
De Gaulle
Biographie de Charles de Gaulle
Description
Charles de Gaulle est encore de nos jours une figure omniprésente, objet de fantasmes politiques, quasi sacralisés. Afin de déconstruire le mythe-de Gaulle, l’historien britannique Julian Jackson bâtit un système original de miroirs documentaires – archives, journaux personnels, conversations reproduites, comptes-rendus de réunion – qui parvient à reconstituer sa personnalité si particulière.
La biographie, dense et solide, révèle un de Gaulle hermétique, autoritaire, mais éperdument passionné par la France et sa grandeur.
Sommaire
01Introduction
Homme érudit à l’éducation religieuse, « géant » parfois maladroit dans ses mouvements, le général de Gaulle dépeint par Jackson apparaît redoutable, mais aussi profondément humain, sujet à des crises de colère ou submergé par la mélancolie.

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02Un « général dissident » à la tête de la France libre
La naissance de De Gaulle en tant que symbole de la Résistance est liée à l’Appel du 18 juin 1940. De Londres, celui qui deviendra le chef de la France libre s’impose comme une voix d’espoir.
Né dans une famille conservatrice et monarchiste qui lui dispense une éducation catholique austère, le jeune Charles sait, dès ses quinze ans, qu’il embrassera une carrière militaire : il étudie à Saint-Cyr, puis, pendant la Guerre de 1914, qu’il aborde avec un « enthousiasme contenu », se fait affecter au 33e régiment d’infanterie, sous les commandes d’un certain colonel Pétain. Prisonnier de guerre en 1916, les trente-deux mois de captivité sont pour lui une occasion de travail et de réflexion. Le jeune homme est décrit par ses camarades comme distant et pudique, atteint d’une certaine « mélancolie militaire ».

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03Le Général « politique »
Au retour à Londres, les rivalités et le caractère impérieux de De Gaulle ne facilitent pas ses relations avec les Britanniques dont il n’apprécie pas être dépendant. De Gaulle défend avec violence les intérêts de la France libre, craignant la domination britannique. Il forme un Bureau central de renseignements et d’action militaire, puis un Conseil national – sorte de gouvernement en exil – mais aussi habile qu’imprévisible, sa personnalité consterne parfois son entourage. Quand Hitler envahit l’URSS, lors de l’opération Barbarossa de juin 1941 les communistes français, ayant d’abord refusé de prendre position dans ce « conflit impérialiste » , entrent en résistance. Un préfet de gauche, Jean Moulin, arrive à Londres. En quête d’une stratégie d’action en France, de Gaulle fait de lui son « délégué » pour la zone libre . Grâce à ses efforts, les résistants s’organisent et se rallient à de Gaulle, tandis qu’à l’international, le chef de la « France combattante », courtise les Russes et tente d’obtenir le soutien et la reconnaissance des Américains. Pragmatique, de Gaulle pratique la doctrine des « circonstances ».

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04« Paris libéré ! »
De l’intérieur comme de l’extérieur, de Gaulle prépare la libération de la France et sa sortie victorieuse de la Guerre. Le président américain, Roosevelt, antigaulliste, ne souhaite pas que la France soit traitée comme une partenaire de la victoire. En jouant une certaine proximité avec les Soviétiques, de Gaulle fait pression sur les Britanniques, se présentant en même temps aux Alliés comme un rempart contre le communisme.
Le 2 juin 1944 le CFLN se proclame Gouvernement provisoire de la République française. Le 6 juin 1944 – « jour J » – les Alliés débarquent en Normandie. Dix jours plus tard, à Bayeux, de Gaulle est accueilli comme un héros de village, mais il atteint son objectif : être « reconnu » comme chef du gouvernement.

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05De Gaulle prend le pouvoir
L’ordre gaulliste s’installe, autoritaire. Sa doctrine de la « force des circonstances » prône le pragmatisme, mais la France souffre d’un certain isolement. Le pays est divisé et affaibli, la Libération n’a pas mis fin à la guerre et le territoire n’est pas encore complètement libéré.
Le nouveau gouvernement est composé des proches de De Gaulle, de quelques communistes et Résistants. Une Haute Cour spéciale est créée pour mettre en œuvre l’Épuration. La plupart des collaborateurs du régime de Vichy se sont réfugiés en Allemagne.
De Gaulle, en quête de consécration, reçoit des écrivains célèbres, notamment F. Mauriac, qui plaident la clémence. Il ne se montre pas sanguinaire lors des procès et, bien qu’il signe des condamnations à mort, il commue 998 peines dont celle du vieux maréchal Pétain, condamné à la détention à perpétuité.
Sur le plan externe, conscient que le monde d’après 1944 appartiendra aux superpuissances, de Gaulle œuvre à remettre la France « victorieuse » dans son rang. La reconnaissance de son gouvernement par les Alliés une fois obtenue, il rend visite à Staline qu’il décrit comme un « dictateur tapi dans sa ruse », et négocie avec lui un traité franco-soviétique. Mais à Yalta, en février 1945, Churchill et Roosevelt abandonnent l’Europe de l’Est à Staline.

