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Contagieux

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Jonah Berger

Les six déclencheurs du bouche-à-oreille

Description

En 2004, un restaurant de Philadelphie met à sa carte un cheesesteak à cent dollars. Homard, wagyu, champagne dans la sauce. Objectivement, personne n'a besoin d'un sandwich à cent dollars. Et pourtant le truc s'est mis à circuler : les clients en parlaient, les journalistes en faisaient des sujets, les gens le commandaient surtout pour pouvoir dire qu'ils l'avaient commandé. Un professeur de marketing de Wharton, Jonah Berger, part de ce genre de cas pour poser une question toute simple.

Pourquoi certaines choses se répandent — un produit, une vidéo, une rumeur, une idée — pendant que d'autres, souvent meilleures, restent lettre morte ? On aime croire que c'est une affaire de chance, de qualité intrinsèque, ou de quelques influenceurs bien placés. Berger, lui, a passé des années à décortiquer ce qui se transmet réellement de bouche à oreille, et il arrive à une conclusion moins romantique : la contagion sociale obéit à des règles. Pas magiques, pas mystérieuses. Repérables.

Dans son bouquin paru en 2013, il ramène ces règles à six déclencheurs récurrents, un cadre qu'il résume par l'acronyme STEPPS. L'idée n'est pas qu'un contenu viral coche les six cases, mais que derrière presque tout ce qui se propage, on retrouve un ou plusieurs de ces ressorts — et qu'ils tiennent moins au message qu'à la personne qui le fait passer.

La question que l’on se pose : Pourquoi certaines idées, certains produits circulent-ils de bouche à oreille quand d'autres, parfois meilleurs, restent invisibles ?Ce que l’on va voir : Les ressorts communs à tout ce qui se transmet, et ce qu'ils révèlent sur celui qui appuie sur "partager".

Sommaire

01

Chapitre 1 — Pourquoi certaines choses circulent et d'autres non

Berger commence par démonter deux croyances confortables. La première : ce qui se propage serait forcément de bonne qualité. La seconde : la propagation dépendrait d'une poignée d'individus exceptionnellement connectés, ces fameux « influenceurs » censés tout déclencher. Les deux résistent mal à l'examen. Des produits médiocres percent, des chefs-d'œuvre restent confidentiels, et l'écrasante majorité du bouche-à-oreille se fait entre gens ordinaires, dans des conversations ordinaires, pas depuis quelques comptes surpuissants.

Le chiffre qui recadre le débat vient de ses propres travaux : selon Berger, l'immense partie des échanges qui influencent nos décisions se passe hors ligne, dans le face-à-face, autour d'un café ou d'un dîner. On surestime le rôle des réseaux sociaux parce qu'ils sont visibles et mesurables. Mais une recommandation glissée par un collègue pèse souvent plus lourd qu'un post vu par des milliers d'inconnus. La question n'est donc pas « comment devenir viral en ligne », mais « pourquoi les gens parlent-ils de certaines choses ».

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02

Chapitre 2 — La monnaie sociale et le déclic de l'en­vi­ron­ne­ment

Le premier déclencheur, Berger l'appelle la monnaie sociale. On partage ce qui nous fait bien paraître. Raconter le cheesesteak à cent dollars, connaître le bar caché derrière une cabine téléphonique, avoir vu la vidéo avant tout le monde : ces choses fonctionnent comme une devise de statut. Elles disent quelque chose de nous — qu'on est branché, dans le coup, initié. Berger note que les marques qui donnent aux gens une raison de se sentir malins ou privilégiés en parlant d'elles s'achètent, littéralement, de la conversation gratuite.

Le mécanisme du secret joue ici à plein, et c'est contre-intuitif. Un lieu difficile à trouver, un accès réservé, une information qu'on n'est pas censé avoir : plus c'est exclusif, plus ça donne envie d'en parler, parce que le transmettre prouve qu'on fait partie du cercle. Le remarquable devient monnaie parce qu'il rehausse celui qui le fait passer. On ne partage pas l'ordinaire — l'ordinaire ne rapporte aucun capital.

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03

Chapitre 3 — L'émotion, le visible et l'histoire qui voyage

Le troisième ressort est l'émotion. Berger et ses collègues ont analysé les articles les plus partagés du New York Times sur plusieurs mois, et le motif qui ressort est net : ce qui circule, c'est ce qui remue. Mais pas n'importe quelle émotion. Les émotions à forte charge d'activation — l'émerveillement, la colère, l'anxiété, l'amusement — poussent au partage, alors que des émotions désactivantes comme la tristesse tranquille tendent à le freiner. Quand quelque chose nous met en mouvement intérieurement, on a besoin de le faire circuler à l'extérieur.

Le quatrième déclencheur tient en un mot : le visible. Ce qui se voit se copie ; ce qui se cache s'éteint. Berger reprend l'histoire des moustaches Movember, du logo de la pomme croquée volontairement tourné vers l'extérieur, des bracelets Livestrong jaunes portés par millions. Rendre public un comportement privé, c'est lui donner une chance de se propager, parce que les gens imitent ce qu'ils observent chez les autres. Il forge l'idée de « publicité comportementale » : un produit qui se signale de lui-même fait sa propre promotion en continu.

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04

Chapitre 4 — Six leviers, un même moteur : nous

Ce qui frappe en reculant d'un pas, c'est que les six déclencheurs de Berger pointent tous dans la même direction. Monnaie sociale, déclencheurs, émotion, visibilité, valeur pratique, histoires : aucun ne parle vraiment du produit. Tous parlent de la personne qui partage. On croit transmettre des objets, des vidéos, des marques ; on transmet en réalité une image de soi, un service rendu, une émotion qu'on a besoin d'évacuer, un récit qui nous met en scène. Le contenu n'est qu'un support ; le vrai sujet du partage, c'est celui qui partage.

C'est là que le cadre de Berger dépasse le marketing. Le bouche-à-oreille, dans sa lecture, n'est pas un canal de diffusion parmi d'autres : c'est une forme de langage social. Quand on recommande un restaurant, on ne fait pas que transmettre une adresse — on dit quelque chose de nos goûts, on soigne notre position dans le groupe, on entretient une relation. Le partage est un geste relationnel avant d'être un geste informationnel. Les six ressorts ne sont, au fond, que six manières différentes pour une chose de servir celui qui la fait passer.

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05

Conclusion

Le cheesesteak à cent dollars n'a jamais été un bon rapport qualité-prix, et ce n'était pas le sujet. Il offrait une histoire à raconter, un peu de statut à qui la racontait, une émotion partageable. Il cochait, sans le vouloir, plusieurs des cases que Berger a passé des années à formaliser. Ce que son cadre montre, c'est que la contagion sociale n'a rien d'aléatoire : elle suit des ressorts qu'on peut nommer, et qui tiennent tous au bénéfice que retire celui qui transmet.

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