Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'Desastres urbains'

Désastres urbains

Thierry Paquot

Les conséquences de l'urbanisation sur l'environnement

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Dans un contexte d’urbanisation planétaire et incontrôlée, Thierry Paquot livre une analyse critique du modèle de la ville contemporaine, « produit de la société de consommation ».

À travers l’examen de cinq dispositifs architecturalo-urbanistiques emblématiques, qualifiés de désastres urbains, l’auteur dépeint les processus d’enfermement et d’assujettissement que ce modèle génère pour les habitants.

À contre-courant de la pensée dominante en urbanisme favorable aux méga-cités, le philosophe livre un plaidoyer en faveur d’une nouvelle manière de penser et d’habiter « la ville de la juste mesure ».

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

En dépit d’une origine récente, entre 8 000 et 9 000 ans, l’histoire des villes est ponctuée de désastres ayant conduit à leur destruction. C’est le cas de Pompéi détruite par un mouvement sismique et une éruption volcanique en 62 ou encore de Londres ravagée par le feu en 1666.

Ces catastrophes dites naturelles, alors même qu’elles sont en réalité « liées à la responsabilité humaine » (p. 7), sont des « signes de la résilience des villes » : ces dernières « trouvent en elles-mêmes les conditions de leur rétablissement » (Id.). Les désastres urbains sont aujourd’hui programmés, fruits d’un urbanisme critiquable et dépassé, mais engendrent toujours la mort de la ville.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

L’urbanisme capitaliste et pro­duc­ti­viste à l’origine du modèle urbain actuel

En dépit de contextes géographiques différents, l’urbanisation fulgurante et anarchique a créé partout dans le monde de vastes « mégalopoles déraisonnables » et « surpeuplées » (p.12) de plusieurs millions d’habitants. Extrêmement polluantes et énergivores, les villes sont responsables de dommages environnementaux irréversibles. Ce modèle de la ville actuelle est le fruit d’un urbanisme qui répond, en tant que doctrine et pratique, aux besoins en aménagement de la société capitaliste : il s’agit de loger la main-d’œuvre à proximité des lieux de production, organiser les déplacements des travailleurs comme leurs divertissements.

L’urbanisme est le produit du « capitalisme productiviste », il correspond au « moment occidental de l’urbanisation planétaire » (p. 177). À partir des années 1960, des politiques publiques planificatrices volontaristes segmentent la ville selon une logique fonctionnaliste en zones d’habitation, de travail et de loisirs.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Les grands ensembles et les gated community : remises en cause de l’art d’habiter

Le philosophe analyse tout d’abord des dispositifs architecturalo-urbanistiques qui défont la ville et remettent en cause « l’art d’habiter ».

Premièrement, l’archétype du grand-ensemble est envisagé comme un « tombeau » crée par les architectes, dans lesquels les habitants sont enfermés à la fois psychologiquement et physiquement. Cet urbanisme de dalle répond à l’impératif des années 1960 de construire vite et pas cher : il conduit à une « uniformité », une « architecture sans qualité ». La « proximité » induite par les aménagements constitue des obligations de cohabiter sans pour autant offrir les conditions du vivre-ensemble. En dépit des intentions affichées par ses instigateurs, les grands ensembles sont « le signe d’un échec du modernisme ».

Réfléchissant en termes de besoins en équipements urbains, au moyen d’un ratio par nombre d’habitants, sans tenir compte des contextes de temps et de lieu, les décideurs-concepteurs ont oublié les aspirations des citadins au silence, à la beauté, à la halte, à la familiarité ou encore à la dignité. Ils n’ont pas construit des lieux de vie, mais conçu des « unités d’habitation » imposant un mode de vie « normé et normalisateur » (pp. 32-33). Les individus ne pouvant s’intégrer à leur « milieu », ils sont dépossédés de la possibilité d’habiter ; les liens sociaux se délitent. L’urbanisme fonctionnel réduit la ville à la planification des aménagements, constructions et équipements urbains alors que la ville est complexe, cadencée, synonyme d’expériences multiples et sensorielles.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Les gratte-ciels, centres commerciaux et grands-projets : remises en cause du vivre ensemble

Thierry Paquot analyse également des objets architecturalo-urbanistiques qui, reposant sur des pratiques dépassées et polluantes, remettent en cause le vivre-ensemble en ville. C’est le cas du gratte-ciel, une tour de bureaux érigée en symbole du capitalisme. Leur construction, réalisée grâce aux partenariats publics-privés, est en voie de ralentissement dans la plupart des pays, mis à part dans ceux du Golfe, en Russie et en Asie.

Construction verticale déconnectée de la nature, énergivore, dépourvue d’« expériences sensorielles » (p. 106) et peu chaleureuse, elle ne se fond pas dans la conception de la ville horizontale. Vestige d’une époque révolue, ce modèle est inéluctablement condamné par l’ère numérique qui transforme les modes de travail, par les enjeux écologiques et les préoccupations des habitants. Leurs futurs démolition ou recyclage demeurent néanmoins des problèmes majeurs.

Le modèle du centre commercial se construit aussi contre les villes. À l’origine, le shopping mall privé est censé reconstituer un « petit centre-ville », lieu public favorisant les « échanges ». Or, il s’est avéré que les centres commerciaux, situés en général en périphérie, détruisaient les commerces de proximité ou les expulsaient des centres-villes qui se désertifiaient, seules résistant quelques enseignes. Avec leurs fermetures, les « perceptions sensorielles » et les « liens émotionnels » (p. 76) disparaissent. Selon l’auteur, les centres commerciaux offrent de tristes destinées aux citadins : emblème d’un monde urbain artificiel, dont la consommation est la clé de voûte, ces lieux sont dépourvus de « rencontres imprévues, de mixité sociale et culturelle, de surprise, de gratuité » (p. 82). Les comportements sociaux s’uniformisent.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Les désastres urbains artificiels

L’enquête détaillée et argumentée de Thierry Paquot démontre que ces logiques « se retournent contre leurs intentions premières et deviennent contre-productives ». Elles induisent trois phénomènes : la transformation de l’individu en « dividu », concept emprunté au philosophe Günther Anders, qui réduit l’homme à de simples fonctions et nie son individualité ; la place centrale de la consommation dans la vie sociale ; et l’aliénation « spatio-temporelle » de la ville et de ses habitants.

L’auteur définit cette dernière comme le contrôle des territoires au moyen de l’affectation d’une fonction à un territoire (le logement, le commerce, le loisir et le travail), couplé à la définition des emplois du temps des habitants à travers l’organisation du travail et la « valorisation de la vitesse comme mesure du progrès et de l’excellence ». Après l’aliénation par le travail, par la consommation, par les technologies et « l’aliénation du corps de chacun confisqué par l’homme augmenté », l’auteur souligne le développement fulgurant de l’aliénation spatio-temporelle.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

La ville de la « juste mesure »

Au vu du bilan critique dressé par l’auteur, de nouveaux modèles d’urbanisation sont nécessaires, adaptés aux configurations urbaines et aux différents contextes locaux. La ville idéale n’existe pas néanmoins il est possible de créer des « territoires composites, accessibles gratuitement à une population variée, où chacun peut évoluer à son rythme, selon ses attentes ». La ville doit devenir « économe et stimulante », prendre en compte des considérations multiples, aussi bien environnementales que philosophiques.

En ce sens, Thierry Paquot élabore « une éthique de l’environnement urbain » et propose une autre manière de penser et d’habiter la ville, à travers une vision spatio-temporelle. Le philosophe plaide ainsi pour une « ville de la juste mesure » (p. 120), une agglomération de taille raisonnable envisagée comme « la combinaison de l’urbanité, de l’altérité et de la diversité » (p. 27) où saurait s’épanouir « l’être relationnel, situationnel et sensoriel » (p. 144).

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

Conclusion

À travers une « géohistoire critique environnementale », Thierry Paquot réécrit « l’histoire dominante » en critiquant la fabrique de la ville actuelle et en intégrant les risques urbains contemporains. À partir de la description critique de cinq dispositifs architecturalo-urbanistiques emblématiques de l’urbanisme productiviste (les grands ensembles, les centres commerciaux, les gratte-ciel, les gated community et les grands projets), il livre une étude du modèle d’urbanisation occidental.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

08

Zone critique

Thierry Paquot signe un essai significatif et original dans le domaine foisonnant de l’urbain. Selon une approche qui relève de la géographie du risque, l’auteur envisage la ville comme un espace vulnérable, propice aux désastres. En ce sens, il livre une analyse « géohistorique environnementale » critique permettant de saisir les interactions complexes des citadins entre eux et avec les dispositifs architecturalo-urbanistiques de la ville, les relations qui s’établissent dans cet ensemble.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Désastres urbains. Les villes meurent aussi, Paris, La Découverte, février 2015.

Du même auteur

– Lieux publics, La Découverte, 2009 – Chris YOUNÈS, Espace et lieu dans la pensée occidentale, La Découverte, 2012 – Un philosophe en ville, Infolio, 2011 – La folie des hauteurs. Critique du gratte – ciel, Bourin, 2008 – Repenser l’urbanisme, Infolio, 2013 – Ghettos de riches, Perrin, 2009

Autres pistes

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !