
Plus qu’un état de fait, l’hégémonie américaine est une prétention qui, selon l’historien Pierre Melandri, se fonde sur « la conviction d’incarner une expérience à la fois universelle et unique, appelée à servir de modèle au reste de l’humanité » (p.25). Dès la fin de la guerre de sécession (1861-1865), les États-Unis se sont érigés en première puissance économique mondiale.
De cette situation sont nées la volonté d’expansion du pays et sa détermination à s’imposer sur la scène mondiale au niveau géopolitique. Tout d’abord cantonnée à la zone Caraïbes-Amérique, l’influence de l’Amérique, sous l’administration du président Théodore Roosevelt (1901-1909), a été projetée à l’échelle planétaire. Dans les années 1920, les États-Unis se sont mis à dominer le système international. Cette montée en puissance a été interrompue par la crise de 1929.

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03Les tentatives d’adaptation des États-Unis au nouvel environnement international
« L’ère de la prédominance américaine, durant laquelle les États-Unis façonnaient les relations internationales et en définissaient les règles et les normes, a vécu. Elle aura débuté au soir de la Seconde Guerre mondiale, s’est renforcée avec la chute du mur de Berlin et celle de l’Union soviétique, et a entamé son épilogue avec la malencontreuse et tragique invasion de l’Irak en 2003 » (p.89), écrit Robert Malley, ancien conseiller des présidents Clinton et Obama.
Pour Bertrand Badie, l’Amérique, forte de son unipolarité, a rêvé d’une hégémonie sans restriction dès la chute de l’Union soviétique. Mais confrontée progressivement à l’irruption de conflits et à l’émergence de puissances rivales, elle va tout mettre en œuvre pour demeurer « le gendarme sans rival » de la planète (p. 14), au moins sur le plan géopolitique, et façonner la mondialisation afin de conserver une part conséquente dans le commerce mondial.

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04Les États-Unis, nouveaux contestataires de la mondialisation
Pour Bertrand Badie, le fait que la superpuissance porteuse de la globalisation soit devenue son principal contestataire est l’événement le plus marquant du nouveau millénaire. Donald Trump rejette la mondialisation, mais il entend bien l’utiliser si elle peut porter ses fruits et servir les intérêts américains. Pour lui, seule compte la souveraineté des nations, selon « une vision strictement hobbesienne d’une absolue souveraineté que rien ne pourrait limiter » (p. 18).
Le multilatéralisme est devenu sa cible, ce qui l’a conduit à déserter une série d’institutions et d’accords internationaux (COP21, pacte sur les migrations, Unesco, etc). Par ailleurs, le président américain a privilégié une diplomatie bilatérale. Le « nationalisme trumpien », selon l’expression utilisée par Bertrand Badie, n’offre plus rien à la gouvernance du monde, en ce qu’il accélère la fragmentation du système international et favorise la création de coalitions ponctuelles au détriment de modèles stables d’alignement, annonçant sans doute la fin du système onusien tel que nous le connaissons. La fragmentation en cours, à son tour, accentue « l’ingouvernabilité du monde ».

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05Le post-hégémonisme américain face au pôle de puissance chinois
Le plan de bataille établi par les États-Unis, en 2018, face aux ambitions de la puissance chinoise incarnées par les nouvelles routes de la soie (2013) de Xi Jinping est révélateur de la détérioration des relations entre les deux puissances depuis la crise financière de 2008.
Déjà considérée comme un concurrent stratégique par l’administration de George W. Bush, la Chine, à compter de 2009, constitue clairement pour Barack Obama un adversaire dont il est devenu nécessaire d’endiguer l’influence à l’échelle globale. Comme le rappelle le journaliste Dominique Bari, Obama met en œuvre une politique de « pivot vers l’Asie » (Pivot to East Asia Strategy), dont le but est de « renforcer la présence militaire américaine dans la région Asie-Pacifique et de mettre en place le traité transpacifique (TPP), qui exclut la Chine et l’isole de ses partenaires les plus proches » (p. 164).

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06L’endiguement de la puissance russe
Face à Moscou, une stratégie d’endiguement similaire est mise en place par les États-Unis dès la fin de la guerre froide. Andreï Gratchev, ancien conseiller de Mikhaïl Gorbatchev, rappelle à cet égard l’opposition des États-Unis au projet d’Union eurasienne développé par Vladimir Poutine et leur volonté d’interrompre tout dialogue avec la Russie sur le désarmement nucléaire. Le retrait des États-Unis du Traité sur les Forces nucléaires de portée intermédiaire (FNI) en février 2019 témoigne de ce raidissement.

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07Conclusion
Bertrand Badie réfute l’idée d’un déclin des États-Unis sur les plans économique et culturel et dans le domaine du soft power, tout en reconnaissant que la place de la puissance américaine dans le commerce mondial n’a cessé de baisser depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Dans cette réflexion sur le monde post-hégémonique en plein bouleversement, les auteurs interrogent en filigrane les conséquences sur les relations internationales de la mutation du leadership américain à l’échelle planétaire depuis la fin de la guerre froide. Le retrait progressif des États-Unis porte en soi un risque d’anarchie car, pour la première fois dans l’histoire des relations internationales, celles-ci ne sont plus dynamisées par le choc des puissances mais par une toute nouvelle donne : la « tectonique des sociétés ».

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08Zone critique
L’ensemble des auteurs participant à cet ouvrage publié en décembre 2019 partagent la conviction que la mondialisation, d’une manière générale, est un phénomène bénéfique à l’humanité. En partant de ce postulat, la politique jugée « nationaliste et antimondialiste » menée par Donald Trump apparaît préjudiciable à l’équilibre des relations internationales.
À l’instar de Pierre Hassner et Stanley Hoffman (de leur vivant), Jacques Attali, Dominique Moïsi, Fareed Zakaria ou d’autres hérauts de la mondialisation, la majorité des contributeurs de l’ouvrage écartent la possibilité que ce phénomène puisse comporter des tendances néfastes. Les implications durables et considérables à l’échelle planétaire de la pandémie de coronavirus, qui s’est déclenchée dans la ville chinoise de Wuhan en décembre 2019, remettent en perspective les limites de ses bienfaits supposés et agitent au contraire, en raison justement de son caractère incontrôlable, le spectre d’une disparition d’une partie de l’humanité et de l’effondrement des systèmes de gouvernance existants.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Fin du leadership américain ? L’état du monde 2020, Paris, La Découverte, 2019.
Du même auteur – L’Hégémonie contestée. Les nouvelles formes de domination internationale, Paris, Odile Jacob, 2019. – Avec Dominique Vidal (dir.), Qui gouverne le monde ? L’état du monde 2017, Paris, La Découverte, 2017.

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