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Couverture de 'De la division du travail social'

De la division du travail social

Émile Durkheim

Les bases de la sociologie

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Description

Comment évaluer la solidarité sociale de manière objective ?

Quelles sont les différentes formes de solidarité qui président au bon fonctionnement des sociétés du monde ?

Quelles sont les causes et les conditions pour qu’une société passe d’un type de solidarité à un autre ?

Comment assurer la cohésion sociale d’une société dont les membres ont un sens de plus en plus aigu de leur individualité ?

Telles sont les questions qu’Émile Durkheim s’est posé dans son premier ouvrage, qui n’en laisse aucune sans réponse !

Sommaire

01

In­tro­duc­tion : une thèse pour répondre aux grandes questions de l’époque

Publiée en 1893, De la division du travail social est la thèse de doctorat de Durkheim. Le questionnement qu’il y a développé est directement inspiré de l’actualité économique et politique de son époque.

D’une part, la généralisation de la division du travail qui a accompagné l’avènement de la société industrielle a donné lieu à un débat entre ceux qui y voyaient une source d’enrichissement susceptible d’améliorer la qualité de vie de tous, et ceux qui y voyaient une atteinte à la dignité humaine et à la civilisation. Ainsi, tandis qu’Adam Smith vantait les mérites de la division du travail en vigueur dans une manufacture d’épingles, Jean-Baptiste Say répondait : « C’est un triste témoignage à se rendre que de n’avoir jamais fait que la dix-huitième partie d’une épingle ». Durkheim se proposait d’éclairer ce débat grâce à une étude méthodique de la division du travail, permettant de mieux en saisir les ressorts et les enjeux.

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02

Méthode pour étudier la solidarité sociale de manière objective

Bien qu’Émile Durkheim n’ait pas encore publié Les règles de la méthode sociologique (1895) au moment de sa recherche de thèse, force est de constater qu’il s’y pliait déjà avec rigueur. Ainsi, écartant les idées reçues de l’opinion commune, il invitait à voir la division du travail non pas comme un phénomène essentiellement économique, mais comme une condition de la vie sociale ayant pour effet de créer la solidarité.

Pour illustrer cette idée, il prenait l’exemple de la division du travail sexuel : la comparaison entre différentes sociétés révèle en effet que plus les tâches assignées à chaque sexe sont différentes dans une société, plus l’institution du mariage y a sa place (d’abord parce qu’elle existe, mais aussi parce qu’elle y est réglementée et qu’elle renvoie à un usage général et durable). L’intensité de la solidarité conjugale serait donc proportionnelle au degré de dépendance entre les membres des deux sexes. Attention, Durkheim comprenait la notion de solidarité comme le résultat d’une dépendance mutuelle entre des acteurs, indépendamment de leur degré de satisfaction. Par exemple, dans un contexte où les femmes ont un accès limité aux études et au marché de l’emploi, elles ont tendance à demeurer auprès de leurs maris, dont elles dépendent financièrement et socialement, ce qui ne veut pas dire qu’elles soient heureuses en ménage !

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03

Sanctions répressives et sanctions res­ti­tu­tives

Pour déterminer le type de droit lié à la division du travail, Durkheim a procédé à sa propre classification, en cherchant un critère qui soit présent dans tout le droit, mais dont les variations permettent de distinguer différents types de droit. Ce critère, c’est la sanction. En effet, si toute règle juridique s’accompagne d’une sanction, « les sanctions changent suivant la gravité attribuée aux préceptes, la place qu’ils tiennent dans la conscience publique, le rôle qu’ils jouent dans la société » (p. 33).

La sanction est donc un bon indicateur de l’attachement des membres d’une société à telle ou telle règle. On retrouve là l’idée centrale dans l’œuvre de Durkheim que les sociologues ont tout intérêt à porter leur attention sur des phénomènes pathologiques (comme les transgressions, les suicides, les dysfonctionnements) pour comprendre la physiologie sociale (à savoir le fonctionnement normal de la société). En l’occurrence, examiner la manière dont la société sanctionne ce qu’elle définit comme une transgression permet de révéler les valeurs fondamentales autour desquelles elle gravite, ainsi que la manière dont elle fonctionne et dont elle régule les comportements de ses membres. Durkheim a observé qu’il existe deux sortes de sanctions :

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04

Solidarité mécanique et solidarité organique

En examinant les sanctions répressives, Durkheim a remarqué que ce qui est considéré comme un crime relève d’une extrême variabilité à travers le temps et l’espace. En outre, ce qui est considéré comme un crime n’est pas forcément nuisible à la société (comme la transgression d’interdits alimentaires par exemple), et les sanctions ne sont pas proportionnelles aux dégâts causés (par exemple, bien que des spéculations boursières puissent avoir des effets plus graves sur le corps social qu’un homicide isolé, il est plus gravement puni). Le fait est que les actes jugés criminels sont ceux qui offensent la conscience collective, c’est-à-dire l’ensemble des règles acceptées par tous dans une société. C’est pour cette raison que les affaires criminelles sont jugées par des jurys populaires, que le droit pénal évolue lentement, et que les crimes contre l’État (qui est le garant de la conscience collective d’une nation) sont sévèrement punis.

Ainsi, la peine est la vengeance de la société contre les actes qui la mettent en cause ; elle n’est pas proportionnelle à la nocivité de l’acte, mais au degré de cette remise en cause : « Il ne faut pas dire qu’un acte froisse la conscience commune parce qu’il est criminel, mais qu’il est criminel parce qu’il froisse la conscience commune » (p.48). Durkheim qualifiait de solidarité mécanique la solidarité qu’exprime le droit pénal, ou encore de solidarité par similitudes, car elle repose sur la conformité des membres d’une société à une conscience collective commune, ce qui les rend similaires. Ce type de solidarité domine dans les sociétés à faible division du travail, où le droit pénal occupe une place prépondérante sur le volume total du droit.

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05

Causes du passage d’un type de solidarité à l’autre

En bon penseur du XIXème siècle, Durkheim adhérait au modèle évolutionniste selon lequel toutes les sociétés passeraient par les mêmes étapes d’évolution. Ainsi, il considérait que les sociétés développaient d’abord une solidarité mécanique, avant d’évoluer vers une solidarité de type organique ; et il s’est employé à dévoiler les mécanismes de passage d’un état à un autre.

La division du travail apparaîtrait quand des groupes – jusqu’alors autonomes – se mettent à développer leurs échanges et à se rapprocher, au point de former une unité, qui s’étend à la fois sur leurs territoires respectifs et sur les espaces qui les séparaient avant qu’ils ne s’agglomèrent : pensons, par exemple, à la continuité qui s’est établie entre Paris et certaines villes, dont on ne sait plus si elles relèvent de la province ou de la banlieue.

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06

Conditions nécessaires à l’émergence de la division du travail social

Après avoir pointé les causes de la division du travail, Durkheim a indiqué quelques conditions additionnelles, nécessaires à son émergence. D’abord, pour que des individus en concurrence se divisent les tâches, il faut qu’ils partagent un sentiment d’appartenance commun (sinon ils fuiraient ou s’efforceraient d’être autosuffisants, ce qui entraînerait des conflits, les ressources d’un même territoire étant limitées). Ainsi, la division du travail social ne peut apparaître qu’au sein d’une société déjà constituée. Ceci est vrai même au niveau international : c’est parce qu’une conscience commune s’est forgée entre les sociétés européennes qu’une coopération a pu se mettre en place.

Ensuite, pour que la division du travail soit viable, il faut qu’elle crée les débouchés de sa production, en même temps qu’elle l’augmente. En effet, la division du travail augmente la productivité des travailleurs, donc la masse globale de la production. Pour que ce système ne fasse pas faillite, il faut que le surplus de produits parvienne à se vendre. Or, c’est généralement le cas, car la fatigue résultant des efforts déployés dans la lutte face à la concurrence amène les membres des sociétés à forte division du travail à consommer davantage.

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07

Conclusion

Dans son premier ouvrage, Durkheim a offert à ses lecteurs une démonstration exemplaire de la méthode rigoureuse qu’il a placée au fondement de la discipline. Ce faisant, il a posé les bases théoriques d’une pensée du social permettant de comprendre les différentes manifestations de la solidarité comme le produit d’un enchainement de facteurs structurels et de causes nécessaires.

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08

Espace critique : Durkheim et la quête de cohésion sociale

Face à l’état d’anomie (à savoir de perte de repères) de la France de son époque – et aux tentations conjointes de retour à un ordre non démocratique –, Durkheim pointait l’urgence d’inventer une morale adaptée à cette nouvelle société d’individus libres et mobiles. Considérant la science comme un recours capable de « nous aider à trouver le sens dans lequel nous devons aiguiller notre conduite, à déterminer l’idéal vers lequel nous tendons » (préface, XXXIX) , il a vu dans ses recherches une indication que la division du travail était le terrain le plus propice pour planter les graines de ce nouvel ordre moral.

D’où son engagement pour que des corporations professionnelles d’échelle nationale soient créées, et qu’elles deviennent les principaux corps intermédiaires entre les individus et l’État (à la place des groupements territoriaux, inaptes à produire de la solidarité entre des individus désormais mobiles). Aux vues des conflits sociaux et des tensions identitaires qui ont traversé les XXe et XXIe siècles, on ne peut que reconnaître l’intérêt qu’il y aurait eu à suivre sa proposition.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– De la division du travail social, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2004 [1893].

Ouvrages du même auteur

– Les Règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2013 [1895]. – Le Suicide, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2013 [1897]. – Les Formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2013 [1912].

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