
Comment tout peut s’effondrer
Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes
Description
Comment tout peut s’effondrer annonce la fin de notre civilisation. Étayé par les 25 pages de notes de fin d’ouvrage démontrant pourquoi et comment notre monde va disparaître, Pablo Servigne et Raphaël Stevens ont tenu à placer l’humain au centre de leur étude des catastrophes annoncées.
Il nous faudra faire le deuil de sociétés que nous avons toujours connues développées ou en voie de développement. Mais c’est bien pour éveiller notre lucidité et nous aider à nous préparer à quitter nos références qu’ils ont décidé de tant nous bousculer. Ce livre dérangeant veut nous pousser à imaginer comment inventer un autre avenir sur les vestiges de nos systèmes actuels avec ce qui restera de la Nature.
Sommaire
01Introduction
Notre belle planète présente des signes inquiétants de dégradation. Notre atmosphère ainsi que notre climat se transforment. Nos civilisations modernes vivent désormais dans un système de croissance constante et d’ultra technologie. Or les moteurs de nos sociétés se sont emballés : surconsommation, inégalités croissantes, surpopulation… et le monde semble entraîné dans une course éperdue vers l’avant.
Comment cela va-t-il évoluer ? La question n’est plus de savoir si tout notre système peut s’écrouler, ni même de savoir quand. Les sceptiques diront que rien n’est prouvé, qu’il est possible d’interpréter les données scientifiques pour effrayer les populations.

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02Qu’est-ce que la collapsologie ?
Au-delà des faits scientifiques qui les ont conduits à rédiger Comment tout peut s’effondrer Pablo Servigne et Raphaël Stevens ont pris conscience de la difficulté de parler de l’effondrement sans avoir l’air de parler de la fin du monde. L’imaginaire collectif est rempli de références aussi fantaisistes qu’irrationnelles.
Entre le bug de l’an 2000 et la prophétie Maya de 2012, il a été question de tellement de cataclysmes annoncés que la perspective d’un effondrement global des systèmes ne représente rien qui accroche l’esprit humain. Le mot effondrement (collapse en anglais) lui-même reste assez limité, il évoque un éboulement, une chute brutale donne l’image de choses qui s’écroulent ; il parle aussi d’anéantissement, de disparition, de décadence, de ruine. Comment pourrions-nous nous projeter dans l’idée de l’effondrement du monde ?
Nous n’avons pas la moindre idée – même les mieux informés – de comment cela se passera. Est-ce le système bancaire mondial qui va lâcher le premier ? Est-ce une catastrophe naturelle ? Il se trouve qu’à force d’assister à des drames survenus ici ou là sur la planète, nous avons acquis l’impression que ce ne sont que des événements ponctuels et localisés desquels la Terre et les hommes finissent toujours par se remettre…

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03Le mouvement de la détérioration environnementale s’accélère
Ce qui peut amener à penser que tout peut s’effondrer ?
C’est la convergence des facteurs d’accélération de crise constatés dans tous les domaines étudiés. Par exemple si l’on regarde la biodiversité. Des quantités d’espèces sont apparues et ont disparu dans la nature depuis toujours et c'est normal, c’est le cycle de la vie sur Terre. Mais récemment le taux de disparition des espèces ainsi que le rythme de la disparition d’interactions écologiques ont explosé par rapport à la moyenne relevée à partir de l’étude des fossiles.
L’activité humaine entraîne de plus en plus de disparitions de territoires qui abritaient des plantes, des animaux et bien d’autres richesses organiques qui, par effet d’interactions écologiques, maintenaient un équilibre sur toute la chaîne de la vie. On sait maintenant que l’interaction écologique s’est déjà considérablement détériorée au moment où l’on se rend compte qu’une espèce a perdu les 30% de sa population qui représentent le seuil à partir duquel elle est déclarée en danger… Selon François Ramade, professeur d’écologie à l’université de Paris-Sud le nombre de ruches aurait chuté en France de 70% depuis 1996. Or 75% des espèces agricoles cultivées fonctionnent par pollinisation.

