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Couverture de 'Et lhomme crea les dieux'

Et l’homme créa les dieux

Pascal Boyer

Tous les hommes croient, pourquoi ?

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Description

"Et l’homme créa les dieux : Comment expliquer la religion" de Pascal Boyer est un ouvrage qui explore les origines et les mécanismes de la croyance religieuse à travers le prisme de la psychologie cognitive et de l'anthropologie. Pascal Boyer, anthropologue et psychologue, propose une analyse des religions qui s'appuie sur des recherches en sciences cognitives pour comprendre pourquoi et comment les concepts religieux émergent et se répandent dans les sociétés humaines. Boyer suggère que certaines dispositions psychologiques innées prédisposent les êtres humains à adopter des croyances religieuses.

Ces dispositions incluent la tendance à attribuer des intentions à des entités non vivantes ou invisibles, la recherche de motifs dans les événements, et le besoin de structures sociales et morales.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Et l’homme créa les dieux, un titre attrayant pour une question que nous avons l’habitude de régler entre la poire et le fromage, chacun y allant de son hypothèse, de sa conviction, voire de sa vérité, pour expliquer pourquoi la religion existe.

Plus précisément, il s’agit d’appréhender cette circonspection partagée devant les croyances des autres : « Comment peuvent-ils croire à des choses pareilles ? » Pourquoi les religions existent-elles ? Comment tout cela a-t-il commencé ?

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02

Les théories de la religion

« La religion concerne l’existence et les pouvoirs d’entités et d’êtres non observables » (p. 17). Les humains ont inventé des êtres surnaturels qui violent les lois naturelles et les religions apparaissent comme de « bonnes histoires » en contradiction avec nos attentes intuitives. Les situations critiques ou de malheur sont des exemples pertinents pour comprendre ce fonctionnement.

Dans ces cas, la mort d’un proche par exemple, des schémas mentaux particuliers s’activent. En effet, une personne connue est toujours associée à l’idée que tout être humain est vivant, animé, respirant, doué de pensée et de parole. Ainsi, des automatismes inconscients nous poussent à nous représenter la personne morte comme ayant encore des sensations, des opinions, des préférences, des émotions.

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03

Le traitement de l’information : à la recherche de concepts stables

La religion est traitée comme une information quelconque, ce qui explique que les énoncés proposés ne soient pas toujours religieux. Pascal Boyer se sert beaucoup de la psychologie infantile, de la psychologie des émotions et de l’éthologie pour corroborer son propos sur le cerveau humain. Le biologiste Richard Dawkins décrit la culture comme une « population de mèmes » – ou unités culturelles (idées, valeurs, contes, chansonnettes, images, symboles, blagues, etc.). Selon lui, les phénomènes culturels se comportent comme les gènes, ils sont des « programmes autorépliquants ».

Boyer montre comment la religion émerge de la sélection de certains concepts et d’une sélection mémorielle et se demande pourquoi nous sommes si sélectifs dans les affirmations auxquelles nous adhérons. De fait, des variantes de concepts religieux sont créés et éliminés en permanence et seuls certains survivent. Ce qui compte, ce n’est pas tant l’origine du concept que sa transmission à travers les cycles d’acquisition, de mémorisation et de communication qu’il connaît.

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04

Qu’est-ce qu’un être surnaturel ?

Nous abordons la partie la plus théorique de l’ouvrage, qui est également celle qui condense l’essentiel du propos de l’auteur.

Pour commencer, évoquons ce que l’on appelle les « catégories ontologiques ». Il s’agit de vastes schémas dans lesquels sont rangés les concepts, et dont on peut dresser une liste a priori exhaustive : personnes, animaux, plantes, éléments naturels (rivières, montagnes, etc.) et objets. Les catégories ontologiques renvoient à des traits spécifiques (une personne est dotée d’un corps, elle parle, pense, respire, se meut, etc.).

Quand un nouveau concept apparaît, une sorte de système de déduction nous permet de l’attribuer à la catégorie ontologique à laquelle il appartient et d’en déduire quelques-unes de ses caractéristiques. L’information nouvelle est classée dans le grand catalogue mental des catégories ontologiques, qui contient ce qui est déjà connu.

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05

Un peu de « théologie ex­pé­ri­men­tale »

P. Boyer a recours à la « théologie expérimentale » afin de tester les concepts religieux plausibles et dont la pérennité semble envisageable. À la manière d’une recette de cuisine, il énumère les ingrédients indispensables mêlés à une dose de savoir-faire : commencez par faire coïncider le concept avec l’une des catégories ontologiques ; ajoutez y ensuite une « mention spéciale » – dotez par exemple un objet d’une propriété biologique, telle une statue qui saignerait. Ainsi nos intuitions sont-elles violées, phénomène indispensable à la formation de tout bon concept religieux.

Bien que les dieux et les esprits n’apparaissent pas toujours sous forme humaine, nous leur prêtons un intellect humain et une intentionnalité. Cette tendance à l’anthropomorphisme nous conduit à attribuer la responsabilité à un agent lorsqu’un malheur nous assaille. Nous rencontrons des difficultés à percevoir la cause de l’événement malheureux. De là, la désolation : « Pourquoi cela tombe-t-il toujours sur moi ? » Il n’y a alors qu’un pas jusqu’au recours à la superstition pour parer le malheur.

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06

Coopération et coalition à travers les rituels

Pour Pascal Boyer, les rituels sont perçus comme des « gadgets cognitifs » qui non seulement produisent des effets réels sur les participants (on pense aux rituels initiatiques), mais créent la possibilité de bâtir des coalitions solides entre eux. La coalition est plus que la coopération en ce qu’elle suppose un but commun. L’auteur y voit un « tour de passe-passe relationnel » selon lequel les transitions (par exemple, le passage d’une classe d’âge à une autre) auraient lieu même en l’absence du rituel.

Il décrit les rituels et l’ensemble des interactions du point de vue de la stratégie, des signes de défection ou encore de l’utilité. Le couple défection/coopération se veut central.

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07

Conclusion

Dans la religion, les doctrines comme les spécialistes du religieux apparaissent pour Boyer comme secondaires : rien dans les représentations des agents surnaturels ne les rend nécessaires. L’auteur concentre son attention sur la production des croyances, à partir de notre appareil mental, le cerveau.

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08

Zone critique

L’explication des croyances religieuses, à partir de mécanismes cognitifs et de l’organisation du cerveau efface, les dimensions sociales et culturelles des phénomènes religieux et ne laisse plus de prise à l’enquête ethnographique de terrain. Le terrain n’est ainsi plus qu’un lieu expérimental pour tester la variabilité des modes d’apprentissage… En revanche, puisque l’on ne peut pas dire grand chose de la croyance – n’ayant pas accès à l’état mental des individus croyants comme non-croyants –, la proposition de l’anthropologie cognitive permet une approche intéressante des mécanismes cognitifs relatifs à l’acte de croire.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Pascal Boyer, Et l’homme créa les dieux. Comment expliquer la religion, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 2001 (1re éd., Paris, Robert Laffont, 2001).

Du même auteur

– La Religion comme phénomène naturel, Paris, Bayard, 1997.

– P. Boyer, « Cognitive constraints on cultural representations. Natural ontologies and religious ideas » in L. A. Hirschfeld et S. Gelman (dir.), Mapping the Mind. Domain Specificity in Culture and Cognition, New York, Cambridge University Press, 1994, p. 391-411.

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