
Diane de Poitiers
La femme de pouvoir de la Renaissance
Description
Le livre de Didier Le Fur retrace la vie de Diane de Poitiers, une figure emblématique de la Renaissance française. Longtemps considérée comme la simple maîtresse des rois François Ier et Henri II, Diane de Poitiers est ici présentée sous un jour plus nuancé.
Diane de Poitiers connut une belle ascension sociale à la cour. Catholique convaincue, plutôt discrète, elle fut une épouse, une mère et une femme de haut rang qu’un lien privilégié, mais suspect, unit au roi Henri II, de vingt ans plus jeune qu’elle. Sur fond de rivalités politiques et de violences religieuses, sa légende se construisit.
Peu à peu, celle-ci combla les lacunes documentaires, au point de duper les historiens qui, de confiance, s’appuyèrent sur elle pour brosser le portrait fantasmé d’une maîtresse royale parfois mécène, toujours assoiffée d’argent et de pouvoir.
Sommaire
01Introduction
« C’est se fier au voleur que se fier à la femme ». À l’aube de la littérature grecque, dans Les Travaux et les Jours, le poète Hésiode (VIIIe s. av. J.-C.) prévient son auditoire en ces termes contre la menace que représente cet être créé par les dieux pour être le piège des hommes. Ailleurs et en tout temps, la misogynie s’exprime d’autant plus que l’argent et le pouvoir s’attachent au beau sexe. Le thème des dangers de la séduction est en effet inépuisable ; il a nourri au fil des siècles l’inspiration du poète et la verve du prédicateur, mais également contaminé la plume de l’historien.
L’exemple de Diane de Poitiers, durant la Renaissance, le confirme amplement. Il y eut certes bien d’autres femmes célèbres, mais la rencontre de l’affection, de l’enrichissement et du pouvoir confère à ce destin une structure archétypale, surtout à une époque dont une certaine historiographie a parfois exagéré l’éclat. C’est l’itinéraire remarquable d’une femme de la noblesse qui, ayant gagné le cœur du dauphin, devenu le roi Henri II (1547-1559), connut la prospérité. Les ingrédients étaient réunis pour bâtir une légende durable dès ce siècle troublé par les conquêtes militaires et les guerres de Religion.

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02Une biographie truffée d’inventions
Le 9 janvier 1500, au château de Saint-Vallier, en Dauphiné, naît une enfant qui fut prénommée Diane. Son père, Jean de Poitiers, et sa mère, Jeanne de Batarnay, doivent leur statut au service rendu par leur famille auprès du roi, surtout à partir du règne de Charles VII (1422-1461). Diane reçoit une excellente éducation auprès d’Anne de Beaujeu, sœur de Charles VIII, à la cour de Moulins. Là, elle apprend le latin et le grec et devient une excellente cavalière. Elle est mariée en 1515 à Louis de Brézé, grand sénéchal de Normandie, âgé de 54 ans, à qui, fort pieuse par ailleurs, elle est fidèle et donne deux filles. Seule ombre au tableau : son père est accusé de complot, emprisonné (1523), mais libéré peu après grâce à l’intervention de Diane auprès du pouvoir.
En effet, Diane devient fort jeune demoiselle d’honneur de Claude de France, fille de Louis XII, puis dame d’honneur de Louise de Savoie, mère de François Ier, ensuite d’Éléonore d’Autriche, seconde femme de ce dernier, enfin de Catherine de Médicis, épouse d’Henri II. Elle est ensuite nommée gouvernante des enfants de François Ier, parmi lesquels le jeune Henri. Plus tard, elle devient gouvernante des enfants d’Henri. Une amitié profonde se noue alors entre eux. Le dauphin, dès 1541, élit Diane comme dame de cœur avant un tournoi. Elle est devenue sa maîtresse.

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03Une ascension sociale mal documentée (1500-1547)
Que révèlent les sources à propos de Diane de Poitiers ? D’abord que l’ascension sociale des ancêtres de Diane à partir du xve siècle est avérée. Son grand-père Imbert de Batarnay fut ainsi gouvernant des enfants royaux sous Charles VIII et François Ier. Par ailleurs, l’époux de Diane, Louis de Brézé, fit une belle carrière sous les règnes de Louis XII et de son successeur. Le service du roi favorisa l’acquisition de seigneuries du côté des Saint-Vallier, des Batarnay et des Brézé.
De la jeunesse de Diane, nous ne savons pour ainsi dire rien, pas même la date et le lieu précis de sa naissance. Nous ignorons également tout de sa formation intellectuelle. Sa présence à la cour de Moulins n’est pas attestée. En outre, comment aurait-elle pu devenir une cavalière hors pair, puisque chevaucher n’était pas permis aux filles. Nous savons en revanche que Diane fut alternativement présente à la cour et à Anet, qu’elle assista au baptême du futur Henri II (1519) et que c’est sur l’intervention de Louis de Brézé, plutôt que sur la sienne, que son père, Jean de Saint-Vallier, obtint la grâce du roi (1524).

