Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'Colere et temps'

Colère et temps

Peter Sloterdijk

Réflexions sur la colère à travers le temps

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Dans cet essai « politico-psychologique » original et très actuel, Peter Sloterdijk analyse notre histoire politique occidentale sous le prisme psychologique de nos affects. Et plus précisément des affects dits « thymotiques », c’est-à-dire relatifs à ce que les Grecs nommaient le thumos, le cœur ou l’ardeur.

Ces affects, qui sont ceux que nous mobilisons lorsque nous nous révoltons ou défendons nos droits et notre dignité, peuvent également constituer une réserve de colère et de ressentiment manipulable par les forces politiques.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Dans La République, Platon distinguait dans l’âme trois fonctions, ayant chacune leur siège dans le corps : la raison (siégeant dans la tête), le désir ou l’appétit au sens large (siégeant dans le ventre) et enfin le thumos, traduit le plus souvent par ardeur ou colère (siégeant dans le cœur).

Mais chez le philosophe antique, les affects « thymotiques » ne sont qu’une partie intermédiaire, entre l’élan rationnel vers la connaissance et l’élan irrationnel vers le plaisir et tout ce dont nous avons l’impression de manquer. Pourtant, ces affects liés au cœur sont riches et ambivalents : dans leur versant positif et lorsqu’ils servent la raison, ils peuvent être le moteur du respect de soi et de la dignité ; et dans leur versant négatif et lorsqu’ils servent nos appétits, celui de la vengeance, du ressentiment ou du désir de domination. Ces affects se retrouvent donc dans la plupart des actions humaines. La colère, la vengeance, la fierté ou encore l’orgueil ne sont pas un simple intermédiaire entre le rationnel et l’irrationnel, mais ils influencent une bonne part de notre rapport au monde.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Comment les Grecs com­pre­naient-ils la colère ?

Peter Sloterdijk part d’un exemple de colère illustre afin d’analyser l’évolution de notre conception de cet affect, de la Grèce antique à nos jours. Il s’agit de la colère d’Achille dans l’Illiade, d’Homère. De par ses proportions et ses conséquences, sa réaction colérique, qui déclenche une guerre de Trente Ans, peut nous sembler aujourd’hui erratique et immature. Car nous, c’est-à-dire occidentaux de culture chrétienne et humaniste, valorisons plutôt la maîtrise de soi et la juste proportion entre une situation et la réaction qu’elle est censée susciter. Mais c’est ici que l’on peut comprendre l’évolution de notre perception de cet affect.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Pourquoi la ci­vi­li­sa­tion a-t-elle étouffé la colère ?

Pour le philosophe, cette admiration de la colère n’a cependant pas duré et les civilisations de notre ère auraient plutôt cherché à étouffer et à effacer toute manifestation des affects thymotiques. Comme il le rappelle, la raison a été analysée par Sigmund Freud dans son ouvrage Le Malaise dans la culture. Celui-ci part d’un constat : nous nous sentons rarement heureux.

Et pourtant, nous sommes censés l’être dans les civilisations modernes et contemporaines puisqu’elles nous garantissent la sécurité, le confort et le progrès. La cause de ce sentiment de malheur est toutefois que la culture, pour nous garantir ces choses, doit opérer une modification des dispositions pulsionnelles de l’Homme. Les pulsions, qui sont les représentations psychiques d’une excitation physique au sens large, sont déplacées, sublimées dans les activités artistiques et scientifiques, ou tout simplement censurées. Car pour s’établir, la culture doit étouffer les pulsions qui pourraient la mettre en danger, et en premier lieu les pulsions thymotiques.

Être empêché de décharger sa colère, son ressentiment ou son orgueil à volonté est ainsi nécessaire pour bien vivre ensemble, mais cela nous cause aussi de grandes frustrations. Finalement, la culture nous oblige à troquer le principe de plaisir contre le principe de réalité. Le premier poursuit l’assouvissement de nos pulsions et la satisfaction de nos désirs, qu’ils soient bons ou mauvais pour les autres et pour nous-mêmes. Tandis que le second nous commande d’adapter et de proportionner cet assouvissement à la réalité et à ses exigences, ce qui implique souvent de renoncer au plaisir ou à la décharge émotionnelle. La culture domestique donc la colère.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Les banques modernes de colère : les « partis de gauche »

Comme les affects thymotiques font partie de la nature humaine, les étouffer et les détourner nous a rendus aptes à vivre ensemble, mais cela ne les a pas faits disparaître pour autant. C’est pour cela que le philosophe se demande où ces affects résident, puisqu’ils ne peuvent ni disparaître ni s’exprimer pleinement en société. Pour répondre, il commence par distinguer, pour tout type de biens accumulables, ce qui est de l’ordre du trésor et ce qui est de l’ordre du capital. Lorsqu’on accumule une valeur au cas où une difficulté surviendrait et rendrait nécessaire son utilisation, on peut parler d’un trésor.

À l’inverse, si on accumule cette valeur, non pas pour s’assurer en cas de difficulté, mais pour la faire fructifier, moyennant une prise de risque, on parle alors de capital. Et son idée est que nos affects les plus violents ne sont pas restés en nous à l’état de trésor, que l’on pourrait mobiliser pour défendre notre vie, nos intérêts ou nous soulever contre une oppression. Mais ils auraient été capitalisés, afin de fructifier. On aurait ainsi formé dans la société ce qu’il nomme des « banques de colère », qui se saisissent de nos affects thymotiques, indésirables pour le bien vivre ensemble, et qui en font profit.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

La défaite des banques de colère face au capitalisme

Ces banques de la colère auraient toutefois fait faillite en Occident au cours de ces dernières décennies. Il y aurait des causes majeures à cela d’après l’auteur. D’abord, la chute des grands systèmes de gauche (maoïsme et stalinisme notamment) aurait enlevé le pouvoir politique à ces banques de colère. Et ensuite les acquis sociaux obtenus dans l’après-guerre auraient paradoxalement été une défaite en ce qu’ils auraient calmé les affects thymotiques et désamorcé alors tout appel à eux.

Ces banques de colère n’ont pas seulement chuté, mais elles ont perdu, face à un autre système bancaire, au sens métaphorique comme au sens propre cette fois-ci, à savoir le capitalisme. La chute des partis politiques et le confort relatif acquis par les premiers acquis sociaux, une fois combinés, auraient en effet enlevé aux banques politiques de la colère leur souveraineté. Ce qui est exact, si l’on définit comme lui la souveraineté comme « la faculté de menacer de façon crédible » (p.299). Or, c’est dans les négociations entre travailleurs et représentants du capital (industriels et classes dirigeantes) que les banques de colère avaient besoin de souveraineté. En l’absence d’un adversaire fort, les dirigeants du capital ont donc pu imposer leur propre révolution : la révolution du marché.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

L’islamisme peut-il capitaliser sur la colère ?

Si les « partis de gauche » sont en fort déclin ces dernières décennies, le philosophe voit une nouvelle force politique et sociétale émerger, capable de capter la colère : l’islamisme. Peut-il vraiment connaître le même destin ?

Le philosophe envisage d’abord les raisons pour lesquelles le courant idéologico-religieux pourrait avoir de parvenir à capter les affects des peuples et à les réutiliser à son profit. Il y a d’abord un facteur numéraire : le nombre de musulmans a été multiplié par huit en cinquante ans. Et un facteur psycho-sociologique : pour beaucoup de jeunes hommes n’étant pas l’aîné de leur famille ni le cadre familial ni le cadre sociétal ne semblent offrir de perspective de progression. L’islamisme peut alors trouver là un trésor d’orgueil et de ressentiment à utiliser, en leur promettant une forme d’ascension rapide.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

Conclusion

Peter Sloterdijk donne à lire une grille de lecture psychopolitique originale, et très actuelle, de l’histoire occidentale. Au terme de cette analyse, il espère non pas la fin de tout affect thymotique, mais au moins la fin de l’humilité vengeresse et de sa capitalisation politique.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

08

Zone critique

Les thèses défendues par Peter Sloterdijk semblent très inspirées Nietzsche, qui mettait au jour, de manière aussi polémique que lui, l’importance des passions écartées par la société, comme le ressentiment ou l’égoïsme, dans la conduite humaine. Mais également par Michel Foucault. Pour ce dernier, le pouvoir des sociétés modernes et contemporaines ne s’établit plus par le pouvoir de donner la mort, mais plutôt en faisant prospérer et en contrôlant les corps et les populations. Du contrôle des vies au contrôle des affects, il n’y a donc qu’un pas, que Sloterdijk franchit dans son interprétation de l’histoire politique.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Peter Sloterdijk, Colère et temps [2007], Paris, Éditions Fayard, coll. « Pluriel », 2011.

Du même auteur – Critique de la raison cynique, Christian Bourgois, 2000 [1983]. – La Domestication de l’Être : Pour un éclaircissement de la clairière, Mille et une nuits, 2000. – Repenser l'impôt. Pour une éthique du don démocratique, Paris, Libella-Maren Sell, 2012. – Après nous le déluge. Les Temps modernes comme expérience antigénéalogique, Paris, Payot, coll. « Essais Payot », 2016.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !