
Façons de dire, façons de faire
La laveuse, la couturière, la cuisinière
Description
"Façons de dire, façons de faire" nous entraîne dans la temporalité périodique du corps féminin, dans son adéquation à l’organisation du temps social et des grands événements qui le compose : naissance, passage à l’âge adulte, mariage, enfantement, mort.
Les propos, gestes et fonctions des femmes sont mis en rapport avec leur corps, à travers trois grandes figures de la vie sociale de Minot : la laveuse, la couturière et la cuisinière.
Sommaire
01Introduction
L’ouvrage d’Yvonne Verdier nous conduit dans le Châtillonnais, à Minot, pour y étudier le rôle des femmes dans leurs actes quotidiens qui fondent la coutume. Ici, les représentations sont intrinsèquement liées aux actions de la vie quotidienne.
Après une étude des croyances et savoirs populaires liés au corps des femmes et à l’écoulement menstruel dont il fait l’objet, l’auteure nous présente les trois grandes figures féminines du village aux fonctions bien distinctes. Elles mettent en œuvre des savoir-faire, véritables techniques (laver, coudre, cuisiner), interviennent à trois moments de la vie (âge de la ménopause, âge nubile, âge de la fécondité) et remplissent trois fonctions (faire les bébés et les morts, faire la jeune fille, faire les noces).

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02Les pouvoirs du corps des femmes
À Minot, la femme est réputée détenir un pouvoir putréfiant par ses menstruations. Les menstrues sont trop fortes pour le saloir, elles ont pour réputation de pétrifier le lard. Indisposée, une femme est capable de faire tourner un saloir entier, même en détournant le regard. Seul son souffle est désigné comme vecteur plausible.
Par ailleurs, « Tout se passe comme si faire tourner un saloir donnait la mesure de l’ardeur amoureuse. Les règles jouent le rôle d’affichage de la sexualité. La forte odeur qui est associée au sang menstruel et qui passe dans le souffle devient ainsi manifestation de la force du désir de la femme et, en retour, attise le désir de l’homme. » (pp.45-46).

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03Ce que « faire la coutume » veut dire
Faire la coutume, c’est contribuer à créer les classes d’âges, puisqu’avoir affaire à la femme-qui-aide ou à la cuisinière signifie que la femme n’en est pas à la même étape de son parcours biographique et qu’elle ne peut pas être toutes les femmes à la fois. À chaque âge sa technique, son apprentissage, son passage, sa coutume. Incarnée par la vieille femme ménopausée, la laveuse s’illustre comme la guide des morts et des nouveau-nés. À la couturière est attaché le symbole du désir, relatif à la période de puberté de la jeune fille réglée.
Quant à la cuisinière, elle prend en charge la femme mariée prête à enfanter. Ces trois types forment un véritable réseau rituel pour accompagner les moments-clés de l’existence des femmes, scandée par des étapes telles que la naissance, la première communion, le mariage ou encore la mort (corrélée à la maladie). Ces temps marquent la transformation des corps, qui sont autant de transformations sociales. Les éléments biologiques se voient alliés aux éléments biographiques.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04La laveuse dite « la femme-qui-aide »
Appelée « la femme-qui-aide », on dit que la laveuse fait les bébés et les morts. C’est à sa mère qu’elle succède à la tâche. On vient la chercher dès les premières douleurs, c’est elle qui prépare le lit de la parturiente. Elle ne laisse au médecin et à la sage-femme (quand ils sont déjà sur place et n’arrivent pas après la bataille) qu’un rôle secondaire.
Sa fonction n’est pas tant d’aider à l’accouchement que de « faire le bébé ». Une fois né, la première étape consiste à donner le premier bain tandis que le père arrive. La femme-qui-aide prend ensuite l’enfant, le lave et le vêt. Une fois l’accouchement accompli, elle offre à la mère une collation et remet la literie au propre. On l’appelle aussi lorsqu’un décès est constaté. La femme-qui-aide fait la toilette du mort (le lave, le rase, le coiffe) et prend soin de jeter l’eau usagée hors de la maison.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05La couturière
De génération en génération, la couturière reçoit les jeunes filles de la Toussaint à Pâques, l’année de leurs quinze ans, pour les dégrossir. C'est-à-dire qu’elle s’occupe de l’éducation des filles et les prépare au mariage, lors d’un séjour qui fait charnière entre deux âges. Il s’agit d’une période « durant laquelle les garçons et les filles sont respectivement “gachenöt” et “gachenöte” ou, en français, “gamin et gamine” – c’est le temps de l’école et du champ-les-vaches –, et celle qui va de quinze ans au mariage où l’on “fait sa jeunesse”, ce qui se dit, pour les filles, “faire la jeune fille”. » (p.160).
À l’école, on recevait les rudiments : apprendre à lire, écrire, compter. Le reste de l’éducation se faisait « aux-champs-les-vaches » où l’on apprend à connaître le territoire et ses recoins, c’est aussi la formation au travail. Pendant le champs-les-vaches, filles et garçons ont des activités différentes : si les garçons explorent les grands espaces et apprivoisent oiseaux et vipères, les filles ont l’ouvrage entre les mains dès le premier jour de garde et s’exercent au tricot pendant que les vaches paissent. De là, la posture préférentielle pour les filles : assises, tranquilles, les mains occupées, comme illustrées sur les tableaux de Jean-François Millet (bergères tricotant avec son troupeau).

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
06La cuisinière
Un mariage consiste à unir deux individus et, à travers eux, deux familles entre lesquelles se crée une sphère d’échanges qui, par rebond, implique l’ensemble de la communauté.
Entre les deux familles, la femme qui fait le lien au moment des noces est la cuisinière. Elle se livre à divers travaux chez ses hôtes, elle remplit aussi la fonction de bûcheronne, remplace le facteur si besoin.
Entre le langage culinaire, voire la disposition des plats, et l’acte sexuel, l’analogie est forte. La cuisinière est maîtresse de la grivoiserie et des facéties des villageois qui encadrent l’ensemble de la cérémonie des noces. Plus largement, « Cuisiner est un art que l’on doit découvrir toute seule en même temps que l’acte sexuel ; les deux choses s’improvisent en même temps » (p. 58) c'est-à-dire au moment du mariage, et plus particulièrement après la naissance du premier enfant. Jusque-là, la belle-mère continue de vivre avec le jeune couple et siège dans la cuisine.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
07Conclusion
Façons de dire, façons de faire retrace, à travers le corps féminin, les divers éléments et rituels qui fondent la vie sociale. Les manifestations physiologiques scandent le temps, à travers des activités et des savoir-faire initiés par des femmes : « couture pour la puberté, cuisine pour la fonction procréatrice, lessive pour l’enfantement » (pp. 337-338). Les rythmes cosmiques résonnent à travers les temps biologiques.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
08Zone critique
À partir de matériaux recueillis à quatre, avec ici les femmes pour considération principale, cette monographie d’Yvonne Verdier est un ouvrage remarquable, devenu un classique des ethnographies françaises.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Yvonne Verdier, Façons de dire, façons de faire. La laveuse, la couturière, la cuisinière, Paris, Gallimard, 1979.
De la même auteure – Coutume et destin. Thomas Hardy et autres essais, Paris, Gallimard, 1995. – Avec Tina Jolas, Marie-Claude Pingaud, et Françoise Zonabend, Une campagne voisine. Minot, un village bourguignon, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1990. – Le Petit Chaperon rouge dans la tradition orale, Paris, Allia, 2014.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !












