
De L'humain augmenté au posthumain
Une approche bioéthique
Description
Le projet du transhumanisme est de dépasser les limites de l'humain pour accéder à l'individu posthumain, doté d'un organisme auquel les biotechnologies offrent de nouvelles facultés physiques et cognitives. De nouvelles perspectives, comme l'immortalité. Mais cette augmentation (human enhancement) n'est pas une rupture. Elle ne fait que prolonger un impératif à l’œuvre depuis les débuts de l'humanité : se perfectionner, se dépasser.
Pour certains philosophes, comme Kant et Aristote, cette aspiration à devenir meilleur est d'ailleurs un devoir moral. Malgré certaines inquiétudes, c'est-à-dire sous certaines conditions, le transhumanisme se présente donc comme un humanisme.
Sommaire
01Introduction
Si l'auteur ne donne pas de définition du transhumanisme, il renvoie à Max More (fondateur de l'Extropy Institute), pour qui l'être posthumain « ne serait plus affligé des limitations propres à l'espèce humaine ». C'est une présentation a minima, qui peut s'expliquer pour des raisons de méthode : l'auteur ne vise pas à « passer en revue les différents progrès actuels et futurs […] pour en évaluer individuellement la faisabilité ou la désirabilité » (p. 8)
Mais cette définition se précise par un emprunt à Nick Bostrom, le fondateur de Humanity + : « Le transhumanisme met au défi la prémisse suivante : la nature humaine est et devrait rester essentiellement inaltérable, et s'il le peut, c'est justement grâce aux technologies convergentes ».

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02Un projet typiquement libéral
Le transhumanisme relève par ailleurs d'un projet étroitement lié au libéralisme. Le droit fondamental de l'individu à l'autonomie fournit en effet le fondement éthique qui justifie l'exploitation personnelle des NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives). Bernard Baertschi considère « comme un arrière plan donné et qui ne demande pas à être justifié, que nous vivons dans une démocratie libérale et pluraliste, qui reconnaît à chaque individu […] le droit de mener la vie de son choix, dans la mesure où il ne cause de tort à personne » (p. 10). Le lien avec le transhumanisme est logique et revendiqué comme tel. « Lorsqu'il est question d'amélioration, celle-ci fait nécessairement référence à la vie bonne que nous désirons mener et à l'idéal de la personne que nous voulons être ».
On rejoint ici les conceptions philosophiques développées par l'auteur. Celui-ci rejette une conception de la nature humaine « qui enferme l'être humain dans des bornes prédéterminées ».

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03Les moyens en question
Quant aux moyens, ils ne se valent pas. Le transhumanisme souffre d'ailleurs de deux critiques majeures, qui s'articulent autour des oppositions naturel/artificiel et interne/externe.
À supposer que le caractère naturel d'un dispositif ou d'un produit soit clairement défini, le caractère artificiel d'un produit n'est pas, cependant, un critère de jugement moral. L'auteur y voit en creux deux reproches portés aux moyens de l'augmentation : la dangerosité des procédés, et leur caractère inapproprié.
Le premier n'est pas fondé : comme l'indique l'hormone de croissance, certains produits naturels sont plus dangereux que leurs homologues de synthèse. Le second renvoie aux biotechnologies elles-mêmes, qui brouillent un peu plus la frontière entre naturel et artificiel. Et conduisent en définitive, à un jugement normatif, sur lequel l'auteur s'attarde, car cette frontière-là traverse l'individu posthumain.
Il n'y a pas de différence ontologique entre le naturel et l'artificiel, avance l'auteur en renvoyant aux fondements de la science moderne, pour laquelle le changement qui affecte un corps, qu'il soit de son fait ou du nôtre, ne dépend que des propriétés de ce corps. Ainsi, le caractère bon ou mauvais de quelque chose ne dépend pas de sa genèse. Ce qui importe, d'un point de vue moral, c'est la responsabilité de ce que nous entreprenons, responsabilité qui va croissant avec le développement des biotechnologies, et nous interdit de fermer les yeux. En d'autres termes, « augmenter l'être humain peut être bon ou mauvais, mais ce ne sera jamais parce qu'on utilise des moyens qui sont naturels ou artificiels » (p. 51).

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04Les principes du bon transhumaniste
Pour apprécier la relation complexe entre le choix des moyens et le résultat visé, l'auteur formule donc plusieurs principes d'évaluation éthiques.
Principe 1 : Un moyen d'amélioration est moralement approprié s'il ne contredit pas la nature du bien visé. Illustration : si tout est bon pour améliorer ma mémoire, une victoire obtenue par dopage ne compte pas comme une victoire.
Principe 2 : Un moyen d'amélioration est moralement approprié s'il ne contredit pas l'adéquation du bien réalisé. Illustration : une pilule qui rend l'humeur joyeuse induit un comportement déplacé lors du décès d'un proche.

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05Moi, est-ce bien moi ?
Cette réflexion est liée à des considérations anthropologiques : est-on enfin soi même quand on a pris du Prozac, ou est-on devenu un autre ? Plus généralement, comment apprécier l'authenticité, cette attitude qui consiste à vivre en accord avec son « moi profond », et sa conception de la vie bonne, à la lumière des améliorations biotechnologiques ?
L'auteur rejette la conception des « bioconservateurs » pour lesquels le « moi » de chacun est l'expression d'une essence humaine, et donc un donné. Il dénonce même la pertinence de la notion, au profit de désirs ou d'aspirations, davantage révélateurs de la personne…
Et davantage compatibles avec les concepts du libéralisme politique, où l'autonomie est antérieure à toute idée d'authenticité. Autrement dit : « L'autonomie est au cœur de l'authenticité telle que le libéralisme la conçoit » (p. 74). Ce qui détermine la conception de l'individu et de son humanité.

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06Conclusion
Sous ces réserves, le transhumanisme permet de satisfaire des aspirations qui habitent parfois l'homme depuis la nuit des temps. Hier, offrir les meilleures chances à ses enfants passait par l'éducation, aujourd'hui, sélectionner des embryons y concourt tout autant. Les technologies vont permettre de s'affranchir des limitations de l'organisme, et la diffusion des améliorations profitera, à l'image des vaccinations, à la société dans son ensemble ; elle permettra aussi de corriger les inégalités.

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07Zone critique
Bien qu'il s'agisse de modifier le génome, donc l'espèce humaine, l'auteur s'élève contre le principe de précaution « qui ne tient aucun compte des bénéfices escomptés » (p. 169).
Ce livre n'aurait pas été écrit par un philosophe, on aurait la nette impression d'avoir affaire à une opération de communication, par certains points comparable ayant vanté les fameux OGM, dont on sait à quelle « liberté individuelle » de l'agriculteur ils renvoient, et à quels dommages ils conduisent. Le message implicite est d'ailleurs le même : laissez faire les labos, ils travaillent pour le bien de l'humanité.
Sous son étiquette « bioéthique », cet ouvrage banalise le projet transhumaniste, dans un double mouvement. Il le rattache à ce qui serait une évidence biologique (il faut s'améliorer car c'est le principe de l'évolution), une tradition, voire un devoir moral. C'est la partie visible de l'argumentation, avec des interrogations qui mobilisent Kant et Condorcet. Mais l'auteur présente une version light du transhumaniste.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – De L'humain augmenté au posthumain, une approche bioéthique, Paris, Vrin, 2019.
Du même auteur : – La Neuroéthique, Paris, La Découverte, 2009. – En-quête sur la dignité. L'Anthropologie philosophique et l'éthique des biotechnologies, Genève, Labor & Fides, 2005.

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