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Building strong brands

Building strong brands

David Aaker

Construire et piloter un capital de marque

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Description

En 1985, Coca-Cola change sa formule. Après des mois de tests à l'aveugle où le New Coke bat l'ancien et bat Pepsi, la marque lance son nouveau produit avec l'assurance des chiffres. En trois mois, c'est la révolte. Des consommateurs stockent des caisses de l'ancienne recette, des associations se montent, le standard téléphonique explose. Le 11 juillet, l'entreprise fait machine arrière et ressort le Coca-Cola Classic. Le produit gagnant au goût avait perdu sur un terrain qu'aucun test gustatif ne mesurait.

C'est cette histoire, et cent autres du même genre, que David Aaker rassemble en 1996 dans Building Strong Brands. Professeur à Berkeley, il fait alors un pari qui paraît aujourd'hui évident et qui ne l'était pas : une marque n'est pas un habillage qu'on pose sur un produit une fois qu'il est fini. C'est un actif. Quelque chose qui a une valeur mesurable au bilan, qui se construit lentement, se détruit vite, et se pilote comme on pilote une usine ou une trésorerie.

Le livre arrive au moment où les fusions-acquisitions révèlent des écarts vertigineux entre la valeur comptable d'une entreprise et son prix de rachat. Une bonne partie de la différence porte un nom, et ce nom n'apparaît nulle part dans les colonnes. Aaker propose de le nommer, de le décomposer et, surtout, de dire qui, dans l'entreprise, devrait s'en occuper vraiment.

La question que l’on se pose : Qu'est-ce qui fait qu'un nom sur un produit vaut parfois plus que l'usine qui le fabrique — et comment gère-t-on ça sur la durée ?Ce que l’on va voir : Pourquoi une marque est un actif, où dort exactement sa valeur, ce que l'identité de marque engage, et ce que tout cela déplace dans la manière de diriger une entreprise.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une marque n'est pas un logo, c'est un actif

Le point de départ d'Aaker est presque une provocation comptable. Quand Nestlé rachète Rowntree en 1988, il paie environ cinq fois la valeur des actifs physiques de l'entreprise. Quand Philip Morris s'offre Kraft, l'écart est du même ordre. La différence, ce ne sont pas des machines cachées ni des brevets oubliés. Ce sont des noms : KitKat, Philadelphia. Des choses qui vivent dans la tête des gens et qui, pourtant, se monnayent en milliards.

Ce que le livre appelle capital de marque — brand equity — c'est précisément ça : l'ensemble des atouts et des handicaps liés à un nom et à un symbole, qui ajoutent ou retranchent de la valeur à ce qu'on vend. Un actif, donc, mais un actif d'un genre particulier. Il ne se déprécie pas mécaniquement comme un camion. Il peut prendre de la valeur en dormant, ou en perdre en une saison si on le maltraite.

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02

Chapitre 2 — Les quatre réservoirs où dort la valeur

Dire qu'une marque a de la valeur ne suffit pas ; encore faut-il savoir où elle se loge. Aaker démonte le capital de marque en quatre composantes, quatre réservoirs qu'on peut mesurer et alimenter séparément. La première, la plus intuitive, c'est la notoriété. Être connu n'est pas un détail cosmétique : face à un rayon, on choisit spontanément ce qu'on reconnaît, et une marque familière inspire une confiance que rien n'a rationnellement justifiée. La simple présence en mémoire est déjà un avantage concurrentiel.

La deuxième, c'est la fidélité — et Aaker en fait le cœur du dispositif, souvent le poste le plus sous-estimé. Un client fidèle coûte beaucoup moins cher à conserver qu'un nouveau à conquérir, il pardonne les faux pas, il résiste aux offres d'en face. Une base de clients fidèles est une barrière à l'entrée pour les concurrents et un revenu prévisible pour l'entreprise. C'est pourquoi il recommande de traiter la fidélité comme un actif à cultiver, pas comme un résultat qui tombe tout seul.

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03

Chapitre 3 — L'identité de marque, ou la promesse qu'on tient

Si le capital de marque est le résultat, l'identité de marque en est le moteur. C'est le concept central du livre, et Aaker l'oppose frontalement à une notion qu'il juge trop courte : l'image. L'image, c'est la façon dont la marque est perçue aujourd'hui — un constat, un état des lieux. L'identité, c'est la façon dont l'entreprise veut être perçue, ce qu'elle décide d'incarner. L'une regarde en arrière, l'autre trace une direction.

Pour éviter que cette identité se réduise à un slogan, Aaker propose de la penser sur plusieurs registres à la fois. La marque comme produit, bien sûr, mais aussi comme organisation, comme personne dotée d'un caractère, et parfois comme symbole visuel fort. Une marque peut jouer sur un seul de ces plans ou sur plusieurs ; l'erreur serait de la coincer dans le seul attribut fonctionnel. Nike ne vend pas d'abord de la mousse sous une chaussure, elle vend une attitude — et cette attitude est un choix d'identité, pas un accident.

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04

Chapitre 4 — Le brand manager n'est pas un décorateur

Reconnaître qu'une marque est un actif stratégique n'a l'air de rien, mais cela déplace une question de pouvoir à l'intérieur de l'entreprise. Tant que la marque est vue comme de la communication, elle reste l'affaire d'un service marketing, jugé sur des campagnes et des ventes trimestrielles. Le jour où on l'admet comme un capital qui pèse au bilan, sa gestion cesse d'être une fonction subalterne : elle devient un objet de direction générale. C'est peut-être là l'apport le plus durable d'Aaker, au-delà de ses grilles.

Le modèle qu'il combat, c'est celui du brand manager traditionnel hérité de Procter & Gamble : un cadre responsable d'une marque, souvent jeune, en poste pour deux ou trois ans, évalué sur ses résultats de court terme, puis promu ailleurs. Un tel système, remarque-t-il, produit mécaniquement des décisions qui privilégient le trimestre sur la décennie. Personne n'a intérêt à protéger un actif qu'il aura quitté avant d'en récolter les fruits ou d'en payer l'érosion. La structure sabote la stratégie.

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05

Conclusion

Le retournement de Coca-Cola, en 1985, ne racontait pas une erreur de goût. Il racontait une erreur de propriété : l'entreprise croyait posséder entièrement sa marque, alors qu'une partie était détenue par le public, dans sa mémoire et son attachement. Building Strong Brands est, d'un bout à l'autre, une tentative de rendre visible cette part invisible — de la nommer capital de marque, de la découper en réservoirs mesurables, et de dire comment on l'entretient au lieu de la dépenser.

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