
Ce que l’argent ne saurait acheter
Les limites de la marchandisation
Description
L'ouvrage "Ce que l'argent ne saurait acheter: Les limites morales du marché" de Michael Sandel explore les implications morales de la marchandisation croissante des biens et des valeurs dans nos sociétés contemporaines. Sandel met en lumière comment l'argent, loin d'être un simple instrument neutre d'échange, peut influencer et parfois corrompre divers aspects de la vie sociale et économique. En opposition à l'idée selon laquelle l'argent serait moralement neutre et bénéfique pour toutes les parties impliquées, Sandel démontre comment la marchandisation excessive de domaines autrefois épargnés par le marché soulève des questions éthiques fondamentales.
Il aborde des exemples concrets tels que la rémunération des élèves pour leurs résultats scolaires, l'achat de droits de pollution entre pays riches et pauvres, ou encore la commercialisation de pratiques comme la chasse aux espèces menacées.
Sommaire
01Introduction
Sandel reproche aux économistes de penser leur discipline comme une science neutre à l’égard des valeurs. Le but de son livre est de pallier leur manque d’intérêt pour la question des « limites morales du marché », en menant une enquête sur les conséquences culturelles du recours croissant aux échanges marchands en tant que mécanisme d’allocation des ressources.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02« L’éthique de la queue »
Sandel oppose la logique de l’allocation par le marché – « vous n’en aurez que pour votre argent » – à la logique consistant à faire la queue – « premiers arrivés, premiers servis ». Il constate que la logique de la queue a été pour partie supprimée dans de nombreux domaines.
On peut désormais payer un supplément pour embarquer en priorité dans un avion, pour emprunter des voies d’autoroute normalement réservées aux voitures contenant plusieurs passagers ou encore, dans une Chine où l’offre de services de santé est inférieure à la demande, pour acheter un ticket de rendez-vous médical. Ces mécanismes sont jugés inéquitables par Sandel dans la mesure où ils ne permettent qu’aux plus fortunés de s’extraire de la logique consistant à faire la queue.
Deux arguments – la liberté et l’utilité – conduisent traditionnellement les économistes à conclure que le marché est meilleur que la file d’attente en tant que mécanisme d’allocation des ressources. Premièrement, certains soutiennent que chacun devrait être libre d’acheter ce qu’il souhaite tant que cela n’empiète pas sur les droits d’autrui : aucune limite morale ne devrait être imposée aux échanges marchands. Sandel ne souscrit pas à cette opinion en raison du caractère corrupteur de l’échange marchand.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03Les dispositifs d’incitation
Ses inquiétudes quant à la marchandisation conduisent Sandel à interroger les implications des dispositifs de modifications des comportements qui reposent sur des incitations pécuniaires. Il les aborde tant sous l’angle de l’efficacité – est-ce que cela fonctionne ? – que sous l’angle de la moralité – est-ce un dispositif acceptable ? La question de l’efficacité d’un dispositif est souvent tranchée grâce à des études empiriques.
On a par exemple constaté que la rétribution des élèves lorsqu’ils ont de bonnes notes ou qu’ils lisent des livres n’a pas d’effet systématique. Et, lorsque ce dispositif a un effet positif, celui-ci est indépendant – contrairement à ce que prédit un pan de la théorique économique – du montant de l’incitation financière. L’influence du dispositif est donc moins liée à la rétribution monétaire en tant que telle qu’au changement qu’il engendre dans la perception de la réussite scolaire.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04Incitation et éviction
La question de la moralité, bien qu’elle semble toujours particulière au dispositif d’incitation spécifique pris en exemple, soulève également des enjeux généralistes. Que penser des campagnes visant à distribuer 300 dollars à des femmes toxicomanes (afin d’éviter les intoxications néo-natales) en échange de la pose d’un dispositif de stérilisation intra-utérin ? Certains ont considéré cette pratique comme coercitive, affirmant que ces femmes, vivant dans des conditions matérielles d’existence souvent déplorables, ne choisissaient pas de manière véritablement libre.
