Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'Face a gaia'

Face à Gaïa

Bruno Latour

Huit conférences sur le nouveau régime climatique

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Dans ces huit conférences, Bruno Latour explore le nouveau régime climatique et les défis qu’il pose aux philosophes, scientifiques et politiques.

Déconstruisant la distinction moderne entre nature et culture, il plaide pour une reconnaissance des différentes formes d’activités qui peuplent la planète (autres que les seules vies organiques), pour mieux comprendre les interactions entre les composants de la Terre et pleinement saisir l’avènement de l’anthropocène – cette nouvelle ère planétaire où l’humain est devenu l’une des principales formes transformatrices de son environnement.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Comment expliquer l’engourdissement généralisé de l’humanité face à l’urgence climatique, alors même que les peuples se sont historiquement montrés particulièrement prompts à réagir aux urgences économiques, terroristes ou génocidaires ?

La réponse tient à la difficulté de considérer la matérialité active du monde, c’est-à-dire de dépasser l’ancienne philosophie séparant l’animation et l’inanimation de l’univers. C’est pourtant une question écologique essentielle qui se trouve en jeu : la production d’une nouvelle cosmologie, d’une nouvelle vision du cosmos où les différentes parties de l’univers n’ont de sens que par les relations qui les font interagir.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Qui a séparé nature et culture ?

Comment expliquer le déni, ou du moins la méfiance, qu’inspirent à la plupart des individus les mutations climatiques, écologiques et environnementales que nous vivons déjà et qui n’iront que s’intensifiant ?

L’une des principales raisons réside dans la tendance, en particulier occidentale, à distinguer la nature et la culture. Le rapport que nous entretenons au monde est modelé par des philosophies qui ont produit une distinction superficielle entre ces deux royaumes. Impossible pourtant, défend Bruno Latour, de définir la nature sans recourir à la culture, et inversement – preuve que ces deux domaines sont intrinsèquement liés.

Plutôt que de domaines distincts, il s’agit donc bel et bien d’un seul concept artificiellement scindé en deux. L’opposition traditionnelle nature/culture ne doit pas être le principal référent de la critique écologique mais plutôt le premier foyer où porter notre attention. La nature, en réalité, a toujours été un concept réversible : il fait référence, le plus souvent, soit à une injonction normative (« agir selon sa vraie nature »), soit à une règle quasi juridique, du moins morale (« c’est contre-nature »).

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Des faits scien­ti­fiques à l’épreuve de la dé­mons­tra­tion

Devant ces adversaires climato-sceptiques qui remettent en cause la véracité des faits démontrés, l’un des défis rencontrés par la communauté scientifique est d’articuler démonstration des faits et prescription de mesures. C’est bien le continuum entre être et devoir faire qui est mis au défi, c’est-à-dire entre des énoncés constatifs (ce qui est : « les niveaux de CO2 sont historiquement au plus haut ») et des énoncés performatifs (quand dire, c’est faire).

Or, la performativité de la science n’a pas pour habitude d’être énoncée en détail par les scientifiques mais agit d’ordinaire comme une alarme, une mise en état d’alerte du collectif, une demande d’action politique. Sans nous dire précisément ce qu’il faut faire, les scientifiques nous alertent : il faut faire quelque chose !

Si nous sommes habitués à ce que ces alarmes viennent des sciences humaines et sociales sur le plan des inégalités et des injustices, elles sont plus rares venant des sciences dures : chimistes, géologues, mathématiciens, biologistes, etc., rechignent à appeler à l’action. La raison est que ces sciences-là tendent à faire évoluer notre connaissance et notre action sur le monde tout en étudiant des objets principalement inertes, auxquels on confère peu de capacités d’action. Il est pourtant difficile, en pratique, de distinguer « les objets du monde naturel et les sujets du monde humain » (p.78) : la distinction entre Nature et Culture repose sur une autre séparation, tout aussi artificielle et contre-productive, entre humains et non-humains.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

L’avènement de l’an­thro­po­cène

Depuis plusieurs années, un corps scientifique prend une importance considérable : les stratigraphes. Ces chercheurs ont pour activité l’étude des différentes strates géologiques qui forment la Terre et qui sont le témoin des mutations planétaires. Or les couches supérieures, qui sont aussi les plus récentes, portent désormais invariablement des traces de l’activité humaine.

Plus aucun doute : les êtres humains sont aujourd’hui les principales puissances de transformation de la géologie terrienne. La comparaison ne se produit même plus au niveau émergé des paysages ou des sols, mais bien dans la constitution terrestre de la planète, où se situent de très anciens phénomènes géologiques.

La question est légitime : avons-nous fait entrer notre planète dans une nouvelle ère ? Certains proposent de la nommer « anthropocène » (d’« anthropos », qui signifie humain, et « cène », nouveau), pour ainsi mettre à la même échelle activité humaine et formations des sols, fleuves ou encore volcans. Cette superposition témoigne de l’affaiblissement de la frontière entre anthropologie physique et anthropologie culturelle, c’est-à-dire entre sciences naturelles et sociales.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Gaïa, entre science et religion

Difficile de concevoir Gaïa par les prismes modernes de la religion ou de la science, où elle serait soit une cosmologie répondant à une autorité suprême, soit un ensemble de faits physiques, biologiques, chimiques. La raison en est que, si la modernité a mobilisé la Science pour tenir à distance la Religion en créant la Nature, Religion et Science sont aujourd’hui très entremêlés.

Mais, dans un nouveau régime comme l’anthropocène, quelle place pour les religions ? En bon anthropologue des sciences, Bruno Latour propose de remplacer la question par celle-ci : « Que veut dire, pour un peuple, de mesurer, représenter et composer la forme de la Terre à laquelle il se trouve attaché ? » (p. 199).

Autrement dit, pour comprendre l’anthropocène, demandons-nous d’abord quel est le « cosmogramme » des peuples. Quels sont les territoires, les époques et les principes d’organisation auxquels ils pensent appartenir, voire se soumettent ? Cette cosmologie généralisée doit permettre de saisir qu’il n’existe pas un seul peuple face à une seule nature, mais plusieurs peuples qui ont construit plusieurs visions de la Nature, en amalgamant des éléments scientifiques, politiques et religieux.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

Préférer Gaïa à la Nature

Il faut donc remplacer la Nature de la modernité par la Gaïa de l’anthropocène. Tout l’enjeu du nouveau régime climatique est de dénaturaliser la Nature pour comprendre l’organisation du monde. La Nature avait l’avantage moderne d’avoir des limites stables et définies en même temps que des ordres et des déterminations irréfutables.

La Nature, justement, était naturelle : elle proposait une vision du monde hiérarchisé en fonction de niveaux de grandeur successifs, ce qui avait l’avantage indéniable d’offrir à l’individu un positionnement dans l’ordre des choses. L’idéologie moderne de la Nature, soutenue par la Science, a produit un référent incontestable pour expliquer le monde : « C’est la nature ! »

Or Gaïa, telle qu’elle s’impose désormais à nous, n’est plus une entité supérieure, qu’il s’agisse de la force, du droit ou de la nature. Il n’y a plus de « tout » supérieur dont il faudrait identifier les différentes parties pour les réunifier, les harmoniser, les aligner. Ces différentes parties sont plutôt à entendre au sens diplomatique d’une négociation.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

Conclusion

Si la modernité a eu tendance à séparer le monde entre humains et non-humains, l’avènement d’un nouveau régime climatique vient nous rappeler la capacité d’agir et de parler d’objets longtemps considérés inertes – au premier rang desquels, la Terre et ses composants. Notre planète, parce qu’elle est en constant mouvement non seulement dans un large cosmos mais aussi au sein même de sa composition, a un comportement.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

08

Zone critique

Ces huit conférences de Bruno Latour, remaniées pour produire ensemble un ouvrage cohérent, sont les bienvenues pour comprendre non seulement l’apocalypse climatique qui s’annonce, mais surtout les dénis qui s’y opposent et les réponses à y apporter.

Il ne s’agit pas simplement de pointer du doigt les climato-sceptiques qui prêchent des théories du complot mais de saisir comment la modernité a produit une opposition entre la Nature d’un côté et la Science de l’autre, deux concepts trop larges pour demeurer vrais devant les défis du nouveau régime climatique. Bruno Latour montre combien, à vouloir rendre universels l’ordre naturel ou la vérité scientifique, ils sont devenus éminemment contestables par les citoyens les plus réfractaires au changement.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Bruno Latour, Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique, Paris, La Découverte, 2015.

Du même auteur – Avec Steve Woolgar, La Vie de laboratoire. La Production des faits scientifiques, Paris, La Découverte, 2006 [1988]. – Nous n’avons jamais été modernes. Essai d’anthropologie symétrique, Paris, La Découverte, 2006 [1991]. – La Fabrique du droit. Une ethnographie du Conseil d’État, Paris, La Découverte, 2002. – Où atterrir ? : Comment s'orienter en politique, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 2017.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !