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Couverture de 'Des managers des vrais'

Des managers des vrais

Henry Mintzberg

Au-delà du mythe des MBA

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Description

Dans un monde confronté à une crise perçue du leadership et à une complexité croissante, interroger les fondements de la formation de nos élites dirigeantes n'est pas un simple exercice académique, mais une nécessité stratégique. C'est dans ce contexte que s'inscrit l'ouvrage d'Henry Mintzberg, Des managers des vrais ! Pas des MBA, une œuvre qui dissèque avec une rigueur implacable les failles d'un système éducatif qu'il juge non seulement défaillant mais dangereux.

Figure iconoclaste de la théorie des organisations, Mintzberg livre ici une intervention critique essentielle. Son livre n'est pas une simple critique de programmes académiques ; il s'agit d'une analyse profonde des causes de la dérive d'un certain capitalisme, où la gestion est devenue synonyme de calcul froid et de stratégies grandioses, au détriment du tissu social et de la performance durable des entreprises.

Au cœur de l'ouvrage réside une question fondamentale : la professionnalisation du management peut-elle s'opérer par une éducation formelle, déconnectée de la pratique sur le terrain ? Mintzberg y répond par une négation sans équivoque. Il déconstruit le modèle MBA en démontrant qu'il dénature l'essence même du management — un artisanat qui combine l'art de la vision, le métier forgé par l'expérience et la science de l'analyse.

En hypertrophiant la dimension analytique, les business schools réduisent la gestion à une science calculatoire, formant des spécialistes de la finance ou du marketing, mais certainement pas des managers. L'enjeu principal du livre est un appel vibrant à restaurer un management qualifié d'« engagé », ancré dans la collaboration, la culture organisationnelle et la communauté humaine, en opposition radicale au management « héroïque » et financier qui, selon l'auteur, est à l'origine de nombreuses crises contemporaines.

La critique de Mintzberg commence à la racine même du problème : la sélection des candidats destinés à intégrer ces programmes prestigieux.

Sommaire

01

L'imposture de la formation hors-sol

Ce premier pilier de l'argumentaire de Mintzberg s'attaque au péché originel des programmes MBA : leur processus de sélection. Selon lui, en admettant des candidats brillants sur le plan académique mais dépourvus d'expérience managériale concrète, ces formations sélectionnent foncièrement les mauvaises personnes.

Mintzberg établit une distinction cruciale entre l'éducation aux fonctions de l'entreprise (finance, marketing, comptabilité) et l'éducation au management. Si les premières peuvent s'apprendre de manière théorique, la seconde est indissociable de la pratique.

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02

La dérive de l'analyse cal­cu­la­toire

Le cœur de la critique de Mintzberg porte sur le contenu des cursus MBA, qu'il accuse de façonner une vision tronquée et périlleuse du management. Loin d'offrir une approche intégrée, ces programmes sont structurés en silos fonctionnels (marketing, finance, stratégie) qui découpent la réalité complexe de l'entreprise en problèmes techniques et isolés.

Cette fragmentation est dominée par une obsession pour les disciplines analytiques et quantitatives. La « gestion par les chiffres », où la performance est réduite à des indicateurs financiers et la stratégie à des analyses de marché, devient le dogme. Cette approche institutionnalise une déconnexion fatale entre le dirigeant et les réalités opérationnelles.

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03

La figure du manager "héroïque" vs "engagé"

Mintzberg ne se limite pas à une critique pédagogique ; il livre une véritable analyse sociologique des conséquences humaines et organisationnelles du modèle MBA. Selon lui, ce système ne forme pas seulement des esprits, il produit des archétypes de dirigeants dont l'action peut s'avérer destructrice pour le tissu social des entreprises.

Le manager "héroïque" est le produit typique du MBA. Souvent recruté à l'extérieur, il se voit comme un sauveur omniscient, un mercenaire dont la mission est d'appliquer des stratégies grandioses et des formules toutes faites. Privilégiant les gains financiers à court terme, il n'hésite pas à mener des restructurations rapides et des acquisitions spectaculaires, sans réelle compréhension de la culture ou de l'histoire de l'entreprise. Son leadership est distant, fondé sur l'autorité hiérarchique et l'analyse, et non sur la collaboration et l'engagement.

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04

Pour une refonte de l'ap­pren­tis­sage par la réflexivité

Loin d'être un simple pamphlet, l'ouvrage de Mintzberg est aussi une œuvre constructive. Il y détaille son alternative pédagogique, incarnée par des programmes comme l'International Masters Program for Managers (IMPM), qu'il a co-fondé.

Cette approche, destinée à de vrais managers en exercice, part du principe que si l'on ne peut créer un manager en classe, on peut en revanche l'aider à perfectionner sa pratique. Comme l'écrivait T.S. Eliot : « Nous avions l'expérience, mais nous en avons manqué le sens ». L'objectif est précisément de donner du sens à l'expérience vécue.

Cette pédagogie repose sur une remise en cause radicale de l'environnement d'apprentissage traditionnel. La rupture est symbolisée par une anecdote fondatrice : lorsque Nancy Badore, une conceptrice de programmes pour Ford, a demandé comment seraient assis les participants, et qu'on lui a répondu « en U », sa réplique fut cinglante : « Pas ces étriers obstétricaux ! ». L'IMPM a donc adopté des tables rondes, un dispositif qui favorise l'échange entre pairs plutôt que le dialogue vertical avec le professeur. C'est le socle sur lequel se déploient des mécanismes d'apprentissage collaboratif concrets :

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05

Conclusion

Des managers des vrais ! Pas des MBA est bien plus qu'une critique de l'enseignement ; c'est une dénonciation en règle de ce que Henry Mintzberg perçoit comme une véritable industrie qui déforme la pratique managériale. Il décrit un système qui sélectionne les mauvais candidats, leur inculque des méthodes réductrices, et produit une élite de dirigeants arrogants dont le style de gestion « héroïque » et calculateur met en péril la santé sociale et économique des entreprises. En conclusion, l'ouvrage est un plaidoyer puissant pour rééquilibrer les trois piliers fondamentaux du management. Mintzberg nous rappelle que la gestion est un équilibre subtil entre :

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06

Critique

Une recension complète ne saurait se limiter à la description d'une œuvre, aussi percutante soit-elle. Il convient de la soumettre à une évaluation critique et de la mettre en perspective. L'analyse de Mintzberg, bien que salutaire et largement justifiée à l'époque de la publication, mérite aujourd'hui d'être nuancée.

La posture de l'auteur, volontairement polémique, ne sous-estime-t-elle pas certaines évolutions récentes ? De nombreuses business schools, en partie en réponse à des critiques comme la sienne, ont commencé à intégrer davantage de cours sur l'éthique, les soft skills (compétences relationnelles) et la responsabilité sociale des entreprises. Les projets sur le terrain et l'apprentissage par l'action gagnent également en popularité.

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