
Économie du bien commun
La recherche de l'intérêt général dans l'économie
Description
Ce livre est le premier ouvrage de Jean Tirole s’adressant à une audience élargie. Sa réception du prix Nobel l’a incité à investir le débat public, ainsi que la défiance croissante qui existe à l’égard de la science économique, tant dans la société civile que chez des économistes « hétérodoxes ».
L’objectif du livre est de dresser un état des connaissances économiques, afin de montrer que, contrairement aux idées reçues, les économistes se préoccupent du « bien commun », en diffusant des savoirs permettant à la fois de comprendre la société et de la transformer.
Sommaire
01Introduction
La notion de « bien commun » est le thème qui permet de relier l’économie en tant que science à l’économie en tant que domaine d’expertise au service du public et du politique. Elle est au cœur de l’ouvrage, en particulier des deux premières parties, respectivement consacrées au « rapport de l’économie à la société » et au « métier d’économiste ».
L’auteur entend y montrer comment l’économie façonne un certain regard sur le monde. Il décrit ensuite la manière dont l’économiste travaille et est amené à investir le débat public. Les parties suivantes du livre relèvent moins de la sociologie de l’économie qu’elles ne portent sur les savoirs économiques en tant que tels.

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02L’économiste, un ingénieur du social
Jean Tirole cherche d’abord à identifier les causes qui entravent notre bonne compréhension de l’économie. Il les trouve dans ce que les économistes appellent les « biais cognitifs », ce qui lui permet habilement d’introduire les idées économiques contemporaines issues des travaux de Kahneman et Tversky. Il avance ensuite un ensemble de mesures qui, à ses yeux, permettraient d’accroître l’intérêt et la culture économique des citoyens.
Déplorant par exemple « le manque de mathématique » et l’importance trop importante de l’histoire de la pensée économique (« des pensées économiques obsolètes ») dans les cursus éducatifs, il appelle de ses vœux une réforme de l’enseignement. La culture économique ferait également défaut dans l’administration publique française. L’auteur revient sur le procès intenté aux économistes de ne pas suffisamment tenir compte des questionnements éthiques .

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03Le métier d’économiste
Si l’économie est une passion, c’est aussi un métier. L’auteur commence par présenter les grandes activités qui occupent l’économiste. Ce dernier évolue et se définit d’abord dans et par ses activités universitaires. Mais il interagit aussi avec la sphère privée, notamment via la question du financement de la recherche ou du conseil. En tant qu’expert, il intervient en sus dans le débat public. Ce livre en est une preuve. Il met alors en avant la tension qui peut exister entre l’éthos scientifique, dont le but est de « faire avancer la connaissance », et les engagements auprès d’institutions privées, politiques et médiatiques, lesquelles répondent à une temporalité et des objectifs différents de ceux du chercheur. La nécessaire complexité des recommandations des économistes irait ainsi à l’encontre des certitudes recherchées par l’opinion publique.

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04Les trois grandes institutions économiques
Le marché et l’État sont des institutions complémentaires. Ce dernier joue un rôle essentiel afin de pallier les diverses défaillances de marché, telles que les externalités négatives, les asymétries d’information ou le pouvoir de monopole. Si le marché présente des défaillances, il en va cependant de même de l’État. Ses principales défaillances sont le risque de capture de l’appareil gouvernemental par des lobbys, ainsi que le « manque de compétences de l’électorat ». D’où l’importance des agences dites indépendantes du pouvoir politique.
Au temps du constat succède celui des recommandations. L’époque de l’État planificateur est selon Tirole révolue. Il appelle de ses vœux une révision du statut de la fonction publique, une baisse des dépenses publiques et une réforme du système de santé, lequel doit trancher entre un modèle « tout sécu » et un modèle reposant sur les assurances privées.

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05Les enjeux macroéconomiques
La quatrième partie de l’ouvrage est consacrée aux grands enjeux économiques de notre temps. Le premier est le « défi climatique ». Le lecteur trouve une analyse théorique et factuelle des forces et des faiblesses des mesures instaurées depuis le protocole de Kyoto.
Tirole appelle de ses vœux une politique au niveau international reposant sur trois piliers : la fixation d’un prix universel du carbone cohérent avec les objectifs de réduction des émissions, la création d’une agence internationale de contrôle qui soit indépendante et la création soit d’un fonds de financement, soit d’un marché mondial des permis d’émission, qui soit généreux envers les pays les moins développés.
Le second défi d’ampleur est celui du chômage. Après avoir présenté un ensemble de données statistiques, l’auteur conclut à l’inefficacité des réformes entreprises pour lutter contre un chômage de nature structurelle, et à l’existence d’une corrélation entre la protection de l’emploi et le mal-être au travail. Il propose alors une réflexion sur le contrat de travail, plaidant pour un contrat unique, plus flexible et moins couteux que le CDI pour les entreprises mais plus protecteur que le CDD pour les salariés. Il s’agit de protéger non plus les emplois mais les personnes. Il s’oppose fermement à la réduction du temps de travail et dénonce le principe de la « rupture conventionnelle » instaurée en 2008.

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06L’économie industrielle
La dernière partie de l’ouvrage porte sur les thèmes de recherche principaux de son auteur depuis les années 1980, qui lui ont valu son Prix Nobel. Jean Tirole explique que la concurrence a trois vertus : elle favorise à la fois la baisse des prix pour le consommateur, l’innovation et la liberté de contracter.
L’économie industrielle s’intéresse alors au fonctionnement et aux dysfonctionnements des marchés concurrentiels ainsi qu’à l’intervention de l’État en tant que régulateur ou en tant qu’acteur, créant par exemple des pôles de compétitivité. Il effectue ensuite un ensemble de préconisations à destination du politique afin de guider la politique industrielle. Il insiste en particulier sur l’importance de l’évaluation ex post des réformes mises en œuvre.

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07Propriété intellectuelle et régulation sectorielle
Les deux derniers chapitres de l’ouvrage traitent de sujets plus techniques. Il s’agit tout d’abord du rapport entre l’innovation et la propriété intellectuelle, laquelle prend la forme du brevet, de droits d’auteur ou encore de la marque déposée. Le dilemme pour l’État est assez simple : si la propriété intellectuelle favorise l’innovation en permettant à l’innovateur de jouir de ses fruits, elle est susceptible de limiter sa diffusion et ses bénéfices, ou d’augmenter le coût de son usage en générant des pouvoirs de monopole. Les explications théoriques se doublent de schémas illustrant le propos de manière simple et efficace.

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08Conclusion
En tant que livre destiné à une large audience, Jean Tirole réussit l’exercice de vulgarisation de ses recherches. La structuration de l’ouvrage permet au lecteur de se concentrer sur les thématiques qui lui importent, ce qu’on attend généralement d’un manuel.

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09Zone critique
La première et la seconde parties du livre jettent un regard nécessairement subjectif sur la place et le rôle de l’économie et des économistes dans la société. Or elle n’est pas présentée comme telle. Par ailleurs, les incursions de l’auteur dans les domaines de la philosophie économique et de l’épistémologie peinent à convaincre le lecteur averti. Enfin, dans ces chapitres présentant la discipline comme dans les chapitres plus théoriques, Tirole écrase totalement la pluralité des recherches économiques. Cela est implicite dans le recours régulier à des expressions telles que « les économistes », « la modélisation », « les études montrent que ».

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Économie du bien commun, Paris, PUF, 2016.
Du même auteur
– « Rationalité, psychologie et économie », Revue française d'économie, 28(2), 9-33, 2013. – The theory of industrial organization, MIT press, 1988.

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