
Conduites à risque
Analyse des comportements à risque dans la société
Description
"Conduites à risque" de David Le Breton est un ouvrage qui explore les motivations et les significations des comportements à risque, notamment chez les jeunes. L'auteur, sociologue spécialisé dans l'anthropologie du corps, analyse ces conduites comme des "jeux symboliques avec la mort" permettant paradoxalement d'accéder à une "intensité de vivre". Le Breton s'intéresse aux différentes formes de risque extrême, des pratiques sportives aux rites de passage, en montrant comment elles répondent à un besoin de sens et de reconnaissance sociale chez les individus.
Son approche anthropologique met en lumière les dimensions psychologiques, culturelles et sociologiques qui sous-tendent ces comportements.
Sommaire
01Introduction
Dans nos sociétés, les domaines de la vie sociale concernés par le risque sont multiples. Parmi les plus touchés, on peut citer l’environnement, la santé et la technologie. Pour aborder la notion de risque d’un point de vue socio-anthropologique, David Le Breton propose un retour sur l’évolution de la notion dans le champ des sciences sociales, allant du risque global qui touche des populations entières à la prise de risque individuelle qui consiste à mettre sa vie en jeu, au propre comme au figuré.
En matière de risque, tout est d’abord affaire de représentations. « Le glissement de sens du terme “risque” passant de la référence à une probabilité à celle d’une menace ou d’un danger est le symptôme d’une société hantée par la sécurité, mais simultanément lucide sur l’étendue des menaces » (p. 10).

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02Anthropologie du risque, un état de l’art
L’industrialisation a considérablement modifié les représentations sociales liées au risque. Les attentats, comme les catastrophes naturelles (dont Fukushima fait figure d’exemple par excellence), tuent sans distinction de classe, mais non plus de race, d’appartenance religieuse, d’âge ni de sexe, emportant tout sur leur passage.
Certes, les possibilités de se réinventer après une catastrophe continuent de marquer l’écart social, mais un nuage toxique touche autant les quartiers aisés que les plus défavorisés. De même pour le VIH, par exemple, qui atteint « toutes les catégories de population à travers les comportements sexuels, la toxicomanie ou même à cause des soins reçus » (p. 51).
Dans cet ouvrage, David Le Breton dresse un état de l’art de la notion de risque en sciences sociales. Celle-ci s’adjoint à des notions connexes telles que la sécurité et la prévention. En sociologie, l’ouvrage fondateur d’Ulrich Beck, qui paraît l’année de la catastrophe de Tchernobyl, place le risque au cœur de la réflexion sociologique du monde moderne.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03La fabrique du néo-aventurier
Depuis les années 1970, on assiste à l’émergence de nouvelles formes de risques extrêmes ; les activités se voient détournées au profit d’une quête personnelle de l’exploit. Pour assouvir la « soif d’aventure », on cherche à se mettre « en mode survie » et se confronter à la vitesse, à la haute montagne, à la vie sauvage, au lieu désertique. Il s’agit de réunir le maximum d’éléments pour simuler au plus proche les conditions précaires et braver les éléments.
L’individu contemporain crée l’aventure comme on projette qu’elle se vit, c'est-à-dire que l’inconnu se doit toujours d’être intense, extrême, dangereux. Comme s’il préexistait une injonction à l’aventure pour qu’elle soit vécue dans un rythme effréné, de mission en mission, parfois chronométrée et récompensée. C’est aussi, bien sûr, feindre l’ensauvagement dans cette nature devenue wilderness, mais qui, là encore, n’est que le produit de l’imaginaire occidental.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04Les figures anthropologiques du risque
L’auteur retourne la perception ordinaire du risque telle que les sciences sociales contribuent d’ailleurs à la diffuser, en s’attachant à traiter la notion à travers des sujets anxiogènes et négatifs, ce qu’illustrent de façon exemplaire les catastrophes en tout genre. D.
Le Breton s’attache ici à une autre approche qui donne toute l’originalité à son travail, traitant le risque en ce qu’il peut constituer une jouissance et une passion. Il s’agit d’une gestion plus individuelle qui a trait à la question de la transgression. « Malgré une conscience relative du danger qu’il court, l’individu préfère maintenir sa position » (p. 66) et passer la barrière transgressive ou affronter l’épreuve. Il s’agit alors de côtoyer le danger et de flirter avec ses limites.
L’auteur reprend quatre figures de conduites à risque, qui s’enchevêtrent les unes aux autres, préalablement développées dans son ouvrage En souffrance. Adolescence et entrée dans la vie (2007). La première de ces figures est l’ordalie, qui correspond au fait de demander à la mort une réponse sur la valeur de son existence et ainsi se démontrer, à travers la survie, que la vie a une valeur. L’ordalie équivaut d’une certaine manière à jouer le tout pour le tout dans un jeu avec la mort.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05Les conduites à risque chez les jeunes
L’auteur s’emploie à explorer plus en profondeur les conduites à risque chez les jeunes et propose ainsi un essai d’anthropologie de l’adolescence et des jeunes adultes. L’adolescence est comprise comme une période de passage, de transition, de rupture avec l’enfance et de détachement vis-à-vis des parents pour construire ses propres désirs. L’adolescent interroge frontalement l’identité, que les questions relatives à la sexualisation accompagnent.
Par ailleurs, la question des conduites à risque chez les adolescents met sensiblement en jeu le goût de vivre, mais ne nous méprenons pas, elles « se distinguent absolument de la volonté de mourir, elles ne sont pas des formes maladroites de suicide, mais des détours symboliques pour s’assurer de la valeur de son existence » (pp.88-89). De là, il peut arriver que ces conduites prennent la forme de rite de passage conçu par l’individu souvent jeune : ils deviennent des rites proprement personnels.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
06Limites symboliques et confrontation à la mort
L’auteur étudie les jeux symboliques avec la mort pour parvenir à une intensité de vivre. Chez les jeunes en particulier, ces pratiques apparaissent comme des tentatives de donner du sens à leur existence, comme ultime moyen de garantir l’intensité de la vie et de défier la mort.
Chez les adolescents, elles prennent une forme dite négative car elles expriment une souffrance et manifestent un manque à être. Au contraire, chez les sportifs de haut niveau, par exemple, elles sont frappées d’une lecture positive puisqu’elles dénotent une appétence à vivre. Cela sonne comme le signe d’une volonté de se remettre au monde par des conduites souvent douloureuses dans leurs conséquences (blessures, mutilations, dépendance voire mort).
Pour le jeune, la question des limites symboliques dans la relation aux autres et au monde se veut fondamentale. C’est à partir de celles-ci qu’il peut se construire comme partenaire actif au sein du lien social. Ces conduites apparaissent comme des tentatives de se mettre au monde par la ritualisation personnelle du passage à l’âge d’homme.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
07Conclusion
« Les conduites à risque témoignent aux yeux du jeune d’un temps qui paraît figé » (p.90), ce qui pousse l’auteur à développer une anthropologie de la lenteur. Pour lui, les comportements des jeunes, et en particulier les conduites à risque, sont intimement liés au rapport au temps. À travers cette étude, elles apparaissent comme des jeux symboliques avec la mort pour affleurer une intensité de vivre.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
08Zone critique
Dans une approche socio-anthropologique, les références psychanalytiques mériteraient d’être davantage soumises à une réflexion critique afin d’éviter des généralités qui ne s’adapteraient qu’aux modèles traditionnels, risquant de juger ce qui ne rentre pas dans le cadre comme déviant.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Conduites à risque, Paris, PUF, collection « Quadrige », 2013.
Du même auteur – Passions du risque, Paris, Métailié, 1991. – L'adieu au corps, Paris, Métailié, 1999. – En souffrance. Adolescence et entrée dans la vie, Paris, Métailié, 2007. – Anthropologie du corps et modernité, Paris, PUF, coll. Quadrige, 2011.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !












