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Bonne stratégie, mauvaise stratégie

Bonne stratégie, mauvaise stratégie

Richard P. Rumelt

Diagnostic, orientation, action cohérente

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Description

Dans à peu près toutes les réunions dites « stratégiques », il finit par apparaître : un document avec une vision, trois valeurs, une ambition chiffrée, et des flèches qui montent. On y lit qu'on veut devenir leader du marché, maximiser la valeur pour l'actionnaire, tout en restant agile et centré client. Chacun hoche la tête. Et personne, en sortant, ne saurait dire ce qui va concrètement changer lundi matin. Richard Rumelt, professeur à l'école de management de UCLA et consultant réputé auprès de grandes entreprises, a passé sa carrière à regarder ce moment de près. Son verdict, posé dans un livre paru en 2011, est brutal : la plupart de ce qu'on appelle stratégie n'en est pas.

Rumelt ne dit pas que ces dirigeants sont paresseux ou incompétents. Il dit qu'ils confondent deux choses très différentes : fixer un cap ambitieux, et concevoir un moyen de l'atteindre. Vouloir gagner n'est pas une stratégie — c'est un souhait. Et un souhait empilé sur d'autres souhaits, avec du vocabulaire inspirant autour, produit ce qu'il nomme la « mauvaise stratégie » : un objet qui a la forme d'un plan sans en avoir le contenu. Le problème, c'est que ces documents rassurent. Ils donnent l'impression d'avoir décidé alors qu'on a seulement énuméré des envies.

Ce qui rend le livre utile, c'est qu'il ne s'arrête pas au diagnostic. Rumelt propose une définition précise, presque mécanique, de ce qui distingue une vraie stratégie d'un discours qui lui ressemble. Une distinction qui vaut autant pour une multinationale que pour une ville, une armée, une association de quartier ou une carrière personnelle.

La question que l’on se pose : Qu'est-ce qui sépare une stratégie qui agit sur le réel d'un discours d'objectifs qui n'en a que l'apparence ?Ce que l’on va voir : Comment Rumelt démonte le vocabulaire stratégique creux et reconstruit ce qu'une stratégie doit contenir pour mériter le nom.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Le mot qui ne veut plus rien dire

Le point de départ de Rumelt est un constat d'usure. À force d'être collé sur tout — un plan de communication devient une « stratégie de contenu », une hausse de prix une « stratégie tarifaire » — le mot stratégie a fini par désigner à peu près n'importe quelle décision prise par quelqu'un d'important. Résultat : il ne discrimine plus rien. Quand tout est stratégique, plus rien ne l'est.

Rumelt raconte des scènes qu'il a vues de l'intérieur. Des comités de direction qui passent des journées à raffiner une liste d'objectifs financiers de plus en plus précis — croissance de 20 %, marge de tel niveau, part de marché à tel horizon — sans jamais poser la seule question qui compte : par quel mécanisme, exactement, comptons-nous y arriver ? Les chiffres sont l'arrivée. La stratégie devrait être le chemin. Et le chemin, dans ces documents, est systématiquement absent.

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02

Chapitre 2 — Le noyau : diagnostic, orientation, action

Contre ce flou, Rumelt propose une structure qu'il appelle le noyau de la stratégie. Trois éléments, dans cet ordre, et l'absence de l'un suffit à disqualifier l'ensemble. Ce n'est pas une recette de plus — c'est plutôt une grille pour repérer si un plan contient réellement quelque chose ou s'il tourne à vide.

Le premier élément est le diagnostic. Avant de décider quoi faire, il faut nommer la nature du problème — pas la liste des symptômes, mais la structure de la situation. Rumelt insiste : un bon diagnostic est déjà une décision, car il choisit un angle de lecture parmi plusieurs possibles. Quand IBM était en crise au début des années 1990, le diagnostic de Lou Gerstner n'a pas été « on vend moins » mais « nos clients ne veulent pas des pièces détachées, ils veulent qu'on résolve leurs problèmes ». Ce cadrage-là ouvrait un chemin ; « on vend moins » n'en ouvrait aucun.

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03

Chapitre 3 — La mauvaise stratégie et ses quatre visages

Rumelt ne se contente pas de définir la bonne stratégie en creux. Il dresse le portrait précis de son contraire, parce que la mauvaise stratégie n'est pas seulement l'absence de bonne — c'est un objet actif, produit par des mécanismes identifiables, et qui prospère. Il en repère quatre marques.

La première, c'est le charabia. Du vocabulaire savant ou abstrait qui maquille la banalité en profondeur. Rumelt cite des énoncés d'entreprise qui, une fois traduits en langage ordinaire, disent simplement « nous voulons servir nos clients » — mais habillés de mots comme « écosystème », « synergie » ou « approche holistique intégrée » pour paraître pointus. Le charabia sert à masquer qu'on n'a rien à dire.

La deuxième, c'est l'incapacité à affronter le problème. Une stratégie qui ne nomme pas l'obstacle ne peut pas le surmonter. Or beaucoup de plans font l'impasse sur la vraie difficulté — parfois parce qu'elle est politiquement sensible, parfois parce que l'admettre reviendrait à mettre en cause un dirigeant. On préfère alors définir des objectifs comme si le chemin était dégagé, en contournant soigneusement ce qui bloque.

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04

Chapitre 4 — Voir avant d'agir, agir avant d'annoncer

Si l'on prend un peu de hauteur, ce que défend Rumelt tient moins de la technique managériale que d'une exigence intellectuelle qu'une bonne partie de la culture d'entreprise a appris à esquiver. Élaborer une vraie stratégie demande de penser dur : comprendre une situation dans sa structure, isoler ce qui compte vraiment, faire des paris explicites sur ce qui produira un effet de levier. C'est un travail lent, incertain, qui ne se délègue pas à un atelier de deux heures avec des post-it de couleur.

Or notre époque valorise plutôt le contraire. Elle récompense l'énergie visible, la vitesse d'exécution, la capacité à afficher de l'ambition et de la détermination. Un dirigeant qui dit « on va tout écraser » paraît plus solide que celui qui dit « je crois que le vrai problème est ici, et voici notre pari ». Le premier rassure par sa posture, le second engage par son analyse — et c'est le second, montre Rumelt, qui fait une stratégie. La confiance affichée est facile à imiter ; le diagnostic lucide ne se simule pas.

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05

Conclusion

Le fil qui traverse le livre est d'une simplicité tenace : une stratégie n'est pas ce qu'on veut, c'est ce qu'on va faire face à ce qui nous en empêche. Diagnostiquer honnêtement la situation, choisir une orientation qui exclut d'autres voies, aligner des actions qui se renforcent — voilà le noyau. Tout le reste, les visions inspirantes, les listes d'objectifs, le vocabulaire qui gonfle la poitrine, appartient à un autre registre, celui de la motivation ou de la communication. Utile, parfois. Mais ce n'est pas de la stratégie, et le confondre avec elle coûte cher.

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