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04La fin des énergies fossiles annonce la chute des systèmes financiers
Les mêmes courbes d’accélération exponentielle dans les domaines socio-économiques viennent corroborer le postulat d’un effondrement.
C’est le cas pour le pétrole qui est présent dans tout notre système de transport mondial qu’il s’agisse du commerce, de la pêche ou de la construction de nos infrastructures. Selon les statistiques les plus récentes fournies par BP statistical review of World Energy 2014, la moitié des vingt premiers pays producteurs (soit plus des trois quarts de la production pétrolière mondiale) ont déjà franchi leur pic. Le pic est le seuil correspondant au débit maximum d’une ressource énergétique avant que ne commence son déclin.
D’une manière générale tous nos systèmes ont besoin d’énergie pour fonctionner, or plus inquiétant encore que le déclin des ressources, leur taux de rendement énergétique est en train de diminuer. Ce déséquilibre s’aggrave et nous conduit à la catastrophe.

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05Se préparer oui mais à quoi ?
Nous ne savons pas quand ni comment tout peut s’effondrer. Peut-être que l’effondrement est déjà en cours : nous assistons à de multiples phénomènes climatiques, politiques… comment savoir si le processus n’est pas déjà entamé et si ces enchainements de catastrophes ne sont pas déjà notre nouvelle normalité ? Il existe des modèles mathématiques qui permettent d’étudier les comportements et l’évolution de nos différents systèmes.
Les auteurs se sont attardés sur le « Rapport Meadows » ou « rapport au club de Rome » publié sous le titre the limits of growth en mars 1972 et vendu à plus de 12 millions d’exemplaires dans le monde. À l’époque les chercheurs avaient introduit toutes les données du monde (nourriture, ressources, population, industries, pollution…) dans un énorme système informatique pour en sortir les modèles d’évolution. Leur premier résultat annonçait un effondrement systémique dans les 150 ans si rien n’était fait pour réduire l’instabilité de notre fonctionnement.
Plusieurs fois remis à jour, le premier résultat semble maintenant dépassé par la réalité de l’accélération exponentielle de notre monde. Dennis Meadows concluait lors de ses dernières interventions dans les années 2011/2012 qu’« il est trop tard pour le développement durable, il faut se préparer aux chocs et construire dans l’urgence des petits systèmes résilients. »

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06La sociologie de l’effondrement. Comprendre et accompagner la réaction des populations
L’Histoire de l’humanité a déjà connu des effondrements, les anciennes civilisations, les Mayas, l’Empire romain, plus récemment, la chute de l’URSS. À chaque fois, l’humanité s’en est remise. Ce qui diffère aujourd’hui, c’est que nous sommes tous interdépendants. Nous ne pouvons fonctionner que les uns avec les autres. Combien reste-t-il encore d’objets intégralement conçus et fabriqués dans un même pays depuis la matière première jusqu’à la livraison aux utilisateurs ?
Mais quand on évoque le futur, face à l’annonce d’un événement tragique ou d’un drame imminent, il existe plusieurs manières de réagir. Deux d’entre elles retiennent l’attention : l’accablement et le déni. L’accablement peut conduire au renoncement : « Tout est perdu, il n’y a plus rien à faire. » Selon ses références culturelles, chacun peut alors sombrer dans sa vision de l’apocalypse. D’aucuns iront se réfugier dans des concepts pseudo-religieux de fin du monde annoncée du type de ce que nous ont déjà servi bien des prophéties comme « 2012, la fin du monde ». D’autres, plus cinéphiles, se projetteront dans un monde désertique au milieu des vestiges de la civilisation, voué à une violence du type « Mad Max ». Chacun visualise l’effondrement à sa manière.

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07Conclusion
Pablo Servigne et Raphaël Stevens constatent, lors des conférences qu’ils animent, que beaucoup de personnes réagissent finalement positivement. Ils sont heureux en quelque sorte que l’on parle de l’effondrement. Ils reconnaissent qu’au fond d’eux-mêmes ils sentaient bien que cela ne pouvait pas durer et se montrent soulagés qu’enfin le sujet soit abordé sérieusement.

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08Zone critique
La théorie de l’effondrement a ses opposants. Le géologue américain Don J. Easterbrook pense que le réchauffement n’est pas lié à l’homme et s’inversera à la prochaine oscillation de la température de la mer. En France, Claude Allègre est connu pour son scepticisme sur le risque climatique. Des économistes contestent le rapport Meadows. D’autres considèrent que l’intelligence humaine saura inventer des solutions techniques permettant de maintenir le rythme de la croissance continue.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Comment tout peut s'effondrer. Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes, Paris, Seuil, coll. « Anthropocène », 2017.
Des mêmes auteurs – Avec Gauthier Chapelle, Une autre fin du monde est possible, Paris, Le Seuil, 2018.

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