
Cessez d’être gentil, soyez vrai
Être avec les autres tout en restant soi-même
Description
Depuis notre plus jeune âge, nous avons appris à taire et ignorer nos émotions et nos sentiments, à jouer un rôle afin de nous intégrer et d’obtenir la reconnaissance sociale que nous attendions.
Autrement dit, nous avons appris que pour être avec les autres, il fallait se couper de soi. Pour Thomas d’Asembourg, la violence naît précisément de cette coupure : car ne pas s’écouter, ne pas se respecter, c’est d’abord se faire violence à soi-même. Cette non-conscience de soi mène tôt à tard à ne pas écouter ni respecter l’autre.
Pourtant, certains outils, comme la Communication NonViolente (CNV), permettent d’aller à la rencontre de soi-même et de l’autre jusque dans les situations les plus conflictuelles.
Sommaire
01Introduction
Thomas d’Asembourg explique comment la CNV permet de se relier d’abord à soi pour pouvoir ensuite se relier à l’autre, dans une approche bienveillante, pragmatique et empirique.
Méthode de communication mise au point par le psychologue Marshall B. Rosenberg à partir des années 1970. Ce processus basé sur l’empathie, l’authenticité, l’ouverture et la responsabilité consiste à faire la lumière sur ce que nous vivons pour pouvoir communiquer en conscience, sans jugement et sans nuire à l’autre, dans l’objectif de créer du lien à travers les échanges.

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02Comment déjouer la faillite de la communication ?
Notre éducation nous a appris que pour être aimés nous devions respecter les règles et nous conformer aux attentes de l’autre. Nous avons appris à tenir notre rôle : un gentil garçon, une bonne épouse, un bon père, un bon collègue…. Mais nous n’avons pas appris à être simplement nous-mêmes. Nos besoins n’ont pas été écoutés, ni même reconnus.
En ne pouvant pas être nous-mêmes, en renonçant à nos besoins pour faire plaisir, nous faisons inconsciemment en sorte qu’il en soit de même pour les autres, dans un cercle vicieux sans fin. Notre éducation nous a aussi appris à prendre soin de l’autre en le prenant en charge, ce qui peut mener à la culpabilité, la colère, voire la révolte. Pourtant, prendre soin de quelqu’un, c’est avant tout avoir confiance en ses capacités de se débrouiller par lui-même, agir avec un plaisir sincère et éprouver du bien-être. Cette éducation tournée vers le faire plutôt que vers l’être a profondément influencé notre mental, nous coupant de nos sentiments pour développer notre intellect.

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03L’observation neutre et la prise de conscience des sentiments
La CNV se décompose en quatre stades : l’observation, les sentiments, les besoins et la demande. Pour commencer, la CNV nous invite à observer les faits (paroles, attitudes, événements…), mais aussi notre réaction à ces faits, de la manière la plus objective possible, comme le ferait une caméra.
Le mécanisme est simple : nous vivons une expérience à laquelle nous réagissons. Le premier stade consiste donc à observer les faits de façon neutre, sans juger ni interpréter, afin de désamorcer d’office les processus mentaux délétères auxquels nous sommes habitués (préjugés, croyances, a priori, craintes non vérifiées…) et qui ont tendance à prendre la première place dans les conversations. Cette approche neutre est essentielle pour cesser de vivre chaque rapport humain comme un conflit. Puis, de l’observation des faits on passe à l’observation des sentiments qu’ils suscitent en nous.

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04La clé de voûte de la CNV : la reconnaissance des besoins
Le fait d’être à l’écoute de ses besoins est souvent taxé d’égocentrisme dans notre société, alors même qu’il est impossible d’être attentif aux autres si l’on n’est pas d’abord attentif à soi. Il s’agit d’apprendre à s’écouter : les sentiments que nous vivons sont de précieux signaux qui nous renseignent sur nos besoins intérieurs, besoins que nous partageons tous même si nous n’en avons pas toujours conscience.
Ces besoins sont de plusieurs ordres : physiologiques (manger, boire, dormir), individuels (identité, sens, autonomie), sociaux (reconnaissance, partage, accueil), spirituels (confiance, bonté, joie) ou encore de célébration de la vie (deuil, gratitude, communion). Ils préexistent aux situations que nous vivons : celles-ci ne font que les activer, nous donner une occasion de les satisfaire. Identifier son besoin, c’est choisir de reconnaître ce qui vit en nous, c’est ouvrir la porte sur des solutions, parfois fort créatives et inattendues, qui n’auraient eu aucune chance d’apparaître sans ce travail d’identification.

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05Formuler une demande concrète, réaliste, positive et négociable
Souvent, nous attendons des autres qu’ils devinent, comprennent et répondent à nos besoins alors que nous ne les reconnaissons pas nous-mêmes ; ou bien, excédés d’y avoir renoncé si longtemps, nous les leur imposons. Et s’ils n’y répondent pas, nous nous enfermons dans les reproches et le jugement. Pourtant, formuler des demandes claires et précises permettrait à nos besoins de se concrétiser dans la réalité, d’une manière ou d’une autre. C’est pourquoi l’expression préalable de nos besoins permet de donner du sens à nos demandes.
Pour créer un espace propice à la rencontre, la demande doit être formulée de manière claire, réaliste, positive (inviter à faire plutôt qu’empêcher de faire) et concrète (précise, pragmatique). Expression de notre liberté et reconnaissance de la liberté et des besoins de l’autre, la demande doit aussi toujours être négociable contrairement à un reproche ou à une contrainte, laisser à l’autre le droit de ne pas être d’accord pour pouvoir cheminer ensemble vers une solution satisfaisante pour chacune des parties. « Si nous ne formulons pas notre demande, c’est comme si nous ne nous donnions pas le droit d’exister. […] D’autre part, si nous ne formulons que des ordres ou des exigences, c’est comme si l’autre n’avait pas le droit d’exister » (p. 117). C’est précisément cette liberté créée par le caractère négociable de la demande qui permet la rencontre.

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06Au-delà des conflits, créer le dialogue
Derrière la crainte des conflits se cachent souvent le besoin de sécurité affective et la crainte de ne plus être aimé en cas de désaccord. Pourtant, les désaccords sont de formidables opportunités d’évolution. Ils sont en effet l’occasion d’améliorer notre connaissance de soi, nos capacités d’écoute et d’empathie, ainsi que de faire grandir notre sécurité intérieure en nous accordant respect, responsabilité et force. Ils nous permettent d’apprendre à dire « non » d’une manière constructive dans toutes sortes de situations, de s’entraîner à mieux entendre le « non » de l’autre, et aussi, parfois, de savoir dire « oui ».
Le rôle de l’empathie (compassion) dans le dialogue est de nous pousser à être présent à soi et aux autres, d’attirer notre attention sur ce que l’on vit et sur ce que l’autre vit. Pour cela, il s’agit d’écouter activement son interlocuteur sans rien dire ni rien faire, mais en ayant confiance en ses ressources, entendre les sentiments et les besoins de l’autre sans pour autant les prendre en charge, puis les reformuler pour vérifier qu’on les a bien compris, les reconnaître (ce qui ne signifie pas approuver). Prendre ce temps permet d’obtenir une communication de grande qualité, et d’éviter de se perdre dans des conflits sans fin. Quoi qu’il en soit, la compassion silencieuse est un outil largement sous-estimé qui a un vrai rôle à jouer, puisqu’elle pousse l’autre à s’écouter profondément et intimement.

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07La CNV, un manifeste pour la paix
Les sentiments désagréables signalent que des besoins ne sont pas satisfaits. La colère signale avec une grande urgence un manque au niveau de certains besoins vitaux.
Pourtant, savoir entendre sa colère et l’exprimer peuvent sembler difficiles car nous sommes démunis, saisis par la peur du rejet et des conséquences de notre colère. Or « enterrer une colère, c’est enterrer une mine » (p. 190) : ce ne sont pas les conséquences qui en sont destructrices, c’est la colère en elle-même. La première chose à faire est de se taire au lieu d’agresser, et d’entrer en soi pour accueillir sa colère. Identifier les besoins non satisfaits et les sentiments qui se manifestent avant de l’exprimer enfin, une fois la tension relâchée. Il faut apprendre à exprimer ses colères sans entrer dans une guerre ouverte ou pire, une guerre froide capable d’envenimer durablement une relation.

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08Conclusion
« Chacun de nous est responsable de la guerre ou de la paix qu’il maintient dans son cœur » (p. 147) : Thomas d’Asembourg défend avec conviction l’idée que la violence est l’expression de besoins non exprimés, non reconnus et non satisfaits, et qu’elle n’est pas dans la nature humaine.

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09Zone critique
Cet ouvrage d’introduction à la CNV prend régulièrement l’allure d’un manifeste : l’auteur y expose ses convictions de manière positive dans des domaines aussi variés que l’éducation, la relation de couple ou la politique. Toutefois, il reste lucide sur les limites de ce mode de communication : trouver une solution à un conflit n’est pas toujours possible. Ce qui compte, c’est de créer la confiance et la rencontre au moyen de la qualité d’écoute et du respect. Il prône non seulement d’enseigner cette méthode dans les écoles dès le plus jeune âge, mais aussi de mettre en place de manière généralisée des espaces de parole.

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Cessez d’être gentil, soyez vrai ! : Être avec les autres tout en restant soi-même, Les Éditions de l’Homme, 2014.
Du même auteur – La Paix, ça s'apprend, Arles, Actes Sud, 2016.

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