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Couverture de 'Comme un vide en moi'

Comme un vide en moi

Moussa Nabati

Réflexions sur la quête de sens et l'expérience du vide

Écouter l'extrait du podcast :
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Description

Nombreuses sont les personnes qui se plaignent de se sentir « vides », alors que la vie semble, par ailleurs, les avoir comblées. Elles traînent un mal-être caractérisé par une profonde angoisse, une instabilité, une hyperactivité et/ou une frénésie de consommation, sur tous les plans (objets, amours, travail…).

À travers trois témoignages, le psychanalyste Moussa Nabati montre que ce mal-être reflète l’absence à soi, ou la non implication de la personne dans la vie qu’elle est censée vivre, ici et maintenant. Et cache un trouble, la dépression précoce infantile, issue d’une carence ancienne, due à l’indisponibilité psychologique de la mère. Il nous donne des pistes d’évolution et de guérison pour transformer son vide en source d’énergie et « cueillir les roses de la vie ».

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

La présence à soi et aux autres est la condition impérative pour qu’un sujet soit vraiment en lien avec son environnement et son entourage.

En revanche, s’il souffre de dissociation, de division entre son corps et son esprit, s’il est physiquement là, mais psychologiquement absent, il manque cruellement d’amour et d’estime de soi. Il se disperse et s’égare, incapable de prendre des décisions et de mener ses actions à leur terme. Il est instable, impatient, indécis. « Il est sans cesse aimanté par autre chose, quelqu’un d’autre, ailleurs ou plus tard », précise Moussa Nabati (p. 10).

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02

Trois personnages aux vécus divers, mais souffrant d’une même carence matricielle

Moussa Nabati axe son propos sur les témoignages de trois de ses patients, des trentenaires souffrant tous d’un profond mal-être existentiel. D’abord, Sophie. Une jeune femme élégante, dotée de beaucoup de prestance, mais qui se plaint d’une vie vide, sans enfant, sans mari, sans famille. Son vécu amoureux est désert depuis sa dernière rupture sentimentale, il y a deux ans. Ses parents sont absents et éloignés.

Elle occupe une position professionnelle enviée, mais elle a envie d’aller voir ailleurs, de changer de métier. Sophie a vécu une dizaine de déménagements, elle n’arrive à se fixer nulle part. Elle vit sa beauté comme un fardeau, qui l’éloigne des autres. En amour, elle se montre instable et inconséquente, étant avant tout attirée par des hommes indisponibles.

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03

La dépression infantile précoce

La dépression infantile précoce (DIP) constitue, pour Moussa Nabati, « le prototype, la source et le noyau de toute dépression future chez l’adulte » (p.47). Cette dépression est née de l’expulsion précoce de la matrice. À savoir l’utérus, l’organe vital de gestation, accru d’une dimension d’amour et de protection ultimes. L’auteur distingue quatre matrices, chacune étant susceptible de provoquer un manque chez le sujet si elle vient à lui faire défaut. En notant toutefois que la relation mère-enfant est d’essence triangulaire, incluant la présence physique et/ou psychologique du père.

La première matrice englobe les neuf mois de grossesse. Selon l’auteur, tout manque de la mère à cette période (déni ou refus de la grossesse, hyper investissement du travail, de l’argent ou du pouvoir, deuil inopiné, etc.) se traduira par un vide. La deuxième séquence matricielle va de la naissance à trois-quatre ans, le temps de la petite enfance. Elle tourne court si la mère se montre immature, malade, déprimée, froide, distante, insuffisamment maternelle, débordée ou hostile. La troisième matrice est constituée par la famille élargie (père, fratrie, grands-parents, oncles et tantes). La quatrième, enfin, vient prolonger la fonction matricielle originelle. Elle est constituée par la patrie, le village ou la ville natals et, de manière plus large, de la raréfaction des institutions, laïques ou religieuses.

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04

Le sujet atteint de DIP, tenaillé entre fuite et quête permanentes

Ne s’aimant pas, le sujet souffrant de DIP a tendance à exagérer la place et l’importance de l’amour en le plaçant au cœur de son existence. Il manifeste, par ailleurs, une difficulté viscérale à vivre l’instant présent, à cueillir, comme le recommandait le poète Ronsard « dès aujourd’hui les roses de la vie ». Il se voit obligé d’investir une grande quantité d’énergie vitale dans deux stratégies de survie : la fuite et la quête.