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04Un « triomphe » indéniable, mais relativement discret (1547-1559)
Le règne d’Henri II aurait pu tout changer en livrant à la postérité des preuves de cette amitié singulière et du rôle politique que Diane serait appelée à jouer dans l’ombre du roi. Mais là encore, les sources, moins rares, sont souvent peu pertinentes. Le fait est que la plupart des cadeaux dont Diane bénéficia jusqu’en 1554 rétribuaient à leur juste valeur des mérites familiaux jusque-là mal payés ou réparaient d’anciennes spoliations.
Ayant en outre hérité de son frère Guillaume (1548), la duchesse devint assurément une femme riche, soucieuse de gérer et d’augmenter le patrimoine de ses filles, mais cela en parfaite conformité avec les devoirs ordinaires d’une mère noble. Elle organisa d’ailleurs pour celles-ci des mariages prestigieux qui renforcèrent ses liens avec la famille royale et les puissants du royaume.
Quoi que le roi dise ou fasse, elle était apparemment d’accord, mais rien ou presque, dans sa correspondance conservée, n’indique de sa part une quelconque influence politique, sauf quelques confidences du roi concernant le contexte politique général après le siège de Metz (1553), que nul n’ignorait. Si les confiscations touchant les protestants enrichirent parfois l’entourage de Catherine de Médicis, tel ne fut pas le cas de Diane de Poitiers, qui en fut accusée, même si elle ne cacha jamais son hostilité à la Réforme.

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05La mise en place du roman de Diane de Poitiers
Comment donc expliquer le contraste entre la biographie reçue presque jusqu’à maintenant et le témoignage des sources ? La première raison réside dans l’ambiguïté des rapports entre Diane de Poitiers et Henri II. Cette « relation amoureuse qui fut l’une des plus inattendues de l’histoire de France » (p. 31) laissa en effet dubitatif et suscita la réprobation. En outre l’enrichissement de Diane et ses convictions catholiques assumées lui valurent beaucoup d’inimitiés. Si, au lendemain de son décès, rien ne fut dit sur elle, ni en bien ni en mal, la mémoire de la duchesse ne tardera pas à se constituer au gré de passions politiques et religieuses longues à s’éteindre et qui détermineront une vision du personnage validée trop hâtivement par les historiens.
Tandis que, du vivant de Diane, l’ambassadeur de la République de Venise Marino Cavalli présentait la relation unissant Henri II et Diane comme un facteur positif de maturation pour le dauphin, la postérité fut moins indulgente. En 1565, un pamphlétaire anonyme soulignait déjà l’aveuglement du roi, « enyvré de la menstrue de ceste vieille paillarde » (p. 199). Les liens de Diane avec les Guise, antiprotestants, assombrirent encore le tableau. Diane fut soupçonnée, par le théologien réformé Théodore de Bèze, d’avoir ensorcelé le roi. Puis ce fut Diane la femme ensorcelée, favorisant les Guise pour piller la France à son profit.

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06Conclusion
Une réévaluation globale du dossier concernant Diane de Poitiers s’imposait. En effet, trop d’historiens n’avaient pas pris la peine de vérifier les sources, à commencer par le célèbre Jules Michelet (1798-1874). Ce dernier s’était ainsi contenté de répéter la légende, que d’autres continuèrent à alimenter.
Si l’image de la prostituée avide d’argent et de pouvoir, véhiculée du XVIe au XIXe siècle, avait plus récemment laissé place à la femme de haute culture qui fit bâtir à Chenonceau l’admirable pont sur le Cher, il s’en fallait de beaucoup que le portrait de la duchesse de Valentinois ait été correctement révisé. Les sources, plus prosaïquement, révèlent une femme noble dont l’ascension sociale fut en effet favorisée de manière déterminante grâce à sa relation privilégiée avec le roi. L’historien sait désormais aussi que Diane de Poitiers ne s’enrichit pas plus – et plutôt moins – que de nombreux contemporains, qu’elle augmenta son héritage pour le compte de ses filles et qu’il est vain de postuler l’influence politique de Diane de Poitiers, à vrai dire insaisissable.

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07Zone critique
La distance entre le propos largement diffusé dans les manuels d’histoire jusque vers la fin du XXe siècle et celui, nettement moins consistant, qu’autorisent les sources est si grande qu’une nouvelle biographie de Diane de Poitiers s’avérait indispensable. De ce point de vue, l’enquête approfondie de Didier Le Fur a porté ses fruits, le fait de juxtaposer les récits ne faisant que souligner davantage les contrastes.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Diane de Poitiers, Paris, Perrin, 2017.

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