Une opposition morale à la marchandisation peut donc reposer sur une conception de la liberté différente de celle défendue par ceux que Sandel nomme les libertariens. D’autres estiment que le dispositif constitue une forme de soudoiement ou de corruption et que la capacité reproductive d’une personne ne devrait pas être sujette à des transactions monétaires. On retombe ici sur l’idée selon laquelle la marchandisation de certains rapports sociaux engendre une corruption. La corruption des valeurs en question est alors reliée à la question de l’efficacité puisqu’elle permet d’expliquer l’échec de certains dispositifs. Les amendes requises à l’encontre de certains comportements ont a priori pour but de condamner des activités que l’on juge inacceptables.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05Le marché contre la morale
Sandel poursuit son enquête sur la marchandisation en se demandant s’« il y a des choses que l’argent est incapable d’acheter » ». Il le fait en discutant la posture d’économistes à l’égard du principe consistant à offrir un cadeau. Certains affirment qu’offrir de l’argent liquide est, du point de vue de l’utilité, supérieur au fait d’offrir un produit spécifique dans la mesure où l’individu est supposé être le meilleur juge de ses préférences. Sandel soutient que ce raisonnement oublie de tenir compte de la dimension symbolique du fait d’offrir quelque chose de singulier.
De surcroît, la tendance croissante à offrir de l’argent (ou des cartes cadeau) contribuerait à l’affaiblissement de valeurs telles que la sympathie, la générosité, la prévenance ou l’attention. Dans un même ordre d’idées, et en cohérence avec l’analyse du dispositif des amendes, on a constaté que lorsqu’on sanctionnait financièrement les retards des parents venant chercher leurs enfants à la crèche, ces retards augmentaient. Sandel interprète cet effet en termes d’éviction du sens civique.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
06La marchandisation de l’existence
Sandel s’intéresse longuement au marché spécifique de l’assurance-vie qui, objet d’opprobre pendant des siècles en tant que pari sur la mort, s’est graduellement développé à partir du XIXe siècle. Depuis les années 1980, ce marché connaît des transformations majeures. On a constaté que des entreprises souscrivaient des contrats d’assurances sur la vie de leurs employés sans requérir le consentement de ces derniers.
On a également assisté au développement du marché secondaire de l’assurance-vie, à savoir qu’une personne puisse décider de revendre son contrat en échange de liquidités. Dans un premier temps, ce phénomène a surtout concerné l’« industrie du viatique ». Des malades séropositifs, afin d’être en mesure de payer les soins médicaux requis par leur santé, cédèrent les droits de leur police d’assurance-vie en échange de liquidités. Si cet échange semble à première vue gagnant-gagnant, Sandel souligne que la transformation des assurances-vie de séropositifs en produit financier a généré une situation où l’acheteur des droits se met à espérer que le malade périra le plus rapidement possible.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
07La publicité
Dans la dernière partie de l’ouvrage, Sandel s’intéresse aux formes modernes des pratiques commerciales. Il précise que « la critique morale du commercialisme » qu’il propose « n’est qu’un cas particulier de ce [qu’il a] appelé l’objection de la corruption » par la marchandisation.
Outre le fait que l’on peut désormais retrouver le nom de grandes marques aussi bien sur les équipements sportifs que sur les façades de maisons de particuliers, une tendance moderne est le développement du « marketing municipal ». Ainsi l’étang de Walden dans le Massachussetts, où Henry David Thoreau rédigea Walden ou la vie dans les bois, a-t-il failli être renommé « l’étang Walmart ».

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
08Conclusion
Sandel résume la grande thèse de son livre en affirmant que, dès lors que l’on reconnaît que la marchandisation altère la nature des activités concernées, on se doit d’interroger ses conséquences non seulement en termes d’efficacité mais aussi en termes moraux (équité et corruption).

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
09Zone critque
Grâce à la multiplication des exemples tirés de la vie quotidienne, l’ouvrage de Sandel ne peut manquer d’interroger le lecteur sur ses propres opinions à l’égard de la marchandisation. On peut toutefois déplorer trois caractéristiques du livre. Premièrement, les propos généralistes de Sandel sont parfois noyés sous les exemples, de telle sorte que l’effet persuasif exercé par ces derniers contribue à faire passer les principaux arguments au second plan.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Ce que l’argent ne saurait acheter, Paris, Seuil, 2014.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !












