
Capital et idéologie
Analyse des inégalités économiques et sociales
Description
À travers une analyse historique, Thomas Piketty nous livre un panorama des discours et des idéologies qui ont existé à chaque époque visant à justifier les inégalités existantes. Il s’intéresse également aux règles économiques, sociales et politiques permettant de structurer les diverses sociétés. Son objectif est de contribuer à une meilleure compréhension des transformations actuelles, et ce, dans une perspective transnationale.
Visant à enrichir la réflexion sur le dépassement du capitalisme actuel, et à l’encontre des discours et des politiques de sacralisation de la propriété, Piketty démontre que le développement économique et le progrès humain trouvent leurs origines dans le combat pour l’éducation et l’égalité.
Sommaire
01Introduction
Un régime inégalitaire se caractérise par un ensemble de discours et de dispositifs institutionnels visant à justifier et à structurer les inégalités économiques, sociales et politiques d’une société donnée. Quant à l’idéologie, elle renvoie à un ensemble d’idées et de discours justifiant l’ordre social d’une manière plausible.
C’est-à-dire que dans chaque régime inégalitaire, l’idéologie propose un ensemble de réponses quant à l’organisation du régime politique et du régime de propriété pour une société et une époque données. L’idée structurante de cet ouvrage est que l’inégalité n’est pas économique ou même technologique, elle est avant tout un choix idéologique et politique.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02L’inégalité dans l’histoire
L’étude des sociétés ternaires et des sociétés d’ordre européennes – par exemple le modèle de l’Ancien Régime structuré autour du clergé, de la noblesse et du tiers état – est indispensable pour comprendre la structure des inégalités dans les démocraties modernes, notamment en raison des traces profondes que les premières ont laissées dans le monde contemporain. La particularité de ces sociétés est leur mode spécifique de justification de l’inégalité.
Dans les sociétés trifonctionnelles, chaque groupe social – considéré comme une partie du même corps humain – remplit une fonction indispensable aux autres groupes. Dans les sociétés d’ordre, la richesse devient une composante valorisée sous l’égide des doctrines chrétiennes permettant à l’Église de se pérenniser en tant qu’organisation religieuse et possédante et d’assurer un rôle de structuration politique, religieuse et éducative de la société.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03Les régimes inégalitaires extrêmes
Passant en revue différentes sociétés esclavagistes, notamment dans l’espace atlantique et euro-américain, Piketty met en exergue la sacralisation de la propriété privée en vigueur au XIXe siècle, consistant à indemniser les esclavagistes et non les esclaves lors des abolitions, à l’image de la dette payée par Haïti à la France jusqu’au milieu du XXe siècle.
L’auteur identifie deux âges de la colonisation : de 1500 à 1800-1850, la colonisation européenne est guerrière et extractive ; de 1800-1850 à 1960, elle est présentée sous l’angle de la mission civilisatrice, tout en reprenant des éléments de continuité. Par exemple, durant la Belle Époque, les propriétaires détenaient des actifs financiers dans le monde entier, mais ceux rattachés à l’empire colonial n’étaient pas les plus profitables en termes de revenus financiers.
Ainsi, le régime inégalitaire international de la Belle Époque n’était pas une opération strictement financière, il fonctionnait surtout au bénéfice des colons et des administrateurs et au nom du prestige moral de la puissance civilisatrice. Entre 1500 et 1960, l’esclavage et le colonialisme ont accompagné la montée en puissance des sociétés esclavagistes et coloniales, du commerce triangulaire aux matières premières extraites de ces territoires en passant par les indemnités reçues par les propriétaires d’esclaves, renforçant les inégalités légales et statutaires.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04Bouleversement de la structure des inégalités au XXe siècle
Le XXe siècle se caractérise par l’espoir d’un monde plus juste et égalitaire. Entre 1914 et 1945, on assiste à la chute des sociétés de propriétaires en raison de la conjonction de trois crises : l’émergence du communisme et du socialisme, la remise en cause de la colonisation et la montée des mouvements indépendantistes, et enfin l’exacerbation du nationalisme qui débouchera sur les deux Guerres mondiales.
Les débats autour de la justice sociale, de l’impôt progressif et de la redistribution des revenus et de la propriété ont pris de l’ampleur dans la majorité des pays dès le début du XXe siècle. Le rôle de l’impôt a été fondamental tant pour réduire les inégalités que pour financer des dépenses, permettant la transformation des sociétés de propriétaires en sociétés sociales-démocrates.
Ces sociétés ont été marquées, à des degrés divers, par des nationalisations, des systèmes publics d’éducation, de santé et de retraite, ainsi que des systèmes d’imposition progressifs centrés sur les plus hauts revenus et patrimoines. Cette transformation est le produit de la conjonction entre des idées nouvelles et des luttes sociales et politiques d’ampleur.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05Les défis du communisme et du post-communisme
Selon Thomas Piketty, l’un des principaux facteurs qui expliquent la montée des inégalités au niveau mondial depuis les années 1980-1990 correspond à l’échec de l’expérience communiste soviétique.
Si, dans les années 1950, l’Union soviétique était dotée d’un prestige moral notable au niveau international en raison de son rôle dans la lutte contre le nazisme, mais également de son opposition au colonialisme et au racisme, il s’est ensuite s’affaibli politiquement et idéologiquement à partir des années 1970-1980. En fin de compte, il est devenu synonyme d’hypercentralisation étatique, de restriction des libertés et de qualité de vie médiocre.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
06Le néopropriétarisme du XXIe siècle
Le régime néopropriétariste mondial de ce début de siècle se caractérise par une très forte concentration de la propriété, par une grande opacité financière ainsi qu’une augmentation conséquente des inégalités. À l’heure du big data et des technologies de l’information et de la communication, une certaine démission des États est patente concernant les statistiques publiques mesurant l’évolution de la propriété financière et sa répartition dans un contexte d’internationalisation des portefeuilles financiers.
En dépit de la crise de 2008 et des multiples affaires de scandales financiers révélés par les médias ces dernières années, la lutte pour la justice fiscale et l’imposition des acteurs économiques dominants n’apparaît pas comme la priorité ni des États ni de l’Union européenne.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
07De nouveaux clivages pour de nouveaux conflits
La structure du conflit politique dans les années 1950-1980 était classiste, opposant les classes sociales entre elles. À partir des années 1990, le conflit politique s’appuie sur un système d’élites multiples, les plus diplômés (la « gauche brahmane ») votent à gauche alors que les plus hauts revenus et patrimoines (la « droite marchande ») votent à droite. L’effet des diplômes s’est inversé au cours du temps ; la gauche serait ainsi devenue le parti des diplômés et notamment des cadres et des professions intellectuelles.
La « gauche brahmane » et la « droite marchande » s’appuient respectivement sur une idéologie du mérite et de l’inégalité juste qui leur sont propres, elles sont également divisées entre des tendances contradictoires : une aile promarché versus une tendance proredistribution, et un courant promarché versus un penchant nativiste et nationaliste, amenant à l’effondrement du système partisan et à sa recomposition.
En parallèle, on assiste au retrait électoral des classes populaires dans la majorité des démocraties représentatives occidentales ; l’augmentation de l’abstention va de pair avec une forte chute de la participation électorale des catégories les plus modestes.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
08Conclusion
Thomas Piketty nous livre ici un brillant plaidoyer en faveur d’un nouveau modèle de développement durable et équitable basé sur les piliers de la justice fiscale, sociale et climatique. Le parcours historique des systèmes de justification et de structuration de l’inégalité sociale souligne l’importance des idéologies dans la construction des sociétés, nécessaires pour donner du sens à la vie en société.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
09Zone critique
La lecture de cet ouvrage est indispensable pour qui veut comprendre les idéologies structurantes de nos sociétés contemporaines, les ruptures et les continuités des modèles et des projets de sociétés mis en œuvre et en discours depuis plusieurs siècles pour justifier et légitimer les inégalités.
Si la proposition de Piketty de créer un socialisme participatif du XXIe siècle soulève de nombreux questionnements et défis, elle a le grand mérite de mettre en exergue la possibilité d’un dépassement du capitalisme et de replacer l’histoire économique, sociale, politique et intellectuelle au cœur de la réflexion.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Thomas Piketty, Capital et idéologie, Paris, Seuil, 2019.
Du même auteur – L’Économie des inégalités, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2004. – Peut-on sauver l'Europe ? : chroniques 2004-2012, Les Liens qui libèrent, 2012. – Le Capital au XXIe siècle, Paris, Le Seuil, coll. « Les Livres du nouveau monde », 2013. – Les hauts revenus en France au XXe siècle, Paris, Grasset, 2014. – Rapport sur les inégalités mondiales, avec Facundo Alvaredo, Lucas Chancel, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, Paris, Le Seuil, 2018.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !












