
Comment Trump a-t-il changé le monde ?
L'impact de la présidence de Trump sur la politique mondiale
Description
Ce livre dresse un bilan précis, argumenté et consternant de la politique étrangère menée par le président américain, Donald Trump, de 2016 à 2020. Universitaires canadiens, les auteurs analysent méthodiquement les choix et les bévues de l’ancien magnat de l’immobilier, parfaitement ignorant des grands équilibres du monde.
Ils démontrent que, pendant quatre ans, sa politique a entraîné des dommages dans tous les domaines des relations internationales. Lorsque la première puissance mondiale n’assure plus son rôle, elle laisse s’instaurer une ère d’instabilité préoccupante.
Sommaire
01Introduction
En une centaine de pages, suivies de nombreuses notes exhaustives, cet ouvrage présente le bilan du mandat présidentiel de Donald Trump et plus particulièrement de sa politique étrangère. En quatre ans, le président américain est parvenu à faire le désespoir de ses alliés et le bonheur des adversaires de son pays. Ses prises de position et ses décisions en matière de relations internationales, désastreuses à bien des égards, ont empêché l’apaisement des crises régionales et ont été défavorables à l’image des États-Unis. Ce qui, redoutent beaucoup d’experts, pourrait bien être irréversible.
Les auteurs font référence à deux écoles de pensée américaines pour analyser la doctrine Trump : celle qui rassemble les idéalistes et celle des réalistes qui a leur préférence. À la lumière des nombreux débats qui ont enflammé les milieux intellectuels et universitaires nord-américains, ils analysent les choix de Donald Trump et tentent d’en mesurer les avantages et les inconvénients. Mais il reste indéniable que les changements provoqués par la Maison-Blanche depuis 2017 ont fait voler en éclat la plupart des engagements internationaux des prédécesseurs du 45e président des États-Unis et qu’ils peuvent tous, sans exception, être considérés comme de véritables reculs des équilibres internationaux.

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02Le modèle démocratique américain en voie de disparition ?
Pour Charles-Philippe David et Élisabeth Vallet, il est réellement possible que les États-Unis glissent vers un régime de démocratie illibérale. La responsabilité de Trump dans l’affaiblissement du modèle démocratique est accablante. Certes, l’environnement international y contribue, avec la recrudescence du populisme et l’attrait de certains peuples pour l’autoritarisme, mais il faut bien constater que Donald Trump, en privilégiant le repli sur soi de son pays, selon le politologue David Frum, « corrode l’intégrité publique et la règle de droit, de même que le leadership global de l’Amérique dans la promotion des normes démocratiques ».
La multiplication des régimes populistes conforte d’ailleurs la posture de Donald Trump. Une enquête du quotidien britannique Le Guardian dénombre, en 2019, 14 pays populistes où vivent deux milliards d’individus. Il s’agit de pays dont les chefs d’État maintiennent une apparence de démocratie, mais qui sont gouvernés autoritairement. Il faut noter qu’aux États-Unis il n’y a pas eu à proprement parler de révolution populiste. Pour les auteurs, en 2016, on a assisté en 2016à la collision de deux phénomènes parasites, « l’irrésistible force du mécontentement populaire et l’immuable objet de la polarisation partisane ».

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03Une sécurité mondiale sans les États-Unis ?
Comme pour la démocratie, un autre type de recul est apparu pendant les années Trump : les reculs sécuritaires. Pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, un simple slogan, « l’Amérique d’abord », a fait prendre conscience à la communauté internationale qu’à tout moment le danger, l’instabilité, la guerre et les risques de la prolifération nucléaires pouvaient revenir à l’ordre du jour.
Les auteurs soulignent qu’on aurait pu penser que cette déclaration d’intention de la première campagne présidentielle de 2016 exprimait une stratégie réfléchie : faire passer l’Amérique avant tout le reste, pour mettre en place une politique de redistribution des richesses aux citoyens américains, de diminution des dépenses militaires et d’abandon des aides et missions onéreuses à l’étranger. Loin de cette approche angélique, les États-Unis n’ont jamais renoncé à leur hégémonie militaire et ont augmenté chaque année leur budget de la défense sous l’ère Trump, en procédant à des retraits et des réajustements des effectifs à l’étranger, en retirant certaines armes couteuses de régions sensibles et simultanément en durcissant leurs propres frontières. Les reculs qui caractérisent cette attitude sont de deux ordres : la fin de l’engagement américain pour atténuer les rivalités entre pays belliqueux et la fin de l’illusion d’un monde plus ouvert aux flux migratoires.

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04Le nationalisme emmuré
On s’en souvient, en 2016, la rhétorique électorale de Donald Trump qui allait se muer en programme politique était rythmée par deux mots d’ordre : « America first » et « Build the wall ».
La réflexion des auteurs sur la sécurité les a conduits à s’interroger sur la construction de murs frontaliers. Leur nombre serait sans précédent dans l’histoire. En 2020, on comptait 72 murs érigés sur 31 000 kilomètres de frontières au nom de la lutte contre l’insécurité. Pourtant, en novembre 1989, la chute du mur de Berlin, et donc la fin de la guerre froide, annonçaient un monde globalisé et promettaient la liberté de circuler toujours et partout. Mais l’obsolescence des frontières n’est toujours pas d’actualité. Dans un pays qui doit son développement à plus de deux siècles d’immigration, le nationalisme de Donald Trump a aussi beaucoup choqué. Après avoir voulu financer un mur de séparation avec le Mexique par son voisin, il n’a finalement pas pu obtenir de crédits du Congrès.

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0575 ans de diplomatie pour rien
Si le président Woodrow Wilson, au sortir de la Première Guerre mondiale, a mis un terme à la diplomatie secrète, provoqué la création de la Société des nations, ancêtre de l’ONU, et annoncé sa détermination à vouloir exporter la démocratie, tous les présidents depuis Harry Truman ont cherché à « asseoir l’hégémonie américaine sur un ordre international libéral » – tous les présidents sauf un : Donald Trump.
On exportait alors les valeurs américaines, les institutions ; et cette politique bénéficiait aux pratiques économiques des États-Unis. Pour que cela soit possible, il fallait une diplomatie qui repose sur le multilatéralisme et que Washington assume le leadership de l’ordre mondial. En quelques mois, Trump est parvenu à réduire à néant les pratiques diplomatiques américaines. Ce sera avec « L’Amérique d’abord » une attaque contre le concept même de multilatéralisme, puis avec les discours qui dénoncent les alliés de Washington. Il qualifiera ensuite les actions des institutions internationales d’« ingérences hostiles ». Trump présentera encore la coopération des autres États comme « une menace pour l’intérêt national » de son pays.

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06Les reculs multiples du droit international
Charles-Philippe David et Élisabeth Vallet affirment que le plus grand recul des relations internationales, sous l’influence de Donald Trump, porte sur les normes et les droits de la personne. Depuis une trentaine d’années, on a vu progresser le droit sur la sécurité humaine, la protection des populations civiles et les traités sur le désarmement. Ces reculs normatifs sont importants mais, au-delà, les reculs dans l’application du droit international sont au nombre de quatre.
Donald Trump, dès janvier 2017, a souhaité se retirer du Traité du partenariat transpacifique (TPP) signé par douze pays. Il avait pour but de contrebalancer l’influence de la Chine. Au lieu de cela, ce retrait a permis à Pékin de s’imposer dans l’ensemble de l’Asie. Peu après, il se retirait du Traité de Paris sur l’environnement, sourd à toutes les critiques.

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07Conclusion
Les auteurs du livre espèrent que les graves reculs survenus sous la présidence Trump pourront être réversibles. Ils concernent les relations internationales, les manquements diplomatiques, sécuritaires, démocratiques et normatifs. Ce livre en tout cas en apporte une vision lucide, conformément aux analyses de l’école réaliste. Mais le réalisme les conduit aussitôt à redouter une issue néfaste pour la paix. Tout est possible si une administration hostile au multilatéralisme devait se maintenir aux États-Unis.

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08Zone critique
Les ouvrages sur Donald Trump sont nombreux. Son comportement outrancier et parfois insultant pour ses adversaires, voire ses amis, suscite évidemment l’intérêt et la curiosité. Ici, le personnage politique est uniquement présenté dans l’action, les auteurs tentant de saisir les motivations qui l’animent. On peut regretter qu’à aucun moment on ne dresse son portrait d’homme, de businessman, son profil psychologique ou qu’on évoque son histoire personnelle. Toutes choses qui permettraient de mieux comprendre le personnage. On aurait pu aussi dans ce livre s’intéresser davantage à ses alliés dans le monde.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Charles Philippe David et Élisabeth Vallet, Comment Trump a-t-il changé le monde ? Paris, CNRS Éditions 2020.
De Charles Philippe David – L’Effet Trump. Quel impact sur la politique étrangère des États-Unis ?, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2020.

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