Le côté fuite se traduit par de l’ambivalence, qui se manifeste de quatre manières : la peur de l’amour, qui contraint à rester seul, prétendument « libre », avec la libido orientée vers d’autres domaines : amitié, sport, travail… D’autres vont vers le consumérisme sexuel, comportement de butinage qui accentue à son tour le blocage du sentiment amoureux. D’autres, encore, demandent à leur compagnon d’incarner la matrice, la mère fantasmatique, idéale et aimante. La panique d’être abandonné est parfois si douloureuse que le sujet pousse à la rupture ou en prend lui-même l’initiative. Quatrième type de sujets : ceux qui s’enlisent dans le sado-masochisme, se précipitant vers des individus indisponibles, déprimés ou pervers (le cas de Sophie).

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05

Réhabiliter les sentiments dits négatifs : souffrance, culpabilité et vide

Pour guérir, le sujet doit reconnaître et accepter ses parts d’ombres et tous les sentiments en lui décrits par la société comme négatifs, pernicieux ou dangereux : défauts, faiblesses, imperfections.

Les psychotropes – en particulier les antidépresseurs – dont la France est championne d’Europe côté consommation, peuvent apaiser une souffrance trop vive ou prémunir contre un danger immédiat (en cas de risque de suicide notamment). Mais en abuser, se fier à eux comme à une sorte de « pilule du bonheur » qu’on avalerait sans chercher à creuser plus avant dans les profondeurs de son mal-être, serait contre-productif et préjudiciable.

L’auteur dénonce un malentendu visant à présenter la souffrance psychique comme un phénomène par essence négatif, alors qu’au fond, « elle est porteuse d’un message dont le décodage se révèle primordial pour devenir soi » (p. 202). En ce sens, elle remplit la même fonction que la fièvre sur le plan somatique.

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06

Cinq pistes pour parvenir à la « com­pré­hen­sion incarnée »

La « compréhension incarnée » selon Moussa Nabati, c’est un processus d’analyse de l’âme d’un sujet basé à la fois sur le psychisme et sur le vécu personnel. Outre la réhabilitation du vide, l’auteur propose quatre pistes pour aider chacun à réussir dans cette double démarche. Primo, retrouver son enfant intérieur, celui « qui pleure à travers les yeux de l’adulte » (p. 298). Ce processus de division de l’être en deux aide à retrouver les émotions enfouies, positives ou négatives, du passé. Une décentration qui rend les problèmes moins graves et vitaux.

Secundo, assumer les différences. À commencer par l’hétérogénéité entre les deux sexes. C’est la différenciation sexuelle qui permettra au sujet de s’aimer tel qu’il est, sans se sentir déprécié et qui le pousse à aimer l’autre. Non seulement la différence des sexes n’est pas discriminante, mais elle consiste, à l’inverse, en introduisant une distance entre les deux sexes, à les rapprocher. Tertio, cultiver son intériorité en s’autorisant à se mettre un peu plus à l’écoute de soi-même et en s’autorisant à formuler, sans jugement, ce que l’on pense ou ressent. Accepter frustration et interdit, par essence libérateurs, et retrouver le désir gratuit, différencié du besoin.

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07

Conclusion

Le concept de la « compréhension incarnée » va de pair, chez le sujet souffrant de DIP, avec un changement de regard et d’attitude dans son existence quotidienne. Il lui incombe de se désintoxiquer de ce mécanisme de survie, en retrouvant son enfant intérieur et ses émotions refoulées dans l’inconscient. De différencier le dehors du dedans, le désir du besoin, le masculin du féminin, en ralentissant le temps, en apprenant la patience et en consentant au manque.

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08

Zone critique

Ouvrage profond et clair et dont les trois exemples vécus, fils rouges des démonstrations théoriques, illustrent, de manière concrète, les dégâts occasionnés par les lacunes parentales, parfois sur plusieurs générations.

Comme un vide en moi est aussi une analyse et pertinente des dérives de notre société de consommation, qui nous invite à réfléchir sur nos « remplissages » compulsifs. On regrettera toutefois certaines prises de position discutables. D’abord, l’incrimination majeure de la mère en matière de responsabilité de la dépression infantile : une approche classique en psychanalyse, mais qui apparaît de plus en plus datée et contestée. Tout comme les critiques émises par l’auteur sur la « société moderne ».

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Comme un vide en moi : habiter son présent, Le Livre de Poche, 2014.

Du même auteur – Le bonheur d'être soi, Paris, Le Livre de Poche, 2008. – Guérir son enfant intérieur, Paris, Le Livre de Poche, 2009.

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