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Couverture de 'Devant leffondrement'

Devant l’ef­fon­dre­ment

Yves Cochet

Réflexions sur les défis environnementaux

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Description

L'ouvrage de Yves Cochet, précurseur de la collapsologie, examine les origines écologiques, économiques, financières et politiques de l'effondrement imminent de notre civilisation industrielle à l'échelle mondiale. Selon l'auteur, les années 2020-2050 seront la période la plus bouleversante qu'aura jamais connue l'humanité en si peu de temps. Cochet décrit un "scénario central" détaillant les étapes de cet effondrement, comme la réduction drastique de la population mondiale, la ruine des États incapables de gérer les crises, la fin des énergies fossiles et nucléaires, ou encore le passage à une alimentation et une mobilité plus locales et sobres.

Au-delà du constat, le livre répond à des questions essentielles : comment se fait-il que les dirigeants aient ignoré cette perspective ? D'où provient cet aveuglement au futur proche ? Y aura-t-il encore une humanité civilisée en 2050 ?

Quelles institutions garantiront la cohésion sociale dans ces conditions ?

Sommaire

01

Un déni généralisé face à la catastrophe globale à venir

Cris d’alarme de scientifiques aux quatre coins de la planète, sommets internationaux, marches pour le climat organisées par des jeunes… Tous ces événements aux origines très diverses partagent un constat alarmiste sur l’état du monde, suivi de propositions précises et radicales adressées au pouvoir politique. Mais ces alertes remontent à plus de 40 ans, et sont restées lettre morte, ou presque. La croyance dans le salut est en effet partagée par la quasi-intégralité des groupes politiques, des associations écologiques et des citoyens, sur la base d’une incertitude sur les conséquences politiques d’actions radicales et/ou d’une foi chevillée au corps dans les capacités de l’humanité à rebondir.

Le tournant est d’autant plus difficile à amorcer que nos sociétés industrielles sont pétries de doxa productiviste, selon laquelle l’avenir serait une continuation du passé, en mieux, après que la « crise » sera surmontée. Un modèle partagé par les économies tant libérales que socialistes, la nature étant implicitement considérée comme inépuisable et indestructible, et comme un milieu hostile qu’il convient de domestiquer.

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02

Une crise d’origine énergétique

« La crise actuelle est d’abord et avant tout une crise énergétique », estime l’auteur (p.98), à l’instar, d’ailleurs, de quasiment toutes les récessions mondiales connues depuis 1973. Depuis plus de 20 ans s’est créé un déséquilibre croissant entre l’offre et la demande de pétrole. Et, dès lors que l’économie mondiale est privée de son élément vital, la croissance économique ne peut que s’arrêter, du fait d’un jeu de dominos, tous les pans de l’économie étant interdépendants (immobilier, santé, transports, agriculture productiviste…).

Les réserves de pétrole dans le monde évoluent selon une courbe « en cloche » : elles ont commencé par croître rapidement, puis cette croissance s’est ralentie sous l’effet de différents facteurs, jusqu’à atteindre un pic, au-delà duquel elles décroissent inéluctablement. Ce « peak oil », le maximum d’extraction pétrolière, est advenu en 2005 pour les huiles conventionnelles. Selon Cochet, il adviendra sans doute avant 2025 pour la totalité des hydrocarbures liquides. Dans la même veine, l’économie est un système qui transforme les ressources en déchets. Mais plus on produit d’énergie, plus on produit d’entropie (processus de dégradation, d’affaiblissement). Dans ce modèle, une civilisation s’effondre lorsque se produit un trop grand décalage entre les coûts de maintenance du capital et les ressources disponibles pour s’en acquitter.

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03

Changer de vision avant qu’il ne soit trop tard

Premier facteur sur lequel Yves Cochet préconise d’adopter d’urgence des mesures drastiques : la surpopulation mondiale, qui devrait avoisiner les 11 milliards d’habitants à la fin du XXIe siècle. Mais le sujet est tabou, face à une opinion commune (de gauche comme de droite) selon laquelle bonheur et prospérité résideraient dans la profusion humaine – l’information, la croissance et la technologie étant censés résoudre les éventuels problèmes démographiques. Cette question de la surpopulation ne se réduit pas au nombre de personnes, mais à la multiplication de ce nombre par l’impact énergétique moyen de la population sur un territoire donné. Par exemple, l’empreinte d’un nouveau-né européen est dix fois plus importante que celle d’un nouveau-né indien.

Selon l’auteur, il nous faut affronter sereinement la peur occidentale du vieillissement, une population âgée possédant des qualités économiques, sociales et écologiques comparables, voire plus grandes, que celles d’une société jeune. Il relève les conclusions de tous les experts : si nous souhaitons que l’immense majorité de la population mondiale bénéficie d’un niveau de vie comparable à celui d’un Européen moyen de 2010, cette population devrait se situer autour d’un milliard d’habitants, à condition aussi qu’elle ait un mode de vie plus écologique et responsable.

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04

Le scénario détaillé de la fin du monde

Selon Yves Cochet, l’effondrement de notre civilisation se déroulera en trois étapes successives, « à quelques années près ». D’abord, la fin du monde tel que nous le connaissons (2020-2030). Pour lui, l’effondrement de la civilisation industrielle est « possible dès 2020, probable en 2025, certain vers 2030 » (p.115). Une affirmation qui s’appuie, dit-il, sur de nombreux articles, études et rapports internationaux.

Deuxième étape : l’intervalle de survie (2030-2040). C’est la phase qui s’annonce comme la plus pénible, compte tenu du brusque abaissement de la population mondiale, du fait des épidémies, des famines et des guerres, de la déperdition des ressources énergétiques et alimentaires, de la perte des infrastructures et de la faillite des gouvernements. Ce sera pour l’humanité « une période de survie précaire et malheureuse », prévoit-il (p.116). L’activité quotidienne se résumera à chercher un abri, une eau et une nourriture saines et à lutter contre le froid. Des recherches qui s’effectueront à l’échelon local et, le plus souvent, hors des villes, devenues inhabitables. Les survivants seront confrontés à des rapports humains violents, consécutifs à la disparition des services publics et des autorités politiques. Mais aussi à une dépression collective consécutive à l’effondrement du monde et à la mort d’un grand nombre de proches. Ce qui les incitera à pratiquer une solidarité de proximité.

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05

Après l’apocalypse

Yves Cochet décrit en détails la vie quotidienne au sein d’une société post-apocalyptique dans laquelle toute trace de progrès technologique aura été effacée. Vers 2050, les seules sources d’énergie thermique seront 100 % renouvelables et d’origine locale : bois de chauffage, charbon de bois, biogaz, domestication de l’eau et du vent et utilisation d’animaux de trait. L’alimentation, quant à elle, sera plus végétale, plus locale, plus saisonnière. La permaculture apparaît comme la voie privilégiée pour permettre aux villes d’accéder à l’autosuffisance alimentaire en utilisant leurs déchets comme compost.

Faute de ressources énergétiques suffisantes, la mobilité sera réduite au strict minimum. Le transport aérien sera éteint pour toujours, ainsi que, d’une manière globale, tous types de véhicules automobiles. Les réseaux routier et ferré, détériorés, ne seront plus opérationnels. « Les moyens de mobilité du futur sont plus à envisager du côté de la marche à pied, de la bicyclette et de la traction animale, de la voile et des embarcations à rames », énumère l’auteur (p. 143).

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06

Conclusion

Bien loin d’être un doux rêveur, Yves Cochet analyse de manière très réaliste la psychologie du déni : l’effondrement global ne peut être saisi dans toute son ampleur ni affronté proportionnellement, parce que son immensité dépasse les capacités cognitives de l’esprit humain. S’y ajoute un angle psycho-social : l’individu n’est prêt à changer sa vie que si un certain nombre d’autres le font aussi. « Je crois que la majorité de la population (communale, régionale, française, européenne, mondiale) en fera de même, mais trop tard. Ce n’est que lorsqu’elle ressentira quotidiennement l’effondrement dans sa chair que la nécessité la poussera à agir » (p. 202).

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07

Zone critique

Un essai très touffu et assez ardu, d’un intellectuel qui a parfois du mal à adapter son discours au grand public, auquel est pourtant destiné ce livre. Mais la force de la thématique emporte tout. On le referme perplexe, partagé entre fascination de voir ce monde inédit que nous promet Yves Cochet et espoir fou que cette démonstration au scalpel de l’avenir noir qui nous attend ne soit qu’affabulation. Quoi qu’il arrive, Yves Cochet montre bien la rupture croissante au sein du mouvement écologique.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé — Devant l’effondrement. Essai de collapsologie, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2019.

Du même auteur — Pétrole apocalypse, Paris, Fayard, 2005. — Antimanuel d’écologie, Paris, Bréal, 2009.

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