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Couverture de 'Dirty wars the world is a battlefield'

Dirty Wars: The World Is a Battlefield

Jeremy Scahill

Le monde est un champ de bataille

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Description

Dans le paysage intellectuel de l'après-11 septembre, l'ouvrage de Jeremy Scahill, Dirty Wars: The World Is a Battlefield, s'impose comme une analyse stratégique fondamentale. Publié dans le contexte de la « Guerre Globale contre le Terrorisme » (GWOT), il offre une plongée sans concession dans les zones grises de la défense américaine. Scahill se positionne en enquêteur des agences secrètes qui, à l'instar des contractants militaires privés analysés par Brianna Buzzell, opèrent dans des « zones grises » juridiques et de surveillance, érodant la supervision démocratique de la force militaire.

Il documente avec une précision méticuleuse la manière dont une guerre initialement conçue comme une réponse à une attaque spécifique s'est métamorphosée en une machine de traque planétaire, échappant aux cadres légaux et au contrôle public. L'ouvrage interroge ainsi la nature même de la guerre à l'ère de la surveillance globale et des exécutions extrajudiciaires.

L'analyse de Scahill s'articule autour d'une problématique, d'une thèse et d'un enjeu majeurs qui structurent son enquête : Problématique centrale : Comment l'institutionnalisation de l'assassinat ciblé et du secret militaire redéfinit-elle la démocratie et le droit international ? Thèse défendue : La création d'une machine de guerre autonome, affranchie des contrôles législatifs, qui s'auto-alimente par la violence qu'elle produit. Enjeu principal : Démontrer le passage d'une guerre de défense à une doctrine de traque humaine globale et permanente.

Sommaire

01

La mé­ta­mor­phose du champ de bataille

Ce premier axe d'analyse examine la rupture fondamentale avec les concepts traditionnels de la guerre. Scahill démontre comment les frontières, qu'elles soient géographiques ou juridiques, s'effacent pour laisser place à un espace d'intervention illimité. Comprendre cette « déterritorialisation » du conflit est essentiel pour saisir la logique profonde qui sous-tend la guerre moderne menée par les États-Unis, une guerre qui n'est plus définie par des adversaires étatiques clairs ni par des zones de combat délimitées.

Selon l'analyse de Scahill, le monde entier est devenu un champ de bataille potentiel. La « guerre contre le terrorisme » n'est plus menée comme un conflit conventionnel entre États, mais de manière fragmentée et secrète, contre des adversaires insaisissables et dispersés à travers le globe. Cette nouvelle réalité rend les conventions de guerre traditionnelles largement obsolètes. Ces conventions, conçues pour des conflits entre États-nations aux frontières définies, perdent leur pertinence face à des acteurs non-étatiques et à une doctrine qui, comme le démontre Scahill, efface délibérément la distinction entre zone de guerre et paix, entre combattant et civil.

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02

L'ascension de la force prétorienne

Au cœur de cette nouvelle doctrine militaire se trouve une entité d'élite, le Joint Special Operations Command (JSOC), qui incarne la concentration du pouvoir exécutif en matière de guerre secrète. L'analyse de son rôle est stratégique, car elle révèle l'émergence d'une force quasi-autonome, agissant comme un instrument direct de la Maison-Blanche et opérant en marge des structures de commandement et de contrôle traditionnelles.

Le JSOC fonctionne comme une force prétorienne moderne, une unité d'élite répondant directement aux ordres de l'exécutif. Sous le commandement de figures comme l'amiral William McRaven, cette force a mené des opérations d'une sensibilité extrême, du raid nocturne de Gardez en Afghanistan, qui a coûté la vie à des civils, à l'élimination d'Oussama ben Laden. Sa particularité est d'agir en dehors des canaux hiérarchiques habituels, conférant au président un outil de projection de force rapide, létal et opaque.

