
Dénoncer les Juifs sous l’Occupation
L'antisémitisme pendant la Seconde Guerre mondiale
Description
Cet ouvrage est la première étude statistique fondée sur le dépouillement systématique d’archives consacrée à la dénonciation des Juifs sous l’Occupation en France.
Une somme qui vient bousculer un certain nombre d’idées reçues, et qui, preuves à l’appui, démontre que les dénonciations ont été exceptionnelles.
Sommaire
01Introduction
Le thème de la dénonciation des Juifs est omniprésent dans l’évocation de la France de l’Occupation. Pourtant, aucune étude chiffrée, menée selon une méthode historique stricte et alimentée par l’étude détaillée des archives n’avait jamais été publiée en France. Une lacune que l’ouvrage de Laurent Joly comble enfin.
L’ouvrage mêle l’approche institutionnelle et l’étude de cas individuels ou familiaux en examinant tour à tour le rôle de la dénonciation dans la pratique du Commissariat général aux Questions juives, de la Gestapo, de la Préfecture de police de Paris et du journal Au Pilori, de l’aveu général le plus abject de tous les titres de la presse collaborationniste.

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02Les limites du sujet
Laurent Joly revient longuement sur le cadre dans lequel il a mené ses recherches. Tout d’abord, l’ouvrage ne concerne que les Juifs de Paris et de la région parisienne. Le sous-titre du livre, « Paris, 1940-1944 », l’indique d’ailleurs clairement. C’est une limite à la fois sérieuse, vu l’importance des communautés juives françaises de province, et en même temps modérément significative. En effet, la région parisienne, en ce début des années 1940, concentre bien la plus grande partie (la majorité ?) des Juifs vivant en France, qu’ils soient de nationalité française ou de nationalité étrangère.
Ensuite, l’auteur, en traitant ce sujet, fait œuvre de pionnier, de défricheur. En effet, pendant longtemps, l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale s’est avant tout préoccupée des victimes et des bourreaux, laissant dans l’ombre les délateurs.

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03Les institutions
Les institutions auxquelles s’adressent ceux qui dénoncent les Juifs, que ce soit aux autorités françaises du régime de Vichy ou à l’occupant nazi, sont à la fois diverses et peu nombreuses.
En premier lieu intervient le Commissariat général aux Questions juives. Dirigée successivement par deux antisémites notoires, Xavier Vallat et Louis Darquier de Pellepoix, cette institution typique de l’État français du maréchal Pétain avait la haute main sur toutes les questions touchant aux Juifs de France sous l’Occupation. Son but premier était de permettre la mise en place des deux statuts des Juifs promulgués en France pendant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que de veiller à leur bonne application. Son siège se trouvait à Paris, place des Petits-Pères.
Cette institution sera considérée pendant l’Occupation comme le destinataire « naturel » des dénonciations de Juifs, notamment pour non-respect de la législation antisémite tatillonne de Vichy : port de l’étoile jaune, exclusion de certaines professions, interdiction de fréquenter certains lieux en particulier. C’était, en quelque sorte, un véritable ministère de l’antisémitisme.

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04Les délateurs
Le profil des délateurs de Juifs sous l’Occupation est extrêmement diversifié. On y trouve ainsi des voisins, des collègues, des confrères, des concierges enfin. Pour cette dernière profession, la mieux représentée dans l’échantillon de délateurs étudié par Laurent Joly, le comportement est, comme souvent, ambivalent. Ainsi, si certains et certaines concierges ont caché et protégé des Juifs, avec tous les périls que cela représentait à l’époque, d’autres ont livré, avec ou sans états d’âme, des résidents Juifs de leur immeuble, clandestins ou officiels, au bras séculier français ou allemand.

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05Un exemple de dénonciation
Quant au modus operandi, il est toujours le même : la lettre accusatrice, souvent anonyme, même si la plupart des institutions, y compris les organes de presse comme Au Pilori, prennent soin de préciser qu’elles ne prennent pas en compte les dénonciations anonymes. Dans les faits, les organes d’État diligentent des enquêtes sur la base de dénonciations anonymes par lettre, sans aucune hésitation à partir du moment où les faits sont suffisamment précis, à défaut d’être suffisamment graves, et les renseignements fournis suffisants pour identifier et localiser le ou les Juifs faisant l’objet de la dénonciation.
Parmi les nombreux exemples de délation cités et documentés par Laurent Joly, celui de Maurice Lecourtois, ouvrier-ajusteur, est particulièrement significatif. Marié à une femme gravement malade, il a depuis 1938 un lourd contentieux avec ses voisins, des Juifs de Roumanie auxquels il reproche de faire trop de bruit. La grande rafle des Juifs roumains de septembre 1942 ne le « libère » cependant pas complètement : dans la famille de ses voisins, arrêtés et déportés pour la plupart, demeurent la grand-mère, la fille âgée de dix-neuf ans ainsi qu’un bébé. Maurice Lecourtois écrit donc aux autorités allemandes d’occupation, en l’occurrence au général von Stülpnagel à l’hôtel Majestic à Paris, siège du commandement militaire supérieur allemand, afin que le reste de la famille soit également « pris en charge » par les autorités d’occupation.

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06Les victimes
Laurent Joly identifie un certain nombre de victimes de dénonciations de Juifs sous l’Occupation, dont il retrace brièvement l’histoire et le parcours.
Ce parcours se termine le plus souvent dans un camp d’extermination nazi : rares en effet sont les rescapés de la solution finale, rares également ceux qui ont pu fuir et se cacher après avoir fait l’objet d’une dénonciation. Pour ces derniers, la traque est un long calvaire, et une dénonciation qui n’aboutit pas peut être suivie d’une ou de plusieurs dénonciations qui, elles, débouchent sur leur arrestation et leur déportation.
Ainsi Cypa Holman, mère d’un enfant en bas âge, est-elle victime d’un aigrefin qui veut lui vendre de manière forcée des tirages de clichés photographiques et cadres de photos facturés à des prix exorbitants. Elle ne reviendra pas de déportation. Sort qui fut également celui de Bella Ariel, mannequin chez Lanvin, qui vivait dans le Paris de l’Occupation presque comme si elle ne pouvait pas être inquiétée du fait de son appartenance au peuple juif.

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07Le sort des délateurs à la Libération
On peut se demander ce que sont devenus les délateurs à la Libération. C’est un aspect essentiel de la question, et que Laurent Joly ne laisse pas dans l’ombre.
Avant toute chose, il faut rappeler qu’à la Libération avoir dénoncé un résistant était considéré comme un délit infiniment plus grave que le fait d’avoir dénoncé un Juif. Par ailleurs, devant le faible nombre de rescapés des camps d’extermination nazis qui pouvaient vouloir obtenir réparation, les plaintes des victimes pour dénonciation après la guerre étaient par définition d’un nombre extrêmement peu élevé.

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08Conclusion
De 1941 à 1944, place des Petits-Pères à Paris, au siège du Commissariat général aux Questions juives, environ 3 000 dénonciations écrites sont parvenues, parmi lesquelles 70 % de lettres anonymes. Même si les dénonciations auprès de cette institution ne sont pas les seules pendant cette période, puisqu’il y eut également des délations adressées à la police française et à la Gestapo, on est donc extrêmement loin des 3 à 5 millions de lettres, célèbre estimation due au journaliste André Halimi en 1983 dans La Délation sous l’Occupation.

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09Zone critique
Le principal reproche que l’on peut adresser à ce titre tient à son caractère quelque peu décousu. En effet, en juxtaposant plusieurs « histoires », individuelles ou familiales, et plusieurs thématiques, comme une analyse des appels à la dénonciation de Juifs du journal collaborationniste Au Pilori, Laurent Joly livre un ouvrage qui, inévitablement, fait un peu figure de patchwork.

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Laurent Joly, Dénoncer les Juifs sous l’Occupation, Paris, CNRS Éditions, 2017.
Du même auteur – La France antijuive de 1936, Sainte-Marguerite-sur-Mer, Éditions des Équateurs, 2006. – L’antisémitisme de bureau, Paris, Grasset, 2011.

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