
Destruction et protection de la nature
Réflexions sur la préservation de la nature
Description
Alors que le monde se remet à peine des secousses de la Deuxième Guerre mondiale, Roger Heim publie un bref essai dédié au bilan de l’écocide implacablement mené par l’espèce humaine.
Heim dresse un constat alarmant de la dégradation des milieux naturels à l'échelle mondiale, que ce soit par la déforestation, la pollution ou l'urbanisation galopante. Il décrit avec précision les conséquences désastreuses de ces phénomènes sur la biodiversité, les équilibres écologiques et la survie même de nombreuses espèces. Mais l'auteur ne se contente pas de ce sombre tableau. Il met également en lumière les initiatives et les mouvements de protection de la nature qui se sont développés depuis le 19e siècle. Heim montre comment la prise de conscience collective et l'engagement des citoyens ont permis de préserver certains espaces naturels remarquables.
Soixante-dix ans après, ni la gravité ni l’urgence des propos avancés n’ont pris de ride. Le lectorat, lui, s’est élargi de trois générations.
Sommaire
01Introduction
« N’accuse pas la Nature ! Elle a fait son devoir. À toi de faire le tien », lance Roger Heim en exergue de son livre, en reprenant les mots du poète Milton : le naturaliste compile ici plusieurs interventions radiophoniques qui dressent l’état des lieux des dégâts causés par l’humain sur la Terre.
Face à l’anthropisation accélérée de la planète – dans les années 1950, le front brésilien se déplaçait de 10 à 15km vers l’Ouest chaque année – et au rythme effréné de la croissance démographique, le mycologue invite à une gestion collective et internationale des enjeux écologiques, souvent relégués à la seconde place derrière les joutes idéologiques qui animent les hommes politiques et intellectuels.

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02Naissance et faits d’armes d’un tyran
La lente destruction de l’environnement naît, pour Roger Heim, de l’ingéniosité caractéristique de l’espèce humaine : le chimiste fait alors la rapide chronique de l’ascension de cet être que rien ne prédestine à la suprématie tant il est vulnérable, mais dont le cerveau garantit une adaptabilité constante. Modèle d’intelligence et d’habileté, l’être humain assure peu à peu la domestication de son environnement, qui, de nécessaire pour sa survie, devient systématique, en une dérive d’orgueil et de soif de maîtrise désordonnée. Car, pour Roger Heim, c’est le même être humain qui développe des outils sophistiqués, déploie un art graphique et une méthode d’écriture, et décime ses semblables ainsi que le gibier alentour. L’être humain se caractérise donc par cette capacité diabolique à manier l’univers, à le façonner, à le tordre voire à l’essorer, quel que soit le degré d’utilité de son action : l’environnement tout entier est réorienté en vue du bien relatif de l’espèce humaine.
L’écocide naît de la miraculeuse capacité d’invention humaine, de son admirable technique et d’un sentiment de toute-puissance que la civilisation consacre. Si certaines espèces ont subi des dérèglements climatiques auxquels l’homme n’avait aucune part – comme les Rennes du Grand Nord –, beaucoup ont disparu sous son action destructrice : en deux mille ans, précise l’auteur, on dénombrerait cent dix espèces disparues, puis soixante-dix pour le seul XIXe siècle, et enfin une quarantaine pour la période 1900-1950 ainsi que six-cents autres en voie de disparition.

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03L’habitat précaire, ou l’urgence de l’écologie
Bien pire que les dommages collatéraux que sont les êtres vivants, l’homme procède au ravage minutieux de son « capital essentiel », la Terre. Pour l’auteur, l’erreur serait de croire que seules les espèces animales ont été victimes de l’activité humaine : or, chaque espèce s’intègre dans un milieu naturel ou habitat, que l’homme dissèque, qui pour subvenir à ses besoins vitaux, qui pour rentabiliser son exploitation, qui encore par curiosité scientifique ou amatrice.
À la casserole, en vitrine d’un magasin à l’autre bout de la planète ou soigneusement fixé entre deux pages, le monde végétal, comme le genre animal, termine immobilisé au seul profit de l’être humain.
À ceux que la liste des espèces exotiques disparues n’aurait pas émus, Roger Heim fait la description scrupuleuse de dizaines de plantes fleurissant dans les sous-bois français – ce qui suffit à ramener l’urgence de la situation en bordure de nos banlieues les plus proches : violette, calament, pied-de-chat, gentiane croisette, laurier des bois, autant d’espèces végétales dont le nom champêtre n’est plus que le vestige de leurs couleurs disparues. Or, on ne déplore pas la simple perte de formes et coloris qui réjouissent le regard, mais bien l’anéantissement de tout un système d’interactions entre espèces au sein de leur milieu. L’histoire des sciences regorge de calamités aux effets dominos dévastateurs telles que l’introduction des petits poissons « goupys » à la Barbade, qui, en dévorant les larves de moustiques, mirent fin à la fièvre jaune, mais en avalant du même coup le plancton, déstructurèrent toute l’industrie piscicole locale. Doit-on parler de l’invasion de lapins introduits en Nouvelle-Zélande en 1859 contre lesquels on lança chats, furets et renards importés de la métropole qui s’empressèrent de se ruer sur toute la faune de rongeurs ?

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04Protégeons la Nature !
La protection de la planète n’est en aucune façon le domaine réservé de quelques collectionneurs ou savants enfiévrés, mais la cause d’une humanité responsable, consciente de son impact sur son environnement et de la fragilité de son existence sur Terre. Cette exigence de protection n’a pas attendu l’époque contemporaine pour être appliquée à l’échelle étatique : déjà au Moyen-Age, le roi de Pologne interdisait la chasse à l’auroch et la coupe de l’if.
En 1933, Londres abritait la Conférence pour la protection de la faune et de la flore en Afrique où ont été listées plus de deux cents espèces à protéger, dont le gorille ou l’hippopotame. Mais rien ne sert de protéger un animal si son habitat ne l’est pas. Ceci explique la progressive sanctuarisation d’espaces naturels dont le Parc national américain de Yellowstone en est l’exemple précoce, en 1872. Ainsi, l’ingéniosité législative humaine a peu à peu mis au point une nomenclature de protection par l’espace, allant des réserves d’exploitation (de chasse ou de pêche) aux réserves naturelles intégrales interdites à l’homme – comme la réserve de Lauvitel au cœur du Parc national des Écrins en France – en passant par les réserves de protection et les parcs nationaux d’agrément.

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05Conclusion
Face à l’imminence d’une catastrophe écologique planétaire, Roger Heim plaide, en 1955, pour un changement systémique universel et radical, seul susceptible selon lui d’inverser la courbe descendante des espèces vivant sur la planète : « Il est peut-être encore temps. Mais tout juste temps. Il suffirait que [l’homme] le sache et qu’il le veuille » (p. 106). L’écologie comme science des habitats demande donc de maîtriser les effets et limites des modifications pratiquées sur un environnement donné.

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06Zone critique
Ce court ouvrage est moins un livre scientifique – le format radiophonique constituant une limite considérable –, que l’enregistrement du chant du cygne de la Terre à l’orée du second XXe siècle : malgré quelques propos à caractère raciste qui trahissent l’enracinement de Roger Heim dans une société française encore fière de son empire colonial, le bilan de l’hécatombe planétaire ne diffère que par les chiffres d’ouvrages plus récents, comme celui de Laurent Testot et Laurent Aillet (voir Collapsus).
En filigrane apparaît la translation de la biologie à l’humanisme politique, que les décennies suivantes confirmeront : l’entreprise de réhabilitation de la nature demande une protection pleine et entière des êtres vivants, un respect de la vie, et par extension des tous les êtres vivants que le modèle capitaliste d’exploitation décime. De la protection de la nature à la libération des peuples colonisés, il n’y a qu’un pas. L’écologie, comme science des habitats, donne alors le tempo à la recherche d’un nouvel équilibre mondial.

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07Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Roger Heim, Destruction et protection de la nature, Paris, CNRS Editions, 2020 [1955].

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