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06Tout recommencer
La popularité du gaullisme commence à s'affaiblir, mais autour du Général perdurent les « barons du gaullisme » qui l’aident à préparer la suite. À Bayeux, le 16 juin 1946, de Gaulle formalise dans un discours sa conception du pouvoir. Hostile à la nouvelle Constitution, il crée le Rassemblement du peuple français (RPF), un mouvement qu’il prétend au-dessus des partis. Son entourage fidèle de « compagnons », se disputant ses faveurs, y est réuni. Parmi eux : André Malraux, Jacques Soustelle, Michel Debré et un certain Georges Pompidou. Perçu comme un rempart contre la « menace » communiste révolutionnaire qui se répand en Europe, le RPF triomphe aux élections municipales de 1947, mais perd les législatives de 1951, tandis que les municipales de 1953 sont un désastre. Mal à l’aise dans le rôle de chef de parti, de Gaulle s’en détache et se retire à Colombey-les-Deux-Églises pour se consacrer à ses Mémoires – une autre forme d’action – dont le succès de ventes dépasse toutes les attentes. Au début des années 1950, au cœur de la politique française se trouve l’Algérie où survient en 1954 une série d’attaques exécutées par le Front de libération nationale (FLN). L’armée française, ayant carte blanche, y recourra systématiquement à la torture à partir de 1957 pour tenter d’éliminer le FLN. Ces années sont pour de Gaulle celles de la « traversée du désert » : retiré à Colombey, il s’exprime peu, mais se tient informé. Dans une IVe République affaiblie, certains militants gaullistes entament des négociations pour qu’il revienne au pouvoir. La figure du Général s’impose progressivement comme la seule solution à la situation algérienne. Quand il est enfin appelé en 1958, de Gaulle impose ses propres conditions dont, notamment, la rédaction d’une nouvelle constitution : celle de la Ve République, qui remportera une large majorité au référendum. En « prince de l’équivoque », de Gaulle permettra à cette Constitution de s’adapter à différentes circonstances et surtout de donner des pouvoirs au président. Il est élu le 21 décembre et le 9 janvier 1959 voit le jour le premier gouvernement de la Ve République avec, à sa tête, Michel Debré. Mais, malgré son célèbre « Je vous ai compris ! » prononcé en 1958 à Alger, de Gaulle ne s’est toujours pas exprimé publiquement sur la question algérienne qui divise aussi son entourage. Espérant voir émerger une opinion musulmane modérée, il attend. En janvier 1960, son « tour de force rhétorique » à la télévision parvient à mettre fin à la semaine des Barricades . Tentant en vain des négociations avec des chefs du FLN et constatant que les pays africains de la « Communauté française » demandent leur indépendance, de Gaulle envisage publiquement la séparation de l’Algérie. Une tentative échouée de putsch militaire a alors lieu à Alger le 22 avril 1961. Les vaincus forment l’Organisation armée secrète (OAS) qui défend l’Algérie française et organise même une attaque à la bombe – échouée – contre de Gaulle. En réaction, le FLN initie des attentats à Paris. Le préfet de police, Maurice Papon, a les mains libres pour riposter et le fera, avec une rare violence, notamment lors d’une manifestation pacifique des Algériens le 17 octobre 1961 et en février de l’année suivante, à la station de métro Charonne, quand la population française proteste contre les violences de l’OAS.

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07Vieillissant, de Gaulle étend ses pouvoirs, mais la fin approche.
Ses intentions de réforme demeurent difficiles à définir, le Général est toujours elliptique dans son expression . Son autoritarisme augmente, il prend des libertés avec la Constitution, la classe politique lui déclare la guerre . En réponse, il dissout l’Assemblée. Mais le résultat du référendum et les législatives de 1962 le placent à nouveau en position de domination absolue.
La position hégémonique financière des États Unis inquiète de Gaulle : eurosceptique et anti-atlantiste il s’oppose au partage du monde entre Soviétiques et Américains. Il ne conçoit pas une France dépendante des États Unis pour ce qui est de la politique de défense. Il redoute la renaissance militaire de l’Allemagne, notamment par le nucléaire, qu’il souhaite en revanche pour la France. Ressassant les humiliations du passé, il s’oppose à l’entrée de l’Angleterre dans l’Europe des Six. En 1965, sa politique « de la chaise vide » boycotte les institutions européennes. Les Britanniques et les Américains adoptent alors une stratégie attentiste face à un de Gaulle capricieux et vieillissant.

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08Conclusion
Tiraillé entre raison et sentiment, de Gaulle est d’abord un militaire pénétré d’un haut sentiment de l’État au point qu’il pense incarner la France. Personnalité hors normes, à la rhétorique et à la plume majestueuses, amateur de littérature, il est un homme retiré, austère et imprévisible.

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09Zone critique
Désacralisant la figure symbolique, l’historien britannique choisit de présenter, à l’aide d’une documentation considérable, un de Gaulle « en action ».

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – De Gaulle, une certaine idée de la France, Paris, Éditions du Seuil, 2019.

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