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Couverture de 'Comment lempire romain sest effondre'

Comment l’Empire romain s’est effondré

Kyle Harper

Le climat, les maladies et la chute de Rome

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Description

On ne peut plus raconter l’histoire de la chute de Rome sans tenir compte des changements climatiques et des bacilles mortels qui leur firent suite. "Comment l'Empire romain s'est effondré", l'auteur propose une lecture de la fin de l'Empire romain qui intègre de manière centrale les données climatiques et épidémiologiques. Mais les Romains furent également les complices d’une écologie des maladies qui causa leur perte : les bains publics étaient des bouillons de culture, les égouts stagnaient sous les villes, et les routes qui reliaient tout l’Empire propageaient les épidémies.

Face à ces catastrophes, les habitants de l’Empire ont cru à la fin du monde et les religions eschatologiques ont alors triomphé des religions païennes.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

La chute de Rome a toujours suscité questionnements et débats tant est grande la fascination qu’exerce l’effondrement d’une telle puissance. Depuis les travaux fondateurs de l’historien britannique Edward Gibbon au XVIIIe siècle, les explications s’accumulent, se complètent ou se contredisent à ce sujet. Kyle Harper ne fait pas qu’apporter une interprétation supplémentaire, il relit l’ensemble de ces théories à la lumière de l’histoire environnementale (du climat et des microbes) grâce à de nouvelles sources et aux avancées de la recherche scientifique.

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02

Des germes dans l’Empire

L’Empire romain a été précocement urbanisé. Les villes étaient des merveilles d’ingénierie civile et il ne fait aucun doute que les latrines, les égouts et les systèmes d’adduction d’eau participaient à leur assainissement. Mais ces barrages étaient constamment confrontés à un océan de germes : les rats grouillaient, les mouches pullulaient, on se lavait peu ou pas les mains et la nourriture ne pouvait être protégée des contaminations. Les villes étaient donc des lieux d’insalubrité maximale.

La cité de Rome produisait chaque jour 45 tonnes d’excréments humains ; Kyle Harper précise que les maladies banales se répandant par contamination féco-orale, provoquant des diarrhées fatales, étaient sans doute les premières causes de mortalité dans l’Empire.

Hors des villes, la transformation des paysages exposait également les Romains à des menaces : les défrichages, les assèchements de marais ou de lacs, tout comme le déplacement de rivières pour construire des routes, confrontaient les citoyens à de nouveaux parasites et provoquaient de profonds changements écologiques. Ainsi le paludisme se répandit par piqûre de moustique autour de Rome.

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03

La peste antonine

Dans la biographie de l’empereur Antonin le Pieux (qui régna de 138 à 161), on rapporte qu’une pestilence avait éclaté en Arabie sous son règne. Sans pouvoir le confirmer de manière certaine, Kyle Harper indique qu’il y a de fortes probabilités pour que cela ait marqué le début de la peste antonine.

Une fois dans l’Empire romain, un germe doté d’un tel potentiel et ne se heurtant à aucun obstacle capable de limiter sa violence se propagea sans entrave. Dans l’année 166, la maladie avait gagné la capitale, qui fit l’effet d’une bombe en diffusant le virus dans toute la méditerranée occidentale ; l’armée fut également ravagée par cette peste en 172, dans ce que l’historien qualifie de « seconde vague ». La Gaule et la Germanie furent touchées, tout comme Athènes, l’Égypte et l’Asie mineure.

La peste antonine a stupéfié les témoins de l’époque, certainement habitués aux épidémies mais pas à des phénomènes d’une telle ampleur. La première réaction fut religieuse : il y eut de nombreuses tentatives pour calmer la colère d’Apollon, dont on disait que le temple à Séleucie avait dégagé une odeur pestilentielle au moment de l’apparition des premiers cas sur le territoire romain. L’oracle prescrivait également des libations et des sacrifices pour réduire l’intensité des souffrances, tout comme l’érection aux portes des villes de statues d’Apollon armé de flèches pour détruire les maladies.

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04

Climat et invasions

L’Empire romain de la fin du IVe siècle était l’État le plus puissant du monde et l’un des plus forts qui ait jamais existé. Le système impérial s’était profondément centralisé, contrairement à son organisation initiale, au Ier siècle : s’il y avait moins d’un millier de fonctionnaires au début de l’Empire, on en dénombrait désormais près de 35000. Les empereurs cherchaient en permanence des solutions pour maintenir la stabilité de l’État, à l’instar de Constantin qui se convertit au christianisme au début du IVe siècle, donnant désormais le ton dans la célébration des rites, finançant des lieux de culte et dépouillant les anciens temples.

Le IVe siècle fut aussi le moment où des pressions extérieures vinrent éprouver la solidité du régime. En Occident, les hiérarchies sophistiquées d’une société riche et bien articulée implosèrent, et leur succéda un ordre plus simple et plus primitif. La démonstration de Kyle Harper repose surtout sur le rôle que l’environnement a pu jouer dans cette transformation.

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05

Des germes salvateurs ?

Alors que l’Empire romain titubait face aux avancées des peuples barbares, le roi le plus célèbre des Huns, Attila, renforça les capacités de sa machine de guerre. Durant une décennie environ, il constitua une menace existentielle pour les deux Empires romains, celui d’Orient et celui d’Occident (séparés depuis 395). Au cours de l’année 440, il pilla les Balkans et accumula les richesses. En 447, un puissant tremblement de terre abattait les murailles de Constantinople (57 tours s’effondrèrent), laissant la capitale de l’Empire d’Orient sans défense.

À la tête d’une armée composée de Huns et de Germains, il franchit le Rhin en 451 et la horde se répandit avec fracas en Italie en 452. Les cavaliers pillèrent la vallée du Pô, Milan tomba sans résister et Attila occupa le palais impérial qui s’y trouvait. Les Romains réalisèrent alors que rien ne parviendrait plus à arrêter l’avance des Huns en Italie centrale et, incapable d’opposer la moindre résistance militaire digne de ce nom, ils finirent par envoyer une ambassade négocier avec Attila sous la direction du pape Léon lui-même.

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06

La peste de Justinien et ses consé­quences

La peste justinienne qui débuta en 541, provoquée par le bacille Yersinia pestis, sévit durablement dans tout le bassin méditerranéen. Elle affecta la démographie européenne pour deux siècles et revint sporadiquement frapper le continent jusqu’au XIXe siècle, notamment au Moyen Âge. Le virus était un parasite des puces, elles-mêmes parasites des rongeurs, en premier lieu les rats.

L’Empire romain d’orient constituait pour eux une aubaine : des villes et des réserves de grains partout, et de nombreuses voies de communications, à la fois sur terre et sur mer. En outre, la promiscuité de l’époque favorisait la transmission des virus et le climat du VIe siècle, plus froid, avait pu favoriser l’explosion des populations de rongeurs.

Déjà affaiblie par les problèmes climatiques et son lot de virus habituels, la population de l’Empire fut décimée. Le taux de mortalité atteignit 80% par endroits et près de 50% de la population disparut. La maladie dépeupla Constantinople et Alexandrie. Faute de bras, les récoltes ne se faisaient plus et la famine s’installa. Les cours du blé et le système monétaire furent durablement affectés, comme ils l’avaient déjà été du temps de la peste antonine. Malgré les efforts de Justinien pour préserver son Empire et renouer avec la splendeur de l’époque d’Auguste (premier empereur, en 27 avant J.C.), l’élan était brisé.

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07

Conclusion

Cet ouvrage de Kyle Harper met en valeur le poids des éléments naturels sur les sociétés humaines, et en l’occurrence ici sur le déclin de l’Empire romain. Il donne une vision nouvelle de l’histoire, octroyant à la nature le premier rôle et offrant à son étude une réflexion résolument contemporaine, où le changement climatique est perçu comme une force supérieure qui s’imposerait à une humanité impuissante, et face à laquelle toutes les classes sociales seraient égales.

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08

Zone critique

Au-delà des conclusions offertes par cette étude et qui permettent d’envisager la chute de Rome différemment, les principaux apports de cet ouvrage sont assurément méthodologiques et historiographiques. Il établit un pont entre des sciences aussi éloignées que l’histoire et la biologie. À travers ces lignes, on voit poindre l’histoire environnementale, à laquelle peut être associée celle des agents pathogènes, à la faveur des avancées de l’anthropologie et de la recherche microbienne.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Kyle Harper, Comment l’Empire romain s’est effondré. Le climat, les maladies et la chute de Rome, Paris, La Découverte, 2019.

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