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03

La mécanique du contre-choc (blowback)

Cette section se penche sur le concept de « blowback » (contre-choc), un effet pervers où les actions de guerre secrète, loin d'éliminer les menaces, finissent paradoxalement par en produire de nouvelles. L'analyse de ce phénomène est cruciale pour évaluer non seulement l'efficacité, mais aussi la légitimité de la stratégie antiterroriste américaine. Scahill documente comment la violence engendre la violence, alimentant un cycle qui semble sans fin.

Les opérations secrètes américaines, présentées comme des solutions chirurgicales, peuvent en réalité alimenter le recrutement des groupes insurgés. Comme le rapporte la discussion du Carnegie Council sur l'œuvre de Scahill, un leader local au Yémen affirme que les bombardements américains ont directement fait augmenter le recrutement dans sa région. L'ancien officier de l'armée américaine Andrew Exum, cité dans cette même discussion, réfléchit à cette dynamique perverse : une « liste de cibles » initiale de quelques dizaines ou centaines d'individus peut rapidement se transformer en une liste de plusieurs milliers, à mesure que les opérations créent de nouveaux ennemis. Chaque frappe, chaque raid nocturne peut générer du ressentiment, de la colère et un désir de vengeance qui nourrit le conflit.

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04

L'érosion du contrat social et juridique

Ce dernier chapitre analytique examine la conséquence la plus profonde de la généralisation des « guerres sales » : l'érosion des principes juridiques et éthiques fondamentaux qui constituent le socle d'une démocratie. Scahill montre que la guerre secrète menée à l'étranger finit par corroder les garanties constitutionnelles et le contrat social à l'intérieur même des États-Unis.

Le cas d'Anwar al-Awlaki, détaillé dans les sources accompagnant le documentaire de Scahill, est emblématique de cette dérive. Citoyen américain, il a été placé sur une « kill list » et éliminé par une frappe de drone au Yémen sans avoir jamais été inculpé, jugé ou condamné par un tribunal. Son exécution extrajudiciaire constitue un événement charnière, un précédent dangereux qui normalise l'idée que l'État peut tuer l'un de ses propres citoyens sur la base d'une décision secrète du pouvoir exécutif. Quelques semaines plus tard, son fils de 16 ans, Abdulrahman, également citoyen américain, était tué dans une autre frappe. Ces événements marquent l'institutionnalisation d'un état d'exception permanent.

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05

Conclusion

Cette section synthétise la démonstration de Scahill et évalue la contribution intellectuelle de Dirty Wars à la compréhension des conflits contemporains. L'ouvrage ne se contente pas de rapporter des faits ; il propose une grille d'analyse puissante des transformations de la violence d'État.

Dirty Wars démontre de manière convaincante comment la guerre a été redéfinie en une traque planétaire et permanente. Scahill expose la montée en puissance de forces opaques comme le JSOC, qui agissent comme le bras armé d'un pouvoir exécutif aux prérogatives étendues. Il met en lumière les effets pervers de cette stratégie, notamment le phénomène de blowback, qui alimente les cycles de violence au lieu de les éteindre. Enfin, et c'est peut-être sa contribution la plus alarmante, il documente la corrosion progressive des fondements juridiques de la démocratie américaine, illustrée par la normalisation de l'exécution extrajudiciaire de ses propres citoyens.

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06

Critique

Après avoir synthétisé la force de l'argumentation de Dirty Wars, une évaluation complète exige d'en considérer les limites méthodologiques et de prolonger la réflexion sur les implications futures de cette guerre de l'ombre.

Une critique nuancée de la méthodologie de Scahill s'impose. Bien que l'ouvrage soulève des questions vitales et repose sur une enquête de terrain impressionnante, son approche peut parfois sacrifier la distance analytique au profit d'une narration militante. Dans sa recension pour le Literary Review, Patrick Porter note que si le livre pose des questions essentielles, il « dégénère trop souvent en une polémique déséquilibrée » (unbalanced polemic).

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