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Couverture de 'Femmes race et classe'

Femmes, race et classe

Angela Davis

Intersectionnalité et lutte pour les droits des femmes

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Description

"Femmes, race et classe" de Angela Davis, publié pour la première fois en 1981, est un ouvrage de référence dans les études féministes et antiracistes. Davis, militante, écrivaine et professeure, y analyse les intersections entre le sexisme, le racisme et le capitalisme dans le contexte de l'histoire des États-Unis. Elle explore les luttes spécifiques des femmes noires et la manière dont leur expérience se situe à l'intersection de plusieurs systèmes d'oppression.

Le livre retrace l'histoire du mouvement des femmes aux États-Unis, en mettant en lumière les contributions des femmes noires et en critiquant les tendances excluantes ou discriminatoires au sein du féminisme majoritairement blanc. Davis aborde des sujets tels que l'esclavage, le travail, la violence sexuelle, la maternité et les droits reproductifs, en soulignant la nécessité d'une approche féministe qui soit véritablement inclusive et intersectionnelle.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Que savons-nous de l’histoire des États-Unis ? Avons-nous déjà entendu parler de Sarah Moore Grimké (militante abolitionniste), Sojourner Truth (militante abolitionniste noire), Susan Anthony (cofondatrice du mouvement des suffragettes aux États-Unis) ou Lucy Parsons (anarchiste afro-américaine) ? En vérité, la première puissance mondiale n’est connue qu’à travers les faits d’armes de sa population masculine : les pères fondateurs de l’Indépendance, la conquête de l’Ouest, le mouvement pour les droits civiques de Martin Luther King... Tous ces récits oublient le rôle des femmes dans la naissance de la nation américaine.

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02

La femme noire dans le système es­cla­va­giste

Le système esclavagiste a créé une différence fondamentale entre « femmes noires » et « femmes blanches ». À l’exception de la main-d’œuvre ouvrière qui travaille dans les ateliers de tissage à partir du XIXe siècle, la femme blanche est reléguée à la sphère domestique. Avec la révolution industrielle, elle se voit confier la responsabilité du foyer, pendant que l’homme travaille à l’extérieur.

Cette répartition des tâches est propre à la société anglo-saxonne. De son côté, l’esclavage n’opère aucune distinction de genre : chaque être humain est une unité de travail. « Tout comme les garçons en âge de travailler, les filles devaient creuser la terre, cueillir le coton, couper la canne à sucre et récolter le tabac.

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03

De l’« égalité négative » à l’« éga­li­ta­risme positif »

Le système esclavagiste a contribué à diminuer les distinctions de genre. En considérant les esclaves – hommes, femmes et enfants – comme une masse homogène, l’esclavage aurait ainsi découragé la phallocratie chez les esclaves. Le pouvoir patriarcal étant associé au privilège de la race blanche, il fallait endiguer la domination masculine au sein des communautés afro-américaines. Ainsi, l’état civil de la plantation enregistrait le nom de la mère, mais il omettait celui du père. Cette configuration sociale a encouragé la naissance d’une égalité homme-femme, inconnue des communautés anglo-saxonnes.

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04

L’abo­li­tion­nisme et la naissance d’un « féminisme blanc »

Les horreurs de l’esclavage ne sont pas étrangères à la prise de conscience féministe qui naît aux États-Unis en pleine guerre de Sécession (1861-1865). Comme le montre également la politiste Françoise Vergès, les premières revendications féministes naissent de l’analogie constatée entre la situation des femmes et celle des esclaves. Tandis que les États « esclavagistes » du Sud s’opposent aux États « abolitionnistes » du Nord, les premières voix pour les droits des femmes se font entendre. Les femmes blanches issues de la classe moyenne ont ainsi recours à la métaphore de l’esclavage pour décrire leur oppression.

Ces dernières jouent un rôle prépondérant dans le mouvement abolitionniste. « En refusant l’esclavage, elles [protestent], ouvertement ou implicitement, contre leur exclusion de l’arène politique » (p. 32). La « Convention internationale contre l’esclavage » organisée à Londres en 1840 constitue d’ailleurs un moment fondateur du mouvement féministe américain. De retour aux États-Unis, les participantes s’organisent pour lier la défense de leurs droits à la cause abolitionniste. En 1866, Lucy Stone et Susan B. Anthony créent l’Association américaine pour l’égalité des droits (AERA) qui réunit les militants anti-esclavagistes et les « suffragettes » qui militent pour le droit de vote féminin.

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05

Le poids des inégalités sociales et raciales

Les 19 et 20 juillet 1848, la Convention de Senecca Falls rassemble suffragettes et militants abolitionnistes. Organisée dans l’État de New-York, cette conférence affirme le droit pour les femmes d’accéder à une citoyenneté pleine et entière. Elle se conclue sur la « Déclaration des sentiments », qui imite la Déclaration d’indépendance américaine de 1776.

Néanmoins, ce texte ignore l’oppression spécifique des ouvrières blanches et des esclaves noires. Cette réticence du mouvement féministe à considérer les inégalités de race et de classe va continuer à s’affirmer. À la fin du XIXe siècle, le racisme s’étend à tous les segments de la société américaine. Dans les États du sud, où l’abolition a été vécue comme une véritable humiliation, de nouvelles lois ségrégatives sont mises en place, tandis que les émeutes et les lynchages racistes se multiplient. La défense des intérêts de la classe moyenne blanche devient alors la priorité des « suffragettes ». Afin de convaincre les représentants politiques et les électeurs du Sud, le mouvement féministe américain adopte « des thèses racistes basées sur un esprit de classe » (p.82). Le vote des femmes blanches est promu comme un moyen d’assurer la suprématie de la « race anglo-saxonne » ; l’accès des Américaines à la citoyenneté empêcherait ainsi les noirs d’accéder au pouvoir politique.

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06

Sexisme et racisme, des composantes du capitalisme

Les positions réactionnaires du mouvement féministe américain sont les conséquences de sa connivence le capitalisme. C’est donc du côté du prolétariat qu’il faut chercher des solutions au racisme et au sexisme. L’auteure expose ainsi que, dès les années 1820, « les ouvrières blanches avaient largement mérité le titre de pionnières dans le mouvement des femmes » (p.

42). Si leurs combats furent ignorés par les « suffragettes », le mouvement ouvrier fut l’un des principaux creusets de la lutte pour l’égalité des droits. Dès 1900, le Parti socialiste américain est la seule organisation politique à défendre le droit de vote des femmes.

Quelques années après sa fondation en 1919, le Parti communiste entame lui aussi un large chantier de réflexion sur la question du racisme aux États-Unis. « L’idéologie bourgeoise [...] possède le pouvoir [...

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07

Conclusion

Dans cet essai, Angela Davis réalise une histoire du féminisme américain. Loin de constituer un mouvement homogène, ces luttes ont été déterminées par leur origine sociale et raciale. À travers l’analyse comparative, l’auteure montre que l’esclavage a façonné un rapport homme-femme plus égalitaire chez les afro-américains, quand les revendications féministes de la classe moyenne se sont imposées aux dépens des femmes prolétaires ou issues des minorités raciales.

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08

Zone critique

Le marxisme revendiqué d’Angela Davis a freiné sa reconnaissance universitaire. Aux États-Unis, son engagement révolutionnaire lui a même valu d’être condamnée à mort en 1972, avant d’être acquittée face à la pression internationale. Accusée de soutenir l’Union soviétique, cette militante a subi la persécution politique du gouvernement américain.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Femmes, race et classe, Paris, Éditions des Femmes-Antoinette Fouque, 2018 [1981].

De la même auteure – Femmes, culture et politique, Paris, Messidor-Éditions Sociales, 1989. – Les Goulags de la démocratie : réflexions et entretiens, Paris, Éditions Au Diable Vauvert, 2006.

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