
Comment gouverner un peuple-roi ?
Traité nouveau d’art politique
Description
Cet ouvrage cherche à répondre à la question suivante : comment le peuple-roi peut-il se gouverner ? En renouant avec la tradition des traités d’art politique, Pierre-Henri Tavoillot revient sur le fonctionnement du régime démocratique et sur l’énigme de l’obéissance volontaire du peuple en démocratie.
À travers la lecture et la confrontation des grands auteurs du passé, il nous livre une critique étayée de ce régime politique tout en s’en faisant le défenseur acharné.
Sommaire
01Introduction
Partant du constant d’une remise en cause voire d’un rejet de la démocratie représentative dans nos sociétés actuelles, Pierre-Henri Tavoillot se propose de revenir sur les soubassements conceptuels et les règles qui fondent la pratique démocratique.

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02La théorie des cinq peuples
La première préoccupation de l’auteur consiste à circonscrire le peuple de manière positive afin de dépasser l’impasse consistant à identifier les ennemis du peuple comme préalable à tout projet définitionnel. Pour commencer, le peuple a trois visages. Le peuple-société est composé d’une somme d’individus libres et égaux vivant dans un espace commun. Mais, pour se constituer en peuple, ces individus doivent vouloir vivre ensemble, d’où l’instauration de l’État comme garant de la vie en société et de sa pérennité. Afin d’équilibrer ces deux peuples, Tavoillot fait intervenir le peuple-opinion, chargé d’établir la médiation entre la société et l’État. Mais toujours la volonté hégémonique de l’un de ces trois peuples d’incarner l’intégralité du peuple est à l’origine des pathologies démocratiques, comme la propagande ou la transparence.
Pierre-Henri Tavoillot nous propose ici de changer de point de vue : la quatrième dimension du peuple ne s’incarnerait plus dans des visages, mais dans une méthode. Pour fonctionner et pour permettre aux trois peuples identifiés de coexister de manière équilibrée, il faut mettre en place un ensemble de règles. À la question de savoir qui est le peuple, l’auteur substitue la question des fonctions qui lui incombent : le peuple confère aux politiques, à travers l’élection, l’autorité nécessaire pour agir ; par la délibération, il contribue à préparer la décision ; il décide par l’intermédiaire de ses représentants ; enfin, il leur demande régulièrement des comptes.

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03Les maux de la démocratie
Afin de mieux conceptualiser le pouvoir en démocratie, l’auteur part des déceptions qui s’expriment de manière de plus en plus virulente à l’encontre de la démocratie. Si l’ère du déclin n’est pas amorcée, la démocratie est en crise pour les uns, pour les autres elle souffre d’une déliquescence de la souveraineté, quand d’autres encore y voient un déficit de sens.
Pour contrer la crise de la représentation, la volonté de « radicaliser la démocratie » s’impose de plus en plus chez certaines élites politiques comme chez les citoyens déçus. Dans ce cadre se développe l’idéal d’une démocratie directe.
De nombreuses publications ainsi que des initiatives et innovations citoyennes visent à concevoir un nouveau gouvernement réellement citoyen. Selon l’auteur, ces revendications très diverses ont deux points communs : une méfiance à l’égard du pouvoir politique et une mise en exergue de l’individualisme. C’est notamment sur ce second point que Tavoillot veut nous alerter : « Le risque, en voulant radicaliser la démocratie, c’est de la perdre » (p. 71). Pour respecter et protéger la liberté collective, les institutions représentatives ont été érigées dans l’objectif d’établir des médiations entre les volontés immédiates et les décisions politiques. Il oppose ainsi les libertés individuelles à la liberté collective, garante du destin commun.

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04Se choisir un chef
S’il est vrai que l’élection est le point de départ de la démocratie, le principe électif n’est pas démocratique en tant que tel. Élire signifie choisir le meilleur et non le même, d’où le caractère aristocratique de l’élection. Représenter souligne que seuls quelques-uns exercent le pouvoir, ce qui met en exergue le principe oligarchique. Enfin, le poids de chaque vote est relatif au nombre de suffrages, instaurant de fait une sorte de « némocratie » (ou pouvoir de personne).
Ces propos volontairement provocateurs permettent à l’auteur de faire apparaître les facteurs explicatifs du vote et les moyens de se doter d’un chef. Il existerait six méthodes. Les trois premières consistent à se fier à une autorité supérieure et incontestable, relevant du passé, de la nature et du divin. Les trois autres sont d’ordre humain : la méthode méritocratique du concours, la méthode démocratique du tirage au sort et la méthode aristocratique du vote. Si le vote est aristocratique dans son esprit, sa pratique devient démocratique après l’introduction de trois éléments : le suffrage universel, la logique représentative et des campagnes électorales ouvertes, pluralistes et équitables.

