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Couverture de 'Comment parler des livres que lon na pas lus'

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?

Pierre Bayard

Exploration humoristique de la lecture

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Description

Si le titre de l’essai de Pierre Bayard peut sembler anecdotique, son contenu ne l’est nullement. En effet, comment est-il possible de parler de livres que l’on n’a pas lus ? Qu’est-ce que la lecture ? Quelles en sont les diverses pratiques ? À travers une réflexion poussée, l’auteur déculpabilisera le non-lecteur en assimilant la non-lecture à une expérience positive, à une activité à part entière.

Pour parvenir à ses fins, il fournira méthodes et conseils à tous ceux qui souhaitent parler brillamment des livres qu’ils n’ont pas lus.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Si l’intitulé de l’ouvrage de Pierre Bayard soulève une problématique à lui seul, ce qu’il sous-entend ainsi que l’enjeu de son étude méritent qu’on s’y attarde. Car au-delà de la question essentielle de savoir selon quels discours et méthodes il est possible de parler de livres non lus, demeure celle, non moins essentielle de définir ce que signifie « avoir lu un livre » ? Après avoir défini les différentes situations de non-lecture, l’auteur dressera l’inventaire des différents types de discours à tenir selon la situation rencontrée, puis terminera son tour d’horizon en indiquant les conduites à tenir lorsque quelqu’un souhaite parler d’un livre qu’il n’a pas lu. À travers méthodes et conseils, analyses de situations jalonnées d’exemples, extraits d’œuvres littéraires et d’auteurs (Montaigne, Valéry, Balzac, pour ne citer qu’eux), il démontre aux (non-)lecteurs qu’il n’aura pas fallu attendre le 21e siècle pour aborder le sujet et que d’autres déjà, depuis fort longtemps, s’adonnaient aux joies et au plaisir de la non-lecture.

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02

Qu’est-ce que la lecture ?

Pour bien cerner le sujet dont il est question dans cet ouvrage, Pierre Bayard s’attache à redéfinir l’espace qui entoure la notion de lecture. C’est en partant de cette affirmation pour le moins étonnante, mais somme toute logique, « La lecture est d’abord la non-lecture (…) », qu’il décide d’aborder son analyse de la non-lecture. Il semble en effet tout à fait évident que lorsqu’un lecteur choisit un livre, dans le même temps, il renonce à beaucoup d’autres. Combien de livres laissés fermés pour tous ceux ouverts ?

D’emblée l’auteur déculpabilise le non-lecteur, car il n’y a rien de répréhensible ou de condamnable à ne pas pouvoir ouvrir tous les livres. Choisir de lire, c’est choisir de ne pas lire. Dès lors, la non-lecture devient un acte, une attitude active qui abolit toutes les obligations et les interdits liés à la lecture dont notre culture est si friande. Elle n’est nullement synonyme d’absence de lecture ou de désintérêt. Elle permet même d’avoir accès à une « vue d’ensemble », qui consiste à s’intéresser à la relation entre les livres, aux correspondances qu’ils tissent entre eux. Il faut situer le livre par rapport à l’ensemble qu’il forme avec d’autres, s’intéresser aux multiples filiations entre les textes afin de ne pas réduire le livre à son unique contenu. Au même titre que le bibliothécaire de Robert Musil (L’Homme sans qualités), qui ne lit pas les livres de sa bibliothèque afin de mieux les connaître, cette pratique nous permettra de développer une connaissance intuitive et donc de parler des livres que l’on n’a pas lus.

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03

De la bi­blio­thèque collective à la bi­blio­thèque virtuelle

Pierre Bayard pense le rapport aux livres et à la lecture en termes de bibliothèques qu’il classe selon trois types distincts et complémentaires : la bibliothèque collective, la bibliothèque intérieure et la bibliothèque virtuelle.

Envisager le livre en termes de bibliothèque collective permet de le situer dans un ensemble et non dans un isolement, de tisser des passerelles entre les livres, des flux et des correspondances qui agiront en associations, et aideront le (non-)lecteur à se faire une idée sur les livres qui entourent celui dont il ignore le contenu. Le (non-)lecteur doit ouvrir et non réduire son champ d’action littéraire, comme ne manque pas de le souligner Paul Valéry en affirmant que ce n’est pas un livre en particulier qui compte, mais tous les satellites qui gravitent autour de lui. Il en est de même en ce qui concerne la célèbre pièce de Shakespeare, Hamlet : « À défaut d’avoir eu accès à son contenu, il peut parfaitement en mesurer la situation dans la bibliothèque collective . »

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04

Du livre-écran au livre-fantôme

Aux trois types de bibliothèques évoqués précédemment, correspondent symétriquement trois types de livre : le livre-écran, le livre intérieur et le livre-fantôme.

