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Couverture de 'Democratie antique et democratie moderne'

Démocratie antique et démocratie moderne

Moses Finley

Relancer la réflexion sur la démocratie

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Description

L’historien a-t-il quelque chose à apporter aux débats politiques de son temps ? Avec ce livre, Moses Finley répond par l’affirmative et, plaçant face à face démocratie moderne et démocratie antique, s’engage dans une polémique avec certains représentants de la science politique anglo-saxonne.

Face à ce qu’il considère comme des impasses de la théorie politique, il montre qu’une telle comparaison permet de relancer salutairement la réflexion sur la démocratie.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Démocratie antique et démocratie moderne est un livre qui, de façon condensée, rassemble différentes préoccupations qui se déploient partout ailleurs dans l’œuvre de Moses Finley. La première concerne la nature même de l’histoire.

Pour Finley, faire de l’histoire ne se limite pas uniquement à proposer une reconstitution des faits : le problème est également « conceptuel », dans la mesure où l’historien doit offrir une interprétation rigoureuse des faits qu’il étudie. C’est ainsi que Démocratie antique et démocratie moderne se conforme à l’idée que Finley exprimait ainsi : « L’histoire ne peut pas être ‘‘fixée’’ [...], parce que ses données et leurs combinaisons sont infinies et ne peuvent se répéter. [...] Les matériaux bruts, c’est ce que l’historien professionnel peut fixer (dans les limites de la probabilité) ; et ensuite, réfléchissant tout haut à leur propos, l’historien et le lecteur s’engagent dans un discours, une enquête. Enquête, c’est précisément le premier sens du mot histoire ».

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02

La démocratie entre théorie et histoire

Moses Finley débute par un constat simple : plusieurs spécialistes des sciences politiques de son temps font valoir à propos de la démocratie des arguments que produisirent avant eux Platon et Aristote. Or, ces deux philosophes désapprouvaient la démocratie en son principe, alors que ces spécialistes modernes se revendiquent comme démocrates.

En suivant Finley, on peut résumer ainsi leurs idées : la force de la démocratie en tant que régime politique est la formation d’une élite politique (les hommes politiques professionnels) engagée dans une lutte compétitive pour obtenir les votes d’un électorat essentiellement passif ; de ce fait, la passivité et l’inaction (l’apathie) généralement constatées de cet électorat sont une vertu, parce qu’elles écartent salutairement de l’espace politique ceux qui sont « portés à l’autoritarisme » – c’est-à-dire « les mécontents, les déracinés, ceux qui ont connu l’échec ou qui se trouvent privés de contacts sociaux, sans sécurité économique, les gens peu instruits, peu évolués » (Lipset, p. 194). Exclure de la prise de décision politique les gens sans éducation était déjà ce à quoi appelait Platon ; et Aristote imaginait que la meilleure démocratie existerait dans une société dont l’ensemble des membres ne se rassemblerait pas trop souvent, et n’en ressentirait pas le besoin.

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03

Méthode et enjeux de la comparaison historique

C’est cette volonté de confronter une affirmation reposant sur une justification d’ordre historique à un minutieux examen la contredisant qui anime l’ouvrage de Finley. Cette démarche, qui sollicite la comparaison entre les sociétés démocratiques occidentales modernes et la cité d’Athènes au Ve siècle av. J.-C., nécessite pourtant d’observer toute une série de précautions et de bien identifier la valeur des conclusions qu’elle fournit.

Il faut d’abord écarter les objections que l’on formule généralement à l’égard de ce type d’entreprise. C’est, en premier lieu, la complexité plus grande de l’activité gouvernementale moderne : si un tel niveau de complexité était inconnu de l’Athènes de l’Antiquité, Finley rétorque qu’il s’agit là de problèmes techniques, et non politiques, susceptibles d’être résolus par des experts (toute la gamme des ingénieurs) ou des machines, sans engendrer de différence décisive, sur le plan strictement politique, entre démocraties modernes et démocratie athénienne. Deuxième argument : le peuple athénien (le démos) était une élite minoritaire dont une très importante population d’esclaves était exclue. Il n’en demeure pas moins que ce démos présentait une complexité sociale telle (de l’aristocratie cultivée aux paysans, boutiquiers et artisans) qu’il constituait une communauté politique qui, pour le dire comme Finley, « sauvegarde en partie, peut-on dire, le rapport de la démocratie antique avec l’expérience moderne » (p. 64).

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04

Au miroir d’Athènes : l’expérience grecque de la démocratie

Pour comprendre cette affirmation de M. Finley, il faut revenir sur le fonctionnement de la démocratie athénienne au Ve siècle av. J.-C. Le territoire d’Athènes représentait quelques 2650 km carrés (en gros l’équivalent du département outre-mer français de la Réunion) dont la communauté politique, le démos (c’est-à-dire les citoyens athéniens, tous mâles et adultes) ne dépassa jamais 45 000 individus.

C’était un monde de l’oralité, où l’information circulait par la voie officielle du héraut, par les débats dans les assemblées et les commissions, les bavardages : les dirigeants politiques étaient obligés d’entretenir des relations directes avec leurs mandants, et étaient donc mieux contrôlés. Surtout, la démocratie athénienne était directe, et non représentative comme les démocraties modernes. D’une part, chaque citoyen pouvait participer à l’assemblée souveraine qui prenait en dernier ressort les décisions politiques les plus importantes : législation, guerre et paix, travaux publics et finances.

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05

Croire en la démocratie

L’apathie politique d’une grande partie de la communauté politique n’est donc pas inévitable ; comme s’attache à le montrer M. Finley, elle n’est pas non plus vertueuse. Les théoriciens élitistes la jugent désirable parce qu’elle exclut ceux qui sont portés à l’extrémisme. Il y a là, selon l’auteur, un autre jugement historique erroné : il montre ainsi que, dans l’Athènes du Ve siècle, les coups d’État menés afin de mettre fin à la démocratie et pour lui substituer un régime autoritaire furent le fait d’aristocrates, c’est-à-dire d’individus parmi les plus instruits et cultivés du démos.

Dès lors, il faut bien considérer que l’extrémisme, ce manque de modération qui s’affranchit du cadre démocratique, n’est le monopole d’aucune composante sociale particulière de la communauté politique. Et Finley de conclure : « tout groupe peut abandonner les méthodes démocratiques parce qu’il croit impossible pour lui d’atteindre ses objectifs démocratiquement » (p. 131).

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06

Conclusion

Démocratie antique et démocratie moderne est un ouvrage un peu à part dans l’œuvre de Finley. Rejetant les justifications apportées par certains spécialistes au fonctionnement des démocraties modernes, comme la séparation entre dirigeants et dirigés et, partant, la passivité de la plus grande partie de la communauté politique, il s’emploie à démontrer qu’elles reposent sur un recours fallacieux à l’histoire.

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07

Zone critique

Bien que reconnaissait l’influence décisive que la pensée de Marx avait exercée sur lui durant sa formation, Finley écarte de son analyse toute référence aux recherches conduites dans le cadre d’une analyse marxiste de la démocratie athénienne : c’est ainsi qu’il refuse l’emploi du terme de « classe sociale » pour étudier les rapports sociaux au sein du démos.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Moses Finley, Démocratie antique et démocratie moderne, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1976 [1973]

Du même auteur

– Le monde d’Ulysse, Paris, Le Seuil, 1969 [1954]. – L’Économie antique, Paris, Éditions de Minuit, 1975 [1973]. – Économie et société en Grèce ancienne, Paris, La Découverte, 1984 [1981].

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