
En attendant les robots
Réflexions sur notre futur avec l'intelligence artificielle
Description
Lorsque l’on fait référence à l’Intelligence artificielle, l’IA, et à la robotisation, certains y voient un nouvel Eden émancipateur, d’autres, une machine broyeuse, en particulier du travail humain. Mais pour le sociologue Antonio A. Casilli, il est un bouleversement majeur dont on ne parle jamais : celui de l’apparition d’une nouvelle catégorie de travailleurs, celle du digital labor.
Ce sont des millions de « tâcherons du clic », comme il les nomme, qui sont totalement exploités par le système imposé par l’IA. Le sociologue revisite ainsi les effets sur le monde du travail du développement de l’intelligence artificielle et du phénomène de la plateformisation qui en découle.
Sommaire
01Introduction
Ce qui intéresse tout particulièrement Antonio A. Casilli dans cet ouvrage, ce n’est pas tant le développement de l’IA que de comprendre cette nouvelle machine à produire en masse des petites mains de l’intelligence artificielle.
Pour l’auteur, les robots ne sont que des hommes et des femmes qui calculent. Derrière le robot, il y a toujours l’être humain. La question n’est donc pas tant de savoir si les robots vont remplacer l’homme, mais bien l’inverse, si les humains vont remplacer les robots. Il aborde également la réalité de ces millions de travailleurs précaires à travers le monde qui acceptent ces missions sous-payées et sous-valorisées.

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02Les contours des plateformes numériques
Pour mieux comprendre comment sont employés ceux qu’il appelle les tâcherons du clic, le sociologue cherche d’abord à définir la notion de plateforme numérique. Cela paraît assez simple si l’on fait référence à la définition de base énoncée par le géographe-philosophe britannique Nick Srnicek : une infrastructure numérique qui met en relation au moins deux groupes d’individus.
C’est pourtant un univers beaucoup plus complexe qui s’est développé ces quinze dernières années, regroupant des entités très diverses, allant de Google, à Spotify, en passant par Airbnb ou Amazon Web Services. Antonio A. Casilli tient à préciser la terminologie : « …, il est possible de caractériser les plateformes comme des mécanismes multiface de coordination algorithmiques qui mettent en relation diverses catégories d’usagers produisant de la valeur. » (p. 64)

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03Des nouveaux travailleurs, les « tâcherons du clic »
Pour l’auteur, la participation active des usagers est capitale pour les plateformes, car cela leur génère du flux, de la visibilité, mais également une quantité fructueuse de données à monétiser. Et ceux-là mêmes qui ajoutent de la valeur ajoutée sur ces plateformes se comptent par millions. Cette valeur ajoutée de contenu ne nécessite que très peu de compétences spécifiques puisqu’elle se constitue de simples clics (like, émoticônes…), de tous types de contenus multimédias, ou de services de base de proximité… Antonio A. Casilli définit ainsi trois types de digital labor générés par les utilisateurs pour les plateformes.
Le travail à la demande met en lien des clients en demande de services et des plateformes proposant des prestations réalisées par des travailleurs-employés précaires. Cette nouvelle économie des « petits boulots », en pleine explosion tant en termes de chiffre d’affaires que d’effectifs, se réalise dans des services de transport, de livraison, de service à la personne et s’incarne par des sites implantés à l’international comme Uber ou Deliveroo. Des entreprises qui font régulièrement la Une de l’actualité, attaquées pour leurs conditions de travail et d’emploi très controversées.

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04Le Turc mécanique, la figure emblématique du microtravail
En 1769, le baron Wolfgang von Kempelen, ingénieur à la cour impériale de Vienne, présenta un automate joueur d’échecs en costume d’ottoman, un mécanisme soi-disant capable de jouer seul contre un adversaire humain. En fait, il s’agit un magnifique canular cachant un homme dans son meuble. Antonio A. Caselli fait référence à cet automate d’un autre siècle parce qu’il est « l’illustration parfaite de la façon dont le travail humain est crucial pour que les machines ne se limitent pas à seulement exécuter des instructions qui leur sont fournies, mais réussissent aussi à en donner à leur tour ». (p. 121)
Il fait là appel à la notion de machine learning, ou apprentissage automatique, une technologie d’intelligence artificielle permettant aux ordinateurs d’apprendre sans avoir été programmés pour cela, et qui exploite totalement l’écosystème du Big Data. Les ordinateurs ont alors besoin de données à analyser et sur lesquelles s’entraîner pour apprendre et se développer, « devenir plus intelligentes ».

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05Les robots auront toujours besoin des humains
Aux détracteurs du développement de l’IA, qui la considèrent comme un risque majeur pour le travail en supprimant des millions d’emplois, Antonio A. Casilli répond que la réalité est peut-être tout autre. Comme l’exprimait déjà le philosophe de la première moitié du XXe siècle, Ludwig Wittgenstein « les machines ne peuvent exister sans le concours des humains prêts à leur enseigner comment penser ». (p. 32) Parce qu’il existe encore aujourd’hui un véritable malentendu aux yeux du sociologue.
Lorsque l’on parle d’IA, de machines intelligentes, on imagine qu’elles seraient capables de s’autonomiser seules, en dehors de toute intervention humaine, grâce uniquement à leurs acquis cognitifs. Faux, rétorque Caselli. Elles ne sont qu’un semblant d’intelligence, « l’ordinateur affiche de l’intelligence, mais celle-ci n’est qu’un effet de l’exécution mécanique d’instructions qui lui sont données ». (p. 33)

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06Conclusion
Pour le spécialiste des réseaux sociaux, le développement de l’IA et de ses multiples plateformes, loin du nouvel Eden ou, à l’inverse, du monde dystopique que l’on nous présente trop souvent, modifie en profondeur l’organisation du marché du travail. Nous assistons, en effet, à une précarisation de millions de nouveaux travailleurs du web, en France, comme dans tous les pays occidentaux. Dans les pays en voie de développement, ces plateformes internationales y trouvent une main-d’œuvre déjà très bon marché.

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07Zone critique
C’est un ouvrage très documenté qu’a réalisé le sociologue Antonio A. Casilli. C’est une mine d’informations pour tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la question de l’intelligence artificielle et à la robotisation de nos sociétés.
Ce qui est également passionnant dans cet ouvrage, c’est que l’auteur revisite ce que de nombreux usagers considèrent comme du loisir, à savoir leur participation active à la vie du net. Ce que l’on fait passer pour du plaisir-loisir, à travers ce qu’il appelle le travail social en réseau, serait bel et bien du travail caché non rémunéré. Cela questionne ainsi nos sociétés sur la définition même du travail, et de ce qui doit être rétribué comme tel ou non. Une réflexion au niveau international paraît ainsi nécessaire afin de mettre en place de nouvelles législations du travail.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic, Paris, Le Seuil, 2019.
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