Le livre-écran se présente comme un élément de substitution de l’objet dont nous parlons. Les livres dont nous parlons n’ont rien à voir avec les livres réels, notre discours ne reflète pas la réalité du livre, car il fait appel à notre culture, à nos souvenirs, à ce que l’on en conserve et ce que l’on en comprend. Notre discours vient alors s’ajouter aux autres discours tenus sur les livres et s’y empile, formant une chaîne à l’infini. Umberto Eco incarne parfaitement cette notion de livre-écran lorsqu’il introduit, dans son roman Le Nom de la rose, un livre que deux des personnages se retrouvent dans l’incapacité de lire, mais dont ils vont cependant devoir parler. Pour y parvenir, ils vont faire appel à leurs souvenirs lointains et à l’idée qu’ils peuvent se faire du livre en question. Ici, le livre devient objet de fantasmes et d’illusions.

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05

La « délecture » est-elle encore une lecture ?

L’écrivain Montaigne était un lecteur qui oubliait. Qui oubliait ce qu’il lisait. Alors il prenait des notes, annotait les livres qu’il « feuilletait », comme il l’écrivait lui-même. Mais il oubliait également ce qu’il écrivait. Ainsi, remet-il en question les limites entre lecture et non-lecture. En effet, une lecture dont on ne se souvient pas reste-t-elle une lecture ? Cette « délecture », qui consiste à oublier ce que l’on vient de lire, soulève la question de la substance même de ce qu’est la lecture et de notre relation au livre. Lire signifie-t-il qu’il faut tout conserver de manière intégrale et homogène dans notre mémoire ? Quel lecteur est capable de lire sans rien oublier ? Car finalement, le lecteur ne conserve de ses lectures que des bribes, des fragments de textes, des titres, des auteurs, des passages, des impressions, des images, des souvenirs.

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06

Critique, création et au­to­bio­gra­phie

La critique d’un texte permet d’imposer ses idées et de parler d’un livre non lu. L’auteur de la critique doit alors être sûr de lui et de ce qu’il avance, même et surtout lorsqu’il n’a pas lu le livre sur lequel il doit écrire ! Il suffit au critique de parcourir le livre en question ou d’en prendre connaissance d’après ce que les autres en disent pour s’en faire une idée et, à son tour, pouvoir en discourir. Le métier de critique est comparé chez Balzac, notamment dans les Illusions perdues, à celui d’un acrobate qui, par un jeu de manipulation, est capable de dire tout et son contraire de manière totalement convaincante, de faire d’un mauvais livre un bon livre et de dénigrer un chef-d’œuvre au point de le faire passer pour un livre médiocre, toute opinion argumentée en valant une autre. On peut tout dire et son contraire, entraîner l’autre là où on le souhaite. Alors, le texte devient prétexte et d’une certaine manière le livre cesse d’exister.

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07

Conclusion

En choisissant un intitulé à l’humour provocateur, l’essayiste Pierre Bayard incite le lecteur à assumer sa pratique de la non-lecture au point de la revendiquer, allant jusqu’à prôner son enseignement. Tout en déculpabilisant le non-lecteur, il le sauve du carcan dans lequel la pression sociale l’enferme et lui reconnaît un véritable statut au même titre que celui de lecteur.

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08

Espace critique

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? va totalement à l’encontre de ce qui est habituellement enseigné aux étudiants : lire, tout lire. Il remet en question tout ce qui est couramment admis sur la lecture en tant qu’acte et sur la non-lecture en tant que non-acte. Même s’il fait désormais partie des ouvrages de référence de Pierre Bayard, ce texte n’est cependant pas le premier en la matière à désacraliser la lecture. En effet, il n’est pas sans rappeler l’essai de Daniel Pennac paru en 1992, Comme un roman, dans lequel l’auteur dresse la liste des « droits du lecteur » et revendique « le droit de ne pas lire ».

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09

Pour aller plus loin

Ouvrages de Pierre Bayard - Bayard, Pierre, Qui a tué Roger Ackroyd ?, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Paradoxe », 1998 (réédition en 2002, coll. « Reprise » ; en 2008, coll. « Double »). - Bayard, Pierre, Le Plagiat par anticipation, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Paradoxe », 2009. - Bayard, Pierre, Aurais-je été résistant ou bourreau ? Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Paradoxe », 2013. - Bayard, Pierre, L'énigme Tolstoïevski, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Paradoxe », 2017.

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