
Boomerang
Ce que les dettes disent des nations
Description
En 2008, un journaliste financier américain part faire un tour du monde des ruines. Michael Lewis, qui avait déjà raconté Wall Street de l'intérieur dans « Liar's Poker », débarque en Islande, en Grèce, en Irlande, puis rentre observer sa propre Californie. Partout, la même scène : des pays qui, entre 2002 et 2008, ont pu emprunter de l'argent quasiment gratuit — et qui en ont fait des choses radicalement différentes. Le résultat de ce voyage, c'est « Boomerang », paru en 2011, où l'argent bon marché devient une sorte de révélateur.
L'idée de départ est simple et un peu cruelle. Quand une marée d'argent facile déferle sur une nation, chacun se retrouve seul dans une pièce sombre avec un tas de billets, et personne ne regarde. Ce qu'un peuple fait à ce moment-là ne dépend pas de sa richesse ni de son intelligence économique. Ça dépend de ce qu'il désire le plus profondément quand plus rien ne l'en empêche. Les Islandais, les Grecs, les Irlandais, les Allemands, les Californiens : mêmes taux, même tentation, et pourtant quatre catastrophes qui ne se ressemblent pas du tout.
Lewis n'est pas économiste, et c'est un peu le sujet. Il raconte des dettes souveraines comme on raconterait des portraits de famille — en écoutant les gens, en notant les manies, en cherchant sous les chiffres le tempérament qui les a produits. Sa thèse tient dans une image : les finances publiques d'un pays sont un test de caractère qu'on croit passer en secret.
La question que l’on se pose : Pourquoi des nations soumises exactement à la même tentation financière se sont-elles effondrées de manières si différentes ?Ce que l’on va voir : Un voyage à travers les ruines de la crise, où chaque dette raconte moins une erreur comptable qu'un portrait national.
Sommaire
01Chapitre 1 — L'Islande — des pêcheurs qui se sont pris pour des traders
Lewis commence par le cas le plus absurde. L'Islande, 320 000 habitants, un rocher volcanique de l'Atlantique nord, vit depuis toujours de la pêche. Un pays où l'on sait exactement combien de morues on peut sortir de l'eau sans épuiser le stock — un peuple de gestion prudente des ressources, en somme. Puis, autour de 2003, ces mêmes Islandais décident qu'ils vont devenir banquiers. En quelques années, leurs trois grandes banques accumulent des actifs représentant environ dix fois le PIB du pays. Des gens qui n'avaient jamais quitté leur île se mettent à racheter des entreprises britanniques à crédit.
La mécanique décrite par Lewis a quelque chose d'hallucinatoire. Les banques islandaises se prêtaient de l'argent entre elles, achetaient leurs propres actions, gonflaient la valeur de tout par un jeu de miroirs. Les salaires explosaient, les gens s'achetaient des Range Rover — devenues un tel symbole qu'on les surnommait localement les « Game Overs ». Un pêcheur pouvait devenir gérant de fonds du jour au lendemain. Personne ne se demandait d'où venait l'argent, parce que tout le monde en avait.

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02Chapitre 2 — La Grèce — un pays qui a menti à ses propres comptes
En Grèce, Lewis découvre l'inverse exact de l'Islande. Là où les Islandais rêvaient de conquête, les Grecs, dans son récit, se sont servis de l'argent facile pour alimenter une machine intérieure faite de faux comptes, de fraude fiscale généralisée et d'un État transformé en distributeur de faveurs. Quand le pays entre dans l'euro, il emprunte soudain aux taux allemands. Cette manne, il ne l'investit pas — il la consomme, en salaires publics, en retraites, en emplois fictifs.
Les scènes qu'il rapporte sont mémorables. Le système ferroviaire national payait chaque année en salaires bien plus qu'il ne gagnait en recettes ; un ministre grec aurait dit qu'il reviendrait moins cher de transporter tous les passagers en taxi. La fraude fiscale était si généralisée qu'elle était devenue une norme sociale : déclarer ses vrais revenus passait presque pour de la naïveté. Lewis raconte des professions libérales déclarant des revenus dérisoires tout en possédant plusieurs propriétés.

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03Chapitre 3 — L'Irlande — un peuple qui a payé les dettes de ses banques
L'Irlande offre encore un autre visage. Pendant les années du « Tigre celtique », le pays connaît une croissance réelle, du travail, de l'émigration inversée : pour la première fois depuis des générations, les Irlandais reviennent au pays. Puis la même marée d'argent facile arrive, et elle se déverse entièrement dans un endroit : la pierre. Une bulle immobilière colossale se forme, où des Irlandais s'endettent pour acheter, construire et revendre des maisons les uns aux autres à des prix qui n'avaient plus aucun rapport avec la réalité.
Ce qui intéresse Lewis, c'est le rapport irlandais à la terre. Un peuple longtemps privé de sa propre terre par l'occupation, longtemps pauvre, se rue sur la propriété avec une intensité presque affective. Posséder sa maison, puis une deuxième, puis un terrain, c'était une revanche sur l'histoire autant qu'un placement. Les promoteurs devenaient des héros nationaux. Personne ne voulait entendre le rare économiste qui prévenait que les prix étaient délirants.

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04Chapitre 4 — L'Amérique — la même faille, vue du miroir
Après ce tour d'Europe, Lewis referme la boucle en rentrant chez lui, en Californie. Et sa question devient plus troublante : si l'argent facile révèle le caractère d'un peuple, que révèle-t-il des États-Unis ? Sa réponse passe par les finances des collectivités locales — des villes et des États qui, comme les nations européennes, ont emprunté et promis pendant les années fastes bien au-delà de ce qu'ils pouvaient tenir, notamment sous forme de retraites publiques garanties à des fonctionnaires.
Il descend au niveau de villes précises. Vallejo, en Californie, s'est déclarée en faillite, écrasée par le coût de ses pompiers et policiers retraités. San Jose, ville riche, se retrouve à devoir sabrer ses services parce que les engagements pris des décennies plus tôt dévorent son budget. Lewis y lit un trait américain particulier : l'incapacité à différer la satisfaction, la conviction qu'on peut toujours avoir plus maintenant et régler la note plus tard, à un « plus tard » qui n'appartient à personne.

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05Conclusion
« Boomerang » n'est pas un livre d'économie au sens strict, et Lewis ne s'en excuse pas. C'est une galerie de portraits nationaux saisis au pire moment, celui où l'argent gratuit a fait tomber les masques. Le même choc — des taux bas, une dette abondante, une tentation universelle — produit quatre effondrements incomparables, parce que quatre peuples n'ont pas les mêmes désirs enfouis. La finance globale rêvait de pays interchangeables, réductibles à des courbes ; le voyage de Lewis raconte l'inverse.

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