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05L’art de la délibération
La démocratie a un besoin crucial de délibération, entendue comme examen préparant la décision. L’auteur retient trois idées principales de la réflexion d’Aristote sur la délibération. D’abord, elle permet d’organiser le désaccord et ce, qu’elle soit individuelle ou collective. Ensuite, la délibération relève du domaine de l’action possible à venir. Enfin, elle ne porte pas sur les finalités de cette action, mais sur les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir, ce qui implique que « pour pouvoir délibérer, il faut déjà être d’accord sur l’essentiel » (p.183). Le principal problème des démocraties contemporaines réside dans le fait que les finalités ont perdu leur caractère d’évidence, d’où le risque de délibérer sans fin et sans finalité.
La délibération se développe dans plusieurs sphères aujourd’hui : le Parlement, l’espace public et la société civile. L’existence et la complémentarité de ces trois sphères délibératives révèlent la vitalité de la démocratie. Cependant, l’auteur fait ici le constat d’un brouillage de ces sphères. La délibération institutionnelle, longtemps majoritaire, a progressivement cédé le pas à la délibération publique, les médias s’affirmant comme des contre-pouvoirs, voire des méta-pouvoirs dans une logique de recherche de la vérité, ou encore des anti-pouvoirs dans une optique de dénonciation d’un pouvoir nécessairement corrompu.

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06Décider et rendre des comptes
L’auteur critique ce qu’il nomme les utopies délibératives et les illusions participatives, qui excluent de fait une grande partie des électeurs et alimentent le sentiment de crise de la représentation. D’après lui, la participation reviendrait à supprimer l’un des piliers de la démocratie : la reddition de comptes permettant d’évaluer la réussite ou l’échec d’une décision.
La décision politique a plusieurs volets : elle consiste à envisager ce qu’il faut faire, mais également la manière de le faire. Elle est en outre un choix et un commandement, impliquant la volonté d’être obéi. Sans elle, il ne peut y avoir ni peuple ni représentation. Un autre problème lié à la décision est donc la légitimité du décideur. Pour résoudre les tensions et les écarts entre représentants et représentés, Tavoillot part du principe que le peuple doit dans un premier temps décider, à savoir choisir ses représentants, et, dans un second temps, accepter de décider par l’intermédiaire de ces derniers. L’objectif est d’éviter que la démocratie ne se retourne contre elle-même, que les contre-pouvoirs ne s’imposent sur le pouvoir d’exercer et de décider.

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07Conclusion
Ce traité politique revient sur l’essence même de la vie démocratique et sur le difficile exercice de l’art politique en démocratie. À travers la relecture de nombreux auteurs tant anciens que modernes et des études de cas historiques et contemporaines prises sur tous les continents, Pierre-Henri Tavoillot nous livre ici un traité vivifiant qui revitalise la démocratie et cherche à responsabiliser les citoyens. Comme il le dit lui-même en introduction, la démocratie est un régime « de grands », elle nous impose de penser et d’agir en adulte.

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08Zone critique
La profusion des traités sur l’art de gouverner n’enlève rien à cette nouvelle publication qui est une réflexion très actuelle tout autant sur l’art de gouverner que sur l’art d’être gouverné. Cet ouvrage s’attache à fournir une meilleure compréhension de nos démocraties en insistant sur l’horizon démocratique : grandir et faire grandir.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Comment gouverner un peuple-roi ? Traité nouveau d’art politique, Paris, Odile Jacob, 2019.
Du même auteur – Qui doit gouverner ? Une brève histoire de l’autorité, Paris, Grasset, 2011. – L’Abeille (et le) philosophe. Étonnant voyage dans la ruche des sages, avec François Tavoillot, Paris, Odile Jacob, 2015. – De mieux en mieux et de pire en pire. Chroniques hyper modernes, Paris, Odile Jacob, 2017.

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