
Comment pensent les animaux
Une plongée dans la cognition animale
Description
Saviez-vous que les dauphins étaient capables d’aider les hommes à détecter des mines sous-marines ou à localiser des épaves ? Qu’un éléphant était capable de reconnaître un de ses congénères douze ans après en avoir été séparé, si on lui fait écouter un enregistrement de sa voix ? Que l'odorat exceptionnel des abeilles a poussé de nombreux chercheurs à les utiliser pour détecter des explosifs ou des stupéfiants dans les espaces publics ?
Les scientifiques ont mené ces dernières années des expériences passionnantes, qui ont conduit à mettre en évidence l’existence non pas d’une, mais de plusieurs intelligences animales : la capacité à résoudre des problèmes complexes, la mémorisation, et même l’empathie chez certaines espèces.
L’auteur nous présente, grâce à de savoureuses anecdotes de recherche, l’état d’avancées de l’éthologie, science en pleine ébullition et remet en perspective la position de l’Homme et de l’Animal dans la Nature.
Sommaire
01Introduction
L’existence d’une intelligence animale interroge les humains depuis des millénaires. Pline l’Ancien avait déjà observé en 77 av. J.-C., que les dauphins étaient capables de collaborer avec l’homme pour empêcher des bancs de mulets de quitter leur étang pour rejoindre la mer. Au XVIIe siècle, deux théories se sont affrontées : Descartes affirmait que les animaux étaient dépourvus d’âme, celle-ci étant associée à la raison et à la pensée ; La Fontaine, au contraire, se plaisait à mettre en exergue dans ses fables les capacités de raisonnement dont étaient affublés les animaux.

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02La mémoire : la base de l’intelligence
Les scientifiques ont mis en évidence différents types de mémoire chez les animaux.
• La mémoire spatiale Ce qui peut nous sembler être une faculté banale, comme choisir le meilleur itinéraire qui relie deux points ou retrouver les endroits où la nourriture est abondante, demande en réalité de multiples compétences. Celles-ci ont été mises en évidence chez le rat, qui démontre sa faculté à mémoriser son environnement, grâce à un apprentissage essai-erreur. D’autres espèces, comme certains gastéropodes, utilisent, à la façon du Petit Poucet, la technique de marquage chimique déposé sur leur route pour revenir sur leurs pas. Des chercheurs ont mis en lumière l’incroyable mémoire des saumons qui savent remonter la rivière où ils sont nés, après 7 ans passés en mer, grâce au champ magnétique et à l’odeur des acides aminés présents dans l'eau.

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03Existe-t-il un langage chez les animaux ?
Si l’on considère que le langage est associé à l'existence d'une syntaxe et à l'utilisation de signes symboliques pour exprimer une idée, alors le langage est certainement une spécificité humaine. En revanche, si l’on considère uniquement le fait de communiquer entre individus, alors de nombreuses espèces non humaines sont concernées. Les chercheurs ont mis en évidence plusieurs types de communication.
• La danse C’est en travaillant sur la capacité des abeilles à voir ou non les couleurs que Karl von Frisch découvrit par hasard que les éclaireuses exécutaient 2 types de mouvements lors de leur retour à la ruche après la découverte de nourriture : - Une danse en rond si la nourriture est à moins de 25 mètres de la ruche ; - Une danse frétillante, avec des mouvements beaucoup plus complexes, pour une nourriture plus éloignée. Elles sont capables aussi, grâce au rythme et à la vitesse de rotation, de fournir des informations de direction et de distance.

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04La culture animale, basée sur l’innovation et la transmission
L'innovation et la transmission sont les deux éléments essentiels de ce que l'on nomme généralement la culture. Sans elles, tous les groupes d'individus auraient des comportements similaires. La culture a longtemps été considérée comme une barrière infranchissable entre l’homme et l’animal et il a fallu attendre le milieu du XXe siècle pour que la science mette en évidence 3 origines à l'apparition de ces traits comportementaux individuels. • Le paramètre génétique inné, directement hérité des parents ;
• L’expérience : l’apprentissage par essai/erreur L’apprentissage permet de mettre en lumière la propagation de nouveaux comportements et leur vitesse de propagation. Sa caractérisation est donc essentielle : est-il le résultat d’une somme d’apprentissages individuels indépendants ou d’une transmission sociale ? Les études réalisées sur les mésanges bleues ont montré que l’apprentissage social est essentiel pour acquérir de nouvelles compétences et qu’il existe de fortes variations individuelles en fonction de l'âge et du sexe.

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05La vie sociale, accélérateur d’intelligence ?
La vie en groupe n'est pas le fait de toutes les espèces animales, c'est même une chose plutôt rare. L'intelligence collective a été observée chez les arthropodes, qui sont capables de trouver collectivement le chemin le plus court entre deux points, mais aussi chez les fourmis, qui savent créer des cimetières de façon méthodique. Ce concept d'intelligence en essaim est possible grâce au toucher et au son, mais aussi aux phéromones, qui permettent la communication chimique avec l'environnement. Les scientifiques ont démontré leur auto-organisation, une somme de comportements individuels simples induisant des décisions complexes, même en l’absence de chef. Par opposition aux informations personnelles qu’un animal seul peut mémoriser, une coopération permet la mise à disposition d’informations publiques fiables, qui sont utilisées dans deux circonstances particulières.

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06L’intelligence émotionnelle : la cerise sur le gâteau
C’est au début des années 90 qu’une première définition de l'intelligence émotionnelle a été donnée : « Une forme d'intelligence sociale qui implique de contrôler ses propres émotions et sentiments, mais aussi ceux des autres de pouvoir les distinguer entre eux et de les utiliser pour orienter les pensées et ou les actions de l'individu ». Elle met en évidence la contradiction entre les deux termes intelligence et émotion.
Dans notre monde cartésien, les émotions restent une contrainte qui empêche l'individu d'accomplir des actions et de prendre des décisions. En 1997, ce concept est redéfini en la capacité à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres.
Alors, émotions ou sentiments ? Alors qu’une émotion est une modification spontanée et inconsciente du comportement de l'individu, un sentiment nécessite un état de conscience ; il serait donc le résultat à plus ou moins long terme des états émotionnels. Cette dualité entre émotions inconscientes et sentiments conscients permettrait d'attribuer des sentiments à l'homme et des émotions aux animaux, émotions simples ou élaborées, nécessitant des capacités cognitives élevées, comme l’empathie.

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07Conclusion
Il n'existe pas une, mais des intelligences ; depuis les travaux de Darwin sur l'évolution des espèces, les preuves scientifiques d'une intelligence chez les animaux s'accumulent en même temps que la recherche progresse : le fait d’admettre qu'il existe d'autres formes d'intelligence que le raisonnement rationnel a constitué une étape décisive.
L'idée d'une intelligence multiple chez les animaux date de l'Antiquité grecque, où accepter l'existence d’intelligences non humaines avait pour vocation d’affaiblir l'homme. Il faut espérer que le XXIe siècle, éclairé par les nombreuses découvertes des scientifiques, fera preuve de progrès pour la condition animale.

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08Zone critique
L’homme a encore beaucoup à apprendre de l'intelligence animale… À titre d’exemple, se déplacer collectivement de façon intelligente ne fait pas partie de la panoplie des facultés d'Homo sapiens, contrairement à de nombreuses espèces animales : l’art du déplacement collectif d'un banc de milliers de poissons ou d'un vol de centaines d'oiseaux, même s’il est aujourd’hui expliqué scientifiquement, nécessite encore à l’homme de parfaire le biomimétisme.
Le secret de ces déplacements en groupe réside dans la capacité de chacun à ajuster son comportement selon 3 règles, qui ont été découvertes par le biologiste japonais Ichiro Aoki ; sa modélisation identifie un espace autour de chaque individu, semblable à 3 cercles concentriques. En transformant ce modèle d’Aoki en algorithmes, l’homme pourra progresser dans le domaine des véhicules partiellement autonomes…

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Loïc Bollache, Comment pensent les animaux, Paris, éditions humenSciences, coll. « Comment a-t-on su », 2020

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