
Changer d’avenir
Réinventer le travail et le modèle économique
Description
L’ouvrage comporte quatre parties qui sont autant de points de tension à partir desquels les économistes atterrés se proposent de réfléchir : la transition écologique, le contrôle démocratique des données face au développement des GAFA, le devenir des droits des travailleurs devant l’« uberisation » du travail, la recrudescence des communs pour lutter contre l’accaparement du secteur public par le secteur privé.
Les économistes atterrés proposent de « faire un pas de côté » pour sortir du crédo néolibéral et refonder une société plus écologique et plus sociale, plus républicaine et plus démocratique.
Sommaire
01Introduction
La crise de 2008, elle-même révélatrice d’une crise du capitalisme, a mis l’Europe et le monde dans l’impasse. La France n’y échappe pas : elle est au milieu de la tempête et peine notamment à résorber le chômage. Face à cette situation, l’objectif des économistes atterrés, dans ce livre, consiste à mener la critique des politiques néolibérales et à proposer des alternatives aux recettes éculées (la croissance à tout prix, l’austérité, la finance régulatrice) qui en découlent.

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02La stagnation séculaire du capitalisme
Le point de départ des économistes atterrés s’inscrit dans la discussion de l’hypothèse d’une stagnation séculière du capitalisme. La croissance nationale, européenne et mondiale serait-elle en train de prendre fin, une bonne fois pour toute ? Ou devons-nous au contraire nous préparer à une accélération brutale due au développement technique ? Telle est l’une des questions qui divise le champ économique.
Ralentissement démographique, scolarisation de la population déjà bien avancée (au moins dans les pays occidentaux), désindustrialisation, augmentation de la dette, coût du réchauffement climatique, absence de « bond » productif lié aux technologies numériques et primat de l’épargne sur l’investissement constituent les principaux arguments avancés par une série d’économistes « pessimistes » pour justifier l’hypothèse d’une stagnation séculaire de la croissance.

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03L’ère de l’anthropocène
Premier chantier : celui de l’écologie. Selon les auteurs, le terme d’anthropocène est à raison jugé inadéquat par beaucoup d’intellectuels de tradition éco-socialiste. Les changements géologiques et climatiques en cours sont-ils le fait de l’Homme ou d’une partie seulement de l’humanité ? Il conviendrait de ne pas masquer, sous cette notion trop vague, les inégalités sociales réelles qui à la fois causent et résultent de ces transformations. Les économistes atterrés s’accordent à considérer que le capitalisme et ses conséquences doivent être placés au cœur même de cette discussion ; il faut oser montrer du doigt des processus sociaux concrets et affirmer la fin de la croissance infinie.
Par conséquent, les économistes atterrés refusent donc de s’en tenir à une économie de l’environnement qui appliquerait la logique néolibérale au « capital naturel ». Il s’agit pour eux d’un jeu extrêmement dangereux, puisqu’il mène à accuser les pays en développement des torts dont les pays occidentaux se lavent dès lors les mains. La Banque mondiale et d’autres institutions internationales ou européennes empruntent malheureusement cette voie de la « croissance verte ». Ce qui se met alors en place, c’est la financiarisation des biens naturels. Ceux-ci deviennent échangeables ou compensables sur des marchés d’obligations où peuvent se revendre des « services écosystémiques ».

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04La puissance des GAFA
Deuxième chantier : le développement des technologies de l’information et le pouvoir des GAFA. Les GAFA [ou GAFAM si on y inclut Microsoft] sont des multinationales qui fondent leur richesse et leur pouvoir monopolistique sur ces technologies de l’information. Elles sont à l’affût de la moindre innovation, qu’elles s’approprient par l’intermédiaire d’achats massifs de brevets. Un objectif : être premier dans la course au développement technique. De par leur poids et l’infiltration de ces techniques dans le quotidien, ces firmes sont en position d’exercer une influence considérable sur les vies des citoyens et de sociétés tout entières.
Un premier pas consiste donc à relativiser les services rendus par ces entreprises à partir du coût personnel et social que leur fourniture implique, à savoir le sacrifice de pans entiers de notre vie privée et la mise en péril des processus démocratiques. Les États qui jouent le jeu de ces firmes s’exposent en effet à une grave perte de souveraineté. Pourquoi ? Car ces mastodontes pèsent parfois plus lourd financièrement qu’un pays entier (en termes de PIB) et sont en mesure d’exercer un lobbying pouvant détruire les institutions publiques. Ce sont en particulier les secteurs du soin et de la santé, de la culture et de l’éducation qui sont touchés par l’appétit des GAFA, à savoir des services appartenant traditionnellement au domaine public, en France au moins.

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05Les transformations du travail
Troisième chantier : le travail et l’industrie. Les « champions nationaux » du système industriel français des années 1960-1970 se sont libérés de la tutelle étatique, ont grossi et sont devenus de puissants acteurs internationaux qui ne bénéficient plus directement à l’économie nationale. D’ailleurs, ce mouvement accompagne et même participe à la désindustrialisation du pays, puisque ces sociétés n’emploient plus directement en France. Bref, le modèle fordiste des grands projets a progressivement disparu au profit d’une recherche de rentabilité conduite sous l’étendard de la concurrence, de la finance et de la mondialisation.
En outre, c’est la façon même de concevoir le travail et sa gestion qui s’est transformée. On parle aujourd’hui de néo-management pour caractériser l’investissement de l’espace mental du salarié par des dispositifs d’évaluation, de contrôle et d’assujettissement. Désormais, l’individu doit prendre conscience de ses compétences et s’organiser à la manière d’une entreprise. Il doit « capitaliser » et « se développer ». Les risques liés au travail deviennent de plus en plus des risques « psycho-sociaux ». Le burn-out fait ici figure d’exemple-type.

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06La privatisation galopante
Quatrième chantier : les biens publics et les services publics. Ceux-ci font aujourd’hui l’objet d’une conquête de la part du secteur privé. Il s’agit d’une série « d’expérimentations » de grande ampleur, orchestrées par les idéologues néolibéraux et les gouvernements, main dans la main avec les entreprises.
Ce qui était jusqu’alors considéré comme échappant au commerce (la connaissance, l’éducation, la santé ou encore la gestion de l’eau par exemple) se transforme en marchandise. Ce mouvement dénote au passage un glissement sémantique de la notion de chose publique (res publica) qui, de bien appartenant au peuple, devient un bien appartenant à l’État – un bien dont il peut disposer à sa guise.

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07Pistes pour refonder le travail
Pour répondre aux questions soulevées en amont, et particulièrement celles liées au travail et au chômage, les économistes atterrés passent en revue une première série de propositions habituellement réunies sous le label de « revenu universel » ou « revenu de base ». L’idée consiste à verser un revenu à chaque citoyen, quelle que soit son activité. Cette proposition a acquis de nombreux promoteurs, à gauche comme à droite.
Toutefois, après analyse, les auteurs rejettent cette piste qui pourrait in fine, selon eux, accroître la fracture entre les exclus du travail et les autres. Plutôt que de miser sur la fin du travail (ce qui est l’une des hypothèses partagées par un grand nombre des défenseurs du revenu universel), il faudrait chercher à retrouver le plein emploi à partir d’une réduction intelligente du temps de travail.

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08Pistes pour assurer la transition écologique
Les économistes atterrés développent ensuite trois propositions complémentaires pour allier écologie et reprise de l’emploi. Celles-ci concernent l’investissement public, la relance de la politique industrielle et le financement de la transition écologique.
Les auteurs affirment d’abord l’utilité du secteur public et l’intérêt d’investir en lui. Cela serait d’autant plus vrai aujourd’hui, avec la crise sociale et écologique. Il faudrait selon eux cumuler à la politique d’investissement public, une politique d’emploi public. Contrairement aux ritournelles du discours ambiant, il conviendrait donc bien d’augmenter le nombre de fonctionnaires : « [N]ombre de services publics, bien loin d’être en sureffectif, manquent […] de personnel : justice, enseignement supérieur, fonction publique hospitalière, etc. » (p.202).

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09Conclusion
La croissance n’est pas infinie : les « ressources » – celles de la planète, celles des humains – sont limitées. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille arrêter de travailler et/ou laisser l’avenir de la production à la robotisation ; il vaut mieux repenser l’avenir à partir d’une compréhension nouvelle du travail et de l’activité productive. Cela pourrait passer par l’instauration de nouvelles formes juridiques assurant les droits du travailleur et garantissant le caractère commun de certains biens et services.

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10Zone critique
L’ouvrage est bien organisé et se lit assez facilement. Les auteurs ont aussi pris soin de lier les thématiques entre elles afin de faire apparaître – encore en creux – un modèle alternatif d’économie et de société. Par ailleurs, ils indiquent clairement ce qu’ils rejettent : l’économie néolibérale qui détruit aussi bien la planète que les rapports humains. Des dispositifs et arguments sont discutés de manière parfois technique mais toujours compréhensible. Des exemples viennent aussi étayer chaque argument.

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11Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Les économistes atterrés, Changer d’avenir. Réinventer le travail et le modèle économique, Paris, Les liens qui libèrent, 2017.
Des mêmes auteurs – Manifeste d'économistes atterrés : Crise et dettes en Europe : 10 fausses évidences, 22 mesures en débat pour sortir de l'impasse, Paris, Les Liens qui libèrent, 2011. – Changez l'Europe !, Paris, Les Liens qui libèrent, 2013 – Nouveau manifeste des économistes atterrés : 15 chantiers pour une autre économie, Paris, Les Liens qui libèrent, 2015. – Macron, un mauvais tournant, Paris, Les Liens qui libèrent